jeu 08 décembre 2022 - 17:12

Peut-on être franc-maçon et chrétien ?

Patrick Rodner – Édition Dervy, Coll. Les outils maçonniques du XXIe siècle, 2022, 152 pages, 11,90 €

Patrick Rodner

Disciple du romancier, poète, traducteur et philosophe Pierre Boutang (1916-1998), titulaire de la chaire de métaphysique à la Sorbonne de 1976 à 1986, mais également journaliste politique qui a évolué au sein de cercles maurrassiens, royalistes, gaullistes et chrétiens en politique française, Patrick Rodner, professeur agrégé de philosophie à Limoges – enseignant en éthique médicale et en anthropologie – nous offre un magnifique volume, le plus important qui soit en nombre de pages, de cette très intelligente et pédagogique collection – collection qui pose des questions –  des éditions Dervy, une marque du groupe Guy Trédaniel.

Rappelons, mais est-ce vraiment nécessaire, collection dirigée par un collaborateur de 450.fm, notre très cher Frère Jacques Carletto.

Mgr Rey par Claude Truong-Ngoc, avril 2013

L’auteur, Franc-Maçon depuis plus de vingt ans et chercheur dans le domaine du symbolisme ésotérique chrétien, veut cet ouvrage comme une vraie, juste et parfaite réponse à celui de Monseigneur Dominique Rey, nommé évêque du diocèse de Fréjus-Toulon par le saint pape Jean-Paul II le 16 mai 2000 – sa devise étant « Mitis et humilis corde » (Doux et humble de cœur) – Peut-on être chrétien et franc-maçon ? (Salvator, 2021, nouv. éd. rev. et augm., 126 pages, 12 €).

Si tel est votre désir, vous pouvez (re)lire notre présentation faite, ici-même, le 28 octobre 2021 https://bit.ly/3hZvxUA.

Ce dignitaire de l’ordre le plus élevé de la prêtrise chrétienne voulait instruire ses ouailles du point de vue de l’Église catholique apostolique et romaine sur l’Art Royal… Enfin, de ce qu’il croyait en savoir. Rappelons-nous le fameux quatrain du Frère Ricaut – probablement membre de la RL Saint Jean de la discrétion vers 1774, à l’Orient de Paris – : « Pour le public un franc-maçon/Sera toujours un vrai problème/Qu’il ne sauroit résoudre à fond/Qu’en devenant maçon lui-même. »

Toutefois sur cette thématique, il nous faut cependant reconnaître une avancée – non traitée dans le présent opus – que certains Francs-Maçons considèrent comme importante. Nous en voulons pour preuve le numéro 190 de décembre 2018 titrant Christianisme et franc-maçonnerie de Points de Vue initiatiques (PVI), l’excellente revue de la Grande Loge de France, où nous avons, entre autres, un « Entretien avec Monseigneur Jean-Charles Thomas par Jean-Jacques Zambrowski » – devenu depuis lors Grand Maître Honoris Causa – décrivant parfaitement et justement les relations entre l’Église de France et une Franc-Maçonnerie se réclamant régulière et de tradition, selon les principes, les ‘’Landmarks’’ – Basic Principles de 1929 – édictés par la Grande Loge Unie d‘Angleterre, Loge Mère du monde.

En 2012 déjà, un auteur de chez Dervy, un médecin membre de la Grande Loge Nationale Française et écrivant sous le pseudo de Mathieu Métayer avait tenté, avec son Franc-maçon parce que chrétien (Dervy, Coll. Bibliothèque de la Franc-maçonnerie, 2012), de casser l’idée que la Franc-Maçonnerie, enfin celle qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu – minoritaire en France, mais majoritaire de par le monde – et le christianisme s’opposent.

Le dernier opus de Patrick Rodner, qui a déjà commis un ouvrage sur le Rite/Régime Écossais Rectifié (RER), rite maçonnique d’essence chrétienne, recouvre l’ensemble de ce sujet, toujours d‘actualité. Reconnaissons qu’il intéresse surtout plus la Maçonnerie, car l’Église, du moins nous semble-t-il, a l’air bien plus passionné et préoccupé (du ‘’Vaticanement’’ correct ?) par le dialogue islamo-chrétien ou encore après la très médiatique rencontre du pape saint Jean-Paul II et du grand-rabbin Toaff à la synagogue de Rome le 13 avril 1986, par des relances spectaculaires du dialogue judéo-chrétien

Remercions, ici et maintenant, Patrick Rodner d’écrire avec une grande expertise et hauteur de vue sans jamais être  « border-line ». Deux grandes parties forment l’ossature du livre. Après l’avant-propos qui définit quels sont les termes du problème (aspect adogmatique de la Maçonnerie, malentendu, complot bilatéral) – il y a donc problème ! – et d’où vient-il (incompatibilité de façade, etc.), mais aussi surtout comment le résoudre, l’examen historique ouvre le chapitre de la voie intérieure. D’ailleurs ne faudrait-il pas privilégier le silence, s’accorder comme en Loge un moment de respiration ou encore s’adonner à une activité méditative, bref un temps calme, seul ou avec ses Sœurs et frères. La question est posée, le Franc-Maçon peut-il ne pas être chrétien ? Et Patrick Rodner de répondre avec une analyse précieuse de l’apparition de la Franc-Maçonnerie en terre chrétienne au XVIIIe siècle. En Écosse et en Angleterre d’abord puis une sociabilité diffusée ensuite dans toute l’Europe.

Cette partie comprend aussi un examen doctrinal… Si un vrai chrétien a le souci constant de conserver son âme en état de grâce aux yeux de Dieu et doit réaliser son examen de conscience, un Franc-maçon ne devrait-il pas faire un examen doctrinal des rites qu’il pratique. Comme l’auteur étudie tant le Rite Écossais Rectifié que le Rite Français (RF), nous comprenons qu’il en maîtrise toutes les arcanes. Il les décortique tant au sein d’une Loge symbolique (en quatre grades, le dernier se déclarant ouvertement chrétien) qu’au-delà – catéchisme ; quel christianisme dans la classe maçonnique ainsi que dans la classe chevaleresque. Il en est de même pour le Rite Français. Cherchant à savoir s’il existe une perspective chrétienne de différents grades au sein des Ordres de Sagesse avec ceux de l’Élu Secret et celui de Grand Élu Écossais. Enfin, le Souverain Prince Rose-Croix, Ordre terminal du système, est-il une allégorie de la figure du Christ ?

La deuxième partie concerne la voie extérieure, s’attachant à développer le contexte doctrinal. Quels sont les indices objectifs de la condamnation de la Franc-Maçonnerie ? Quels sont les textes canoniques de cette condamnation, et quelles sont, surtout, les justifications de cette condamnation ? Le lecteur trouvera des réponses à ces justes interrogations. Enfin, la Franc-Maçonnerie est-elle compatible avec le dogme trinitaire – dans l’Être divin unique, il existe trois Personnes ou existences individuelles : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ou encore de connaître les relations entre Art Royal et salut de l’âme ?

Ce qui nous semble aussi intéressant dans cette étude, c’est de savoir si les rituels maçonniques ont quelque chose en commun avec des rituels chrétiens ou encore si le temple maçonnique diffère du lieu où souffle l’esprit, lieu de culte, église ou temple.

Les conclusions apportent des réponses quant à la dérive antichrétienne de Maçonnerie libérale et adogmatique. Compte tenu du sujet, nous regrettons toutefois l’absence de bibliographie.

Sceau de l’Église catholique romaine en France

Ce que savent les Maçons, c’est que si la Maçonnerie, et sa pratique assidue, permettent de rendre meilleurs des hommes bons, ils pensent, à raison, qu’elle aide aussi l’initié à devenir meilleur chrétien et sans doute s’il s’était détourné de l’Église, d’y revenir. A priori, Rome ne l’a pas encore compris !

Cette collection reprend toujours, en encadré et en fin de chapitre, ce qu’il faut retenir. Nous ne doutons pas que l’ouvrage de Patrick Rodner sera des plus utiles pour celui qui souhaite faire trois points sur la question et savoir s’il est excommunié ou seulement encore en état de péché grave

Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Retraité, Yonnel Ghernaouti a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du compagnon de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire et membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour « La Chaîne d’Union », revue trimestrielle d'études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en est le Commissaire général.

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1 COMMENTAIRE

  1. La présentation de ce dossier laisserait entendre que la Chrétienté se composerait uniquement de Catholiques romains. Or, il se trouve que l’apparition de la Franc-Maçonnerie (début XVII°) en Ecosse puis en Angleterre (début XVIII° siècle) est liée à la rupture entre Rome et Henri VIII. Le Presbytérianisme et les diverses pratiques de l’Eglise réformée se développent alors en Grande bretagne où l’Eglise d’Angleterre va naître sous l’égide du roi qui déléguera son pouvoir religieux à l’archevêque de Canterbury. Dans ce climat, apparaît la Franc-Maçonnerie.
    Il semble clair que la Franc-Maçonnerie, essentiellement déiste, se réfère au christianisme qui n’est pas limité au catholicisme romain. Rappelons aussi la Réforme luthérienne datant de 1517.

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