dim 25 septembre 2022 - 16:09

« À dire vrai – Un destin français » suivi de l’interview de Marcel Laurent de la GLCS

Marcel Laurent – Amazon, 2022, 252 pages, 19,50 €

450.fm vous offre, pour la première fois, une contribution à six mains et trois cœurs…

Pour vous rendre compte de l’ouvrage, paru en juin dernier, de notre très cher Frère Marcel Laurent, fondateur de la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité (GLCS), fondée en 2003 – presque 20 ans déjà ! – nous avons la chance d’avoir la contribution, écrite, de Didier Ozil, Grand Maître Général de l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal (OITAR) de 2013 à 2015, de Yonnel Ghernaouti, chroniqueur littéraire, accompagnés de la vidéo réalisée par Jacques Carletto, journaliste et directeur de collection ésotérique aux Éditions Dervy, une marque du groupe Guy Trédaniel. Tous trois membres de l’équipe rédactionnelle de 450.fm.

La contribution de Didier Ozil

« À dire vrai », Marcel Laurent

La surface et la profondeur

De même que la valeur de la vie n’est pas en sa surface, mais dans ses profondeurs, les choses vues ne sont pas dans leur écorce, mais dans leur noyau, et les hommes ne sont pas dans leur visage, mais dans leur cœur.

Khalil Gibran

J’ai la chance de connaître Marcel Laurent ; connaître ? encore faudrait-il s’entendre sur ce mot : quand connaît-on vraiment quelqu’un, si tant est que déjà on se connaisse soi-même… Si j’avais un portrait de lui à faire je dirais à grands traits : souriant, sûr de lui, homme de relations et de contacts, organisateur, mais capable également d’une vraie discussion en tête à tête lorsqu’il pressent que ce qu’il a vous dire peut vous aider à progresser, à franchir un cap… J’étais loin de savoir, pour autant, quelles avaient été sa vie, son enfance, ses années de jeunesse… Dans ce livre où, sans mauvais jeu de mots il se livre, j’ai beaucoup appris non pas de la surface de Marcel, mais de sa profondeur.

Si j’évoque ici surface et profondeur, me rattachant à la belle phrase de Khalil Gibran, c’est que, par bien des côtés, Marcel peut apparaître, en surface, comme un homme d’affaires pressé, combinant relations politiques, relations amicales et sautant d’un avion à l’autre pour faire avancer au mieux ses projets immobiliers, en France, dans les DOM-TOM, comme à l’étranger. Sa réussite sociale est indéniable et Marcel Laurent a la franchise d’en parler ouvertement, de « dire vrai », comme l’annonce le titre de son ouvrage. Mais ceci n’est que la surface…

La profondeur, elle, s’inscrit en filigrane dès les premières pages, dès l’enfance : « J’étais le deuxième d’une fratrie de quatre enfants, de parents ouvriers, d’un milieu social modeste. Mon père avait été frappé par la mort de son frère, tué par les Allemands à quelques jours de la Libération, à tel point que sa vie fut brisée par ce chagrin ». Enfance semblable à beaucoup d’autres d’après-guerre : enfant de chœur à l’église, tambour-major dans l’harmonie municipale, scoutisme, pèlerinage à Lourdes… la France des chansons de Charles Trenet. Pas de nostalgie mal placée dans ce récit : l’époque était dure et Marcel se retrouvera dès 14 ans sur les toits, au travail, avec son père, pour aligner les ardoises et façonner le zinc des gouttières.

Marcel Laurent

En 1960, l’Histoire s’impose à nouveau : « le jour de mes dix-huit ans, c’est-à-dire le 13 août 1960, je me suis donc rendu à la gendarmerie de Beaumont S/Oise pour me porter volontaire dans les commandos parachutistes d’outre-mer ». La période sera longue, dangereuse, et riche en désillusions ; elle se soldera par un constat amer : « les États n’ont pas d’âme, mais que des intérêts… ».

Viendront ensuite les multiples expériences professionnelles. Formé à l’école de l’artisanat et donc à une « glorification du travail », Marcel monte plusieurs entreprises pendant les années suivantes, s’essaie à différents emplois, au gré des offres qu’on lui fait ou qu’il se crée. C’est ainsi qu’il se retrouve « remisier sur les marchés internationaux de la bourse ». Il lui faut quelques mois pour comprendre que derrière ces financiers qui ne comptent qu’à coup de tonnes de cacao, de sucre ou de café, se cache « une véritable escroquerie institutionnalisée, cautionnée par l’État à tous les échelons ». D’aucuns auraient exploité le filon, Marcel Laurent, lui, tentera et réussira en partie à modifier les règles du jeu. C’est ainsi qu’il se retrouvera un soir de 1974 convoqué pour la première fois (mais pas la dernière) à l’Élysée par un proche du président à peine élu, Valéry Giscard d’Estaing… L’histoire est édifiante et pour les vieux cinéphiles (comme moi !), elle nous renvoie à l’ambiance si particulière des années Pompidou : qu’on se souvienne du film de Jacques Rouffio, Le Sucre, l’un de ces films à thèse au casting flamboyant (Depardieu, Piccoli, Carmet, etc.) que le cinéma français peine à faire aujourd’hui : c’est exactement l’histoire que nous conte Marcel Laurent dans son ouvrage ! De l’Élysée à son entrée en politique, au parti Radical Valoisien, il n’y a qu’un pas que Marcel Laurent franchira avec la même fougue et l’envie d’y croire ; mais là encore les trahisons ne manqueront pas… avoir l’appui de l’Élysée est une chose, se retrouver sur le terrain en lointaine région parisienne, pour les élections, en est une autre…

Enfin, en 1976, viendra la rencontre avec la franc-maçonnerie. Là encore, l’aventure ne sera pas sans repos, mais tellement riche de nouvelles rencontres, de projets et de valeurs partagées.

Si je donne quelques-uns de ces détails (et je n’ai fait que déflorer les premiers chapitres !), c’est pour montrer que ce livre est tout sauf l’écrit théorique d’un sage qui retournerait un regard lointain sur son passé : c’est un livre d’action, par un homme d’action, et son écriture m’a fait penser plus d’une fois à un scénario de film, tant les rebondissements sont nombreux et inattendus. J’ai aimé également que l’ouvrage raconte, sans ambages, les peines autant que les joies, les bonheurs du père de famille, comme l’angoisse de l’homme devant la maladie, les échecs comme les réussites. Entre autres exemples, le chapitre sur la tentative d’implantation d’un grand hôtel touristique au Vietnam est édifiant : des mois de travail pour, au bout du compte… je vous laisse lire la suite au chapitre 11 !

Daniel Keller Grand Maître du GODF et Marcel Laurent Grand Maître de la GLCS durant la signature du traité d’amitié

Ce qui m’apparaît finalement dans cet ouvrage, c’est qu’un homme est en grande partie fait des valeurs qu’il a reçues, enfant. Il peut certes les fortifier, les polir, les aménager, et c’est ce que fait Marcel Laurent, mais en construisant sur un socle qui est déjà bien installé, bien stable. C’est ce que l’on ressent à la lecture de ce « destin français » et c’est, d’une certaine façon, ce qu’il exprime lorsqu’il définit ainsi la franc-maçonnerie dans laquelle il se reconnaît : « la franc-maçonnerie a de mon point de vue pour rôle essentiel d’apprendre à aller au-devant de soi, de rentrer en soi, à son rythme, sans contrainte, mais avec la Foi, ne serait-ce que la foi en soi, cette force que nous avons tous en nous et qui nous permet dans certaines situations de nous transcender ».

La Foi en soi : voilà bien ce qu’on l’on ressent à la lecture de cet ouvrage, celle qui permet de faire face à l’adversité et, luxe suprême, de remercier la vie pour ce qu’elle vous a donné.

La contribution de Yonnel Ghernaouti

Dans À dire vrai – un destin français, la tranche de vie de Marcel Laurent touchant à son vécu maçonnique au sein de la Grande Loge Nationale Française m’est dévolue.

Revenons sur le titre et son sous-titre. À dire vrai, l’expression signifie pour être tout à fait exact, précis et réalité pour dire la vérité et parler en toute sincérité.

Le terme vrai est, au-delà de certains ouvrages dès 1757 comme Le maçon démasqué ou le vrai secret des francs-maçons employé dans le rituel pratiqué au sein de la Grande Loge des cultures et de la spiritualité, le Rite Écossais Ancien et accepté (REAA). Le mot revenant à plusieurs reprises – grade d’Apprenti : « les vrais enfants de la lumière », de Compagnon : « aimer et pratiquer le vrai, le juste et l’équitable ».

Une façon de faire comprendre au lecteur dans quel état d’esprit l’ouvrage a été écrit et surtout pensé, depuis plus de trente ans.

Il s’agit bien là d’un livre de confidences sur un riche passé maçonnique, un présent et un avenir emplis d’espoir.

Quant au sous-titre Un destin français, aucune allusion ou référence au Destin français d’Éric Zemmour paru en 2018, où l’essayiste proposait sa vision de l’histoire de France. Ou encore à celui Jacques Doriot (1898-1945), homme politique, journaliste et collaborationniste français, fondateur du Parti populaire français (PPF), Le Destin français (Imprimerie du PPF, 1944).

Nous entendons par destin cet enchaînement nécessaire et imprévu des événements qui composent la vie d’un être humain indépendamment de sa volonté. C’est cela que Marcel Laurent a voulu retracer dans son livre.

Paraphrasant La bohème (Charles Aznavour/Jacques Plante, 1966), l’auteur nous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peut pas connaître, la Maçonnerie en ce temps-là…

Marcel Laurent, fondateur de la GLCS

Et tout commence avec le chapitre 6 intitulé « Franc-maçonnerie et Caraïbes : la rencontre avec Jean Mons ». Jean Mons (1906-1989), grand résistant, haut fonctionnaire et Grand Maître de la GLNF de 1980 à son décès. Jusqu’au chapitre 11, soit près de 91 pages au total, l’auteur se confie en toute franchise et sans langue de bois, sur ce qu’il appelle « quelque chose qui m’a beaucoup occupé aussi pendant toutes ces années-là ». C’est, à n’en pas douter, son parcours en Art Royal au sein de la Respectable Loge La Pierre Angulaire n° 129, maçonnant au Rite Écossais Rectifiée qu’il partage et qui commença le 27 septembre 1977. Une Loge bien particulière puisque faisant partie de la

Fraternité d’Abraham – fondée en 1967, cette association prône le dialogue interreligieux entre croyants de confessions juive, chrétienne et musulmane.

Il raconte sans détour comment les sept premières années de son parcours furent jalonnées d’anecdotes, l’aidant aussi à bien mieux comprendre les êtres humains, avouant toutefois que ce n’était pas chose facile… Réalisant que nous pouvons appeler une carrière, au sens noble du terme, exemplaire, occupant tous les Offices, toujours disponible, acceptant toutes les responsabilités qui lui sont confiées, tant au niveau Provincial que National. C’est tout naturellement qu’il occupe, à force de travail, le plus hautes fonctions en qualité de Grand Maître de District.

Bijou et collier de Grand Maître Provincial ou de District – GLNF Constitution et Règlement Général, 1980

Prenons, par exemple, l’annuaire de la Grande Loge Nationale Française (1990-1992). À la page 23 est mentionnée la Province des Caraïbes (CAR), dont il est le responsable, gouvernant seize Respectables Loges travaillant aux Antilles, à l’Orient de Saint-Martin, en Guadeloupe à l’Orient de Basse-Terre, de Sainte-Anne et de Pointe à Pitre, en Guyane, à l’Orient de Cayenne, Saint-Laurent et de Kourou, en Martinique à l’Orient de Fort-de-France, de Saint-Pierre, de Schoelcher et de Trinité.

De ses rencontres avec le Grand Secrétaire de l’époque, le Très Respectable Frère Yves Trestournel à ses relations avec le Franc-Maçon Étienne Dailly (1918-1996) juriste, financier et notable politique à la mode de la IIIe République, Marcel Laurent nous dit tout. Jusqu’au actions de bienfaisance – humanitaire en Asie du Sud-Est – qu’il mène avec désir et sérieux, mais surtout avec le grand cœur que nous lui connaissons. Car Marcel Laurent est un homme d’engagement, de parole et de cœur. Mais son témoignage le plus fort reste sans doute sur la façon dont les Frères ont été des artisans de la paix en Nouvelle-Calédonie.

De son appartenance à la Fraternité, de son parcours, l’auteur en est fier et n’a aucun regret. Il le souhaite à son prochain et nous livre même une très belle phrase à méditer : « L’expérience est une lampe qu’on porte accrochée dans le dos pour éclairer le chemin parcouru et non le chemin à venir. » Et d’expliquer pourquoi. Il nous offre un message d’amour et d’espoir. Pur lui, il est impossible de ne pas croire au Grand Architecte de l’Univers, en Dieu. Et de le remercier chaque jour d’avoir guidé ses pas.

Marcel Laurent, ancien Grand Maître de la GLCS, est actuellement Souverain Grand Commandeur.

La vidéo interview de Jacques Carletto

Pour commander le livre

Yonnel Ghernaouti
Membre de la Respectable Loge « Le Centre des Amis » N° 1 et du Collège de la Loge Nationale de Recherche « Villard de Honnecourt » N° 81 de la Grande Loge Nationale Française, Yonnel Ghernaouti est chroniqueur littéraire. Dans le cadre de la culture et de la communication, il met en œuvre et collabore à l'organisation de salons maçonniques – notamment celui des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon en qualité de Commissaire général - et à la ligne éditoriale de réseaux sociaux. Membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il coopère également à de nombreux ouvrages maçonniques.

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