ven 19 août 2022 - 01:08

Le soufisme – Ou les dimensions mystiques de l’Islam

Annemarie Schimmel – Les éditions du Cerf, 2022, 632 pages, 29 €

Annemarie Schimmel – plaque commémorative Bonngasse Bonn

Auteure d’une centaine de livres, articles et publications, Annemarie Schimmel (1922-2003), docteur en philosophie (études islamiques) de l’Université de Berlin – sa thèse portait sur La position du calife et des cadis à la fin de l’Égypte médiévale – et docteur en sciences religieuses (histoire des religions) de l’Université de Marburg a reçu le « Prix de la paix des libraires allemands » – prix international  décerné chaque année lors de la Foire du livre de Francfort à l’Église Saint-Paul (Francfort-sur-le-Main) à des personnalités qui « par leur activité littéraire, scientifique et artistique, ont servi de manière significative la progression des idées pacifistes » – en 1995. Elle est et reste la grande spécialiste allemande des sciences islamiques. Dans cet ouvrage, elle présente le soufisme ou le mysticisme islamique. Ce qui n’est pas chose facile…

Carl William Ernst à l’Université d’Üsküdar

Préfacé par le professeur émérite Carl W. Ernst, spécialiste des études islamiques et du soufisme abordant notamment les aspects littéraires, historiques et contemporains du mysticisme islamique, cette réédition de celle de 1996, chez le même éditeur (Coll. Patrimoines islam) renouvelle la connaissance et la représentation de l’islam en Occident. Succès tel qu’il s’agit de la 35e édition depuis 1975, date de l’édition originelle de cet ouvrage qui fait référence.

Après nous avoir expliqué ce qu’est l’année musulmane, Annemarie Schimmel, dans son chapitre premier, nous définit ce qu’est le soufisme. Une tentative de réponse pourrait être celle-ci : « Le soufisme est un aspect de la sagesse éternelle, universelle, qui s’est incarné dans le corps de la religion islamique, née en Arabie au VIIe siècle. On peut le définir comme la dimension intérieure, spirituelle de l’islam, et de l’islam sunnite pour l’essentiel. »

Nul ne connaît cependant l’acte de naissance exact du soufisme qui s’inscrit et se décrit désormais dans l’histoire. Le soufisme historique est né et a grandi en milieu musulman et l’étymologie du mot « soufi » vient du mot souf qui signifie en arabe « laine » et qui désigne le vêtement de laine que le prophète Mohammad portait lors des prières et que les premiers soufis ont adopté.

Se fondant aussi sur les propos d’éminents orientalistes occidentaux, l’auteure nous fait vivre l’évolution du soufisme classique, nous décrivant aussi les différentes étapes sur le chemin qui conduit à Dieu. Notamment de savoir, comme dans toute tradition religieuse, comment de la voix est utilisée par les mystiques. Annemarie Schimmel s’intéresse aussi en profondeur à la position de l’homme dans l’islam et spécialement dans le soufisme en décrivant comment il utilise et met en œuvre cette voie ver la perfection.

Des ordres de fraternité soufis, l’auteure en étudie la vie communautaire. Le lecteur apprend les circonstances de l’apparition des premiers ordres soufis, amis surtout quelles idées ils véhiculèrent. S’intéressant aussi au principal courant de soufisme modéré orthodoxe élaboré en système par le philosophe Al-Ghazali (1058-1111), figure majeure de la pensée musulmane, l’auteure développe aussi longuement ce qu’elle nomme le soufisme théosophique. Elle étend son étude jusqu’en Inde et au Pakistan ainsi que dans diverses langues régionales (sindhi, panjabi et pashto). L’auteure ne peut faire l’impasse sur la poésie mystique tant persane que turque. Le premier appendice traite de l’aspect symbolique des lettres dans la littérature soufie. Une analyse extrêmement importante car images et symboles nous permettent une meilleure compréhension de nombreux écrits. Quant au second, c’est à l’élément féminin dans le soufisme qu’il est consacré,

Sanaï

mettant en avant la phrase du poète soufi persan du XIIᵉ siècle, protecteur des sciences et philosophe Sanaï « Une femme pieuse vaut mieux que mille hommes mauvais ».

Suivie d’index (citations du Coran, traditions du Prophète, noms, lieux et sujets), une imposante bibliographie achève l’ouvrage. Une somme pour qui veut comprendre les dimensions mystiques de l’islam et la vision ésotérique de cette voie d’élévation spirituelle par le biais d’une initiation dite tassawuf. S’adressant aussi à un lectorat non spécialiste, Annemarie Schimmel a su nous initier à cette « science des états spirituels » dont la maîtrise doit permettre de dépasser son ego pour parvenir à la connaissance et à la contemplation de Dieu.

Illustration : Tombe d’Annemarie Schimmel, à Bonn. La citation en arabe et traduite en allemand est un hadith que A. Schimmel avait découvert à l’âge de 18 ans : « Les hommes dorment. Quand ils meurent, ils s’éveillent. »

Yonnel Ghernaouti
Membre de la Respectable Loge « Le Centre des Amis » N° 1 et du Collège de la Loge Nationale de Recherche « Villard de Honnecourt » N° 81 de la Grande Loge Nationale Française, Yonnel Ghernaouti est chroniqueur littéraire. Dans le cadre de la culture et de la communication, il met en œuvre et collabore à l'organisation de salons maçonniques – notamment celui des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon en qualité de Commissaire général - et à la ligne éditoriale de réseaux sociaux. Membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il coopère également à de nombreux ouvrages maçonniques.

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