sam 22 juin 2024 - 19:06

Du désordre à l’ordre

Il convient donc d’avoir un comportement « médian » avec la perfection : « Faire ce que doit et peut », avec un droit à l’erreur. Honnêteté avec soi et les autres, savoir raison garder, bonne conscience, cœur et âme tranquille, largeur d’esprit, sûreté de jugement, contentement du bonheur de l’autre (contraire de la jalousie), sans craindre son regard, c’est aussi cela le travail de perfectionnement.

De « mon idéal de perfection » à la mise en œuvre de cette amélioration : ce cheminement intellectuel – qui « convoque » la raison – engage en même temps tout maçon, toute maçonne à se poser la question : « Comment penser et bien penser ?! ». Penser (qui vient par déclinaison du verbe « peser ») c’est établir un dialogue avec soi (peser le pour et le contre). C’est « un dialogue de l’âme avec elle-même » dit Platon. Cet auto perfectionnement passe par la définition de la pensée : la parole intérieure ». C’est avec cet échange (entre le moi et le soi) qu’il prend tout son sens.

Pas d’illusions toutefois : chacun, chacune de nous dépend bien entendu du programme génétique précité qui caractérise sa nature profonde. Il est impossible de la changer et tout effort en l’occurrence serait inutile ! L’ego (le Moi précité) ce dont il s’agit, constitue notre personnalité. En revanche, nous pouvons changer de regard sur le monde et notre existence. Et ainsi rectifier si besoin certaines de nos attitudes.

 Il a fallu des milliers d’années pour que, au fil de l’évolution, nous basculions de l’animalité vers l’humanité. Puis, dans les années 1980 – c’est tout récent ! – que celle-ci engendre la notion « d’ humanitude » (néologisme forgé par l’écrivain suisse Freddy Klopfenstein). Le généticien Albert Jacquard l’a perçu et développé en concept définissant « une philosophie d’attentions et de soins » applicable du petit enfant au vieillard. Chaque être humain est une personne à reconnaître dans ses particularités. En cela, nous sommes le cadeau des uns aux autres. A nous de nous inter-accepter, dans le respect absolu de notre dignité.

Bien entendu, cette structure immuable qui définit chacun, chacune de nous en tant « qu’humanimal » (contraction de Daniel Béresniak) – et qui donc traverse le temps – porte en elle depuis l’origine, l’empreinte du mouton et du loup ! Notre intelligence a inventé la civilisation, (état social évolué) justement pour réduire en nous la part du loup. Pour garder ce qui est bon (l’acceptable) pour nous et la société et écarter ce qui est mauvais (le détestable) dans le même esprit. Mais ne nous le cachons pas : dans une société humaine le Bien a besoin de son contraire, le Mal, pour être identifié. Le Mal est au Bien, ce que la doublure est au manteau ! Selon les cultures et leurs morales, le Bien de l’un peut être le Mal de l’autre. Et inversement. Lors de la dernière guerre mondiale, les nazis (comprenant des gens cultivés) ont vu le Bien dans une Europe – de l’Oural à l’Atlantique – éliminant les ethnies en présence que leur folie furieuse jugeait impures et porteuses de Mal, à l’aune de la race aryenne ! Ce délire meurtrier a causé six millions de morts ! Soyons toujours sur nos gardes. Selon les circonstances, nous sommes tous influençables, à la merci de manipulations mentales à même d’affaiblir notre discernement !

Personne n’est parfait et la perfection n’est pas de ce monde ! Dit à propos l’adage. Certes ! La vie serait vraiment sans attrait, si nous n’avions pas en nous de « défauts conscients » à combattre, de mauvais penchants à redresser, de ressentiments à évacuer ! Si nous ne disposions que de la morale pour boussole. Le défilé des jours, n’aurait aucune saveur, n’offrirait aucun frisson, si nous ne bougions plus, ni ne prenions aucun risque, si nous n’avions plus en nous quelque peur à dompter ! Si, enfin, nous ne conjuguions pas le verbe « oser » ? Oser penser, dire, faire, être ! Bref, nous ne serions plus vraiment humains, sans désirs, sans projets, sans obstacles à franchir, quelque défi à relever, une résistance à opposer, une adversité à vaincre ! Sans nuire à autrui, bien entendu. Ce sont les difficultés surmontées qui fondent nos valeurs existentielles.

 Le franc-maçon, la franc-maçonne savent qu’ils ont besoin du désordre pour bâtir l’ordre. C’est des oscillations du fil à plomb que vient sa parfaite fixité. Et des lapsus dans nos discours qui nous révèlent et en font la vérité. Alors seulement, nous saisissons mieux Friedrich Nietzsche quand il affirme : « Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse ! »

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Gilbert Garibal
Gilbert Garibal
Gilbert Garibal, docteur en philosophie, psychosociologue et ancien psychanalyste en milieu hospitalier, est spécialisé dans l'écriture d'ouvrages pratiques sur le développement personnel, les faits de société et la franc-maçonnerie ( parus, entre autres, chez Marabout, Hachette, De Vecchi, Dangles, Dervy, Grancher, Numérilivre, Cosmogone), Il a écrit une trentaine d’ouvrages dont une quinzaine sur la franc-maçonnerie. Ses deux livres maçonniques récents sont : Une traversée de l’Art Royal ( Numérilivre - 2022) et La Franc-maçonnerie, une école de vie à découvrir (Cosmogone-2023).

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