dim 26 septembre 2021 - 05:09

Le grand titre de la Constitution dite d’Anderson de 1723

Le graveur du frontispice de l’édition de 1723[1] (John Pine), les deux coéditeurs (John Senex et John Hooke) et l’imprimeur (William Hunter) sont tous francs-maçons.

Outre les personnages, ce frontispice présente un décor architecturé imprégné de son temps est une réadaptation du style antique. Il décline notamment les cinq ordres d’architecture en une perspective théâtrale renforcée par le jeu de dallage convergeant vers une arcature ouvrant sur des lointains. La voie indiquée ressemble à l’ouverture de la mer des joncs pour laisser passer les hébreux vers la terre promise, plus probablement à l’allée d’un jardin anglais bordé de taillis.

Dans les cieux aux nuées tourbillonnantes émerge, dans son char,  un Apollon victorieux, symbole de lumière et de connaissance, évoque la statuaire versaillaise.

Mais, si l’on est sûr de l’identité des deux Ducs et de Desaguliers, des personnages du frontispice prêtent à supposition.

Une hypothèse défendue par Michel König

À gauche, derrière le Grand Maître, en charge de La Grande Loge, le duc de Montagu, Isaac Newton. À droite,  derrière le duc de Wharton, accédant à la charge de Grand Maître, Jean-Théophile Désaguliers, les anciens Grands Maîtres Anthony Sayer et  Georges Payne.

Une hypothèse défendue par Étienne Hermant

À partir d’une peinture murale de 1929[2], commande de la Grande Loge du Québec pour la Salle commémorative du Temple de Montréal, et des analyses faites à cette occasion, les personnages, malgré des visages de frères de l’Obédience incorporés, représenteraient très explicitement : le frontispice des   Constitutions de la fraternité ancienne et honorable des francs-maçons libres et acceptés publié par le Dr James Anderson en 1723.  Les personnages principaux sont John, duc de Montagu, Grand Maître des maçons en Angleterre en 1721, arborant l’ordre de la jarretière, remettant à son successeur Philip, le duc de Wharton, un rouleau des Constitutions. Derrière chaque Grand Maître se trouvent ses officiers : d’un côté à gauche, le docteur John Beal, Grand Maître adjoint, Josias Villeneau et Thomas Morris, les Grands Surveillants, de l’autre côté à droite, le docteur Jean Théophile Desaguliers, Grand Maître adjoint, Joshua Timson et William Hawkins, les Grands Surveillants.

Le théorème de Pythagore

Au premier plan du frontispice s’impose l’idée du théorème de Pythagore[3]

Sous son aspect mathématique et dans un univers euclidien, le carré de la longueur de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés. Giamblicus, le biographe de Pythagore, nous conte l’anecdote suivante : quand le Maître s’est rendu compte du sens caché du  théorème , il fut tellement frappé par la profondeur du mystère entrevu qu’il crut avoir eu une révélation divine. La légende qui dit que Pythagore aurait sacrifié 100 bœufs lorsqu’il eut trouvé le théorème de l’hypoténuse[4] ; cependant le résultat semblait déjà connu, en Mésopotamie, plus de mille ans avant Pythagore.

Pythagore n’en a pas fait de démonstration, aussi, à son époque on devait parler de la règle de Pythagore car les démonstrations les plus anciennes qui nous soient parvenues sont celles, plus tardives, d’Euclide (IVe siècle av. JC.) avec le théorème 33 dans la 47ème proposition du Livre I et le théorème 21 de sa  31ème proposition du Livre VI[5] qui, elles, ont un aspect géométrique exprimant une égalité de surfaces et non de calcul : «Dans les triangles rectangles, la figure construite sur le côté qui sous-tend l’angle droit, est égale aux figures semblables et semblablement décrites sur les côtés qui comprennent l’angle droit.». Euclide affirme donc la primauté de la matérialité sur l’abstraction numérique.  Cette figuration du théorème de Pythagore, orne le bijou du Passé Maître du Rite Émulation et, depuis quelques années, cette habitude tend à s’instaurer chez les vénérables d’honneur des rites français et écossais.

Le théorème de Pythagore a eu différents noms : théorème de la mariée chez les Grecs, chaise de la mariée chez les Hindous, figure de l’épousée chez les Perses pour la réciproque, maître de la mathématique au Moyen âge, pont aux ânes pour les collégiens du XIXe siècle.

Les valeurs des carrés ne sont pas un ensemble de nombres, mais une nouvelle entité élevée sur elle-même, qui contient en synthèse les propriétés et les qualités des nombres qui l’ont produit. Le carré du nombre de l’homme caractérise le passage d’un état naturel à un état spirituel.

Le théorème chinois de Guogu, reconstitué d’après les commentaires (3ème siècle)  du mathématicien chinois Liu Hui utilise le principe du puzzle : deux surfaces égales après découpage et recomposition ont même aire.

Le triangle de Képler associe le théorème de Pythagore et le nombre d’or par la figure construite à partir du rectangle d’or (parfois appelé le visage de Dieu), où les dimensions respectives des côtés du triangle sont : Φ, 1 et Φ.

Sous la figure pythagoricienne, on peut lire le mot eurèka écrit en grec ευρηχα. Selon Vitruve, c’est Archimède qui aurait prononcé cette expression, en attestant, par ses expériences, la composition en or de la couronne du roi Hiéron par la mesure de la masse volumique d’eau déplacé par celle-ci. C’est une expression jubilatoire d’avoir trouvé une solution scientifique aux mystères du monde.

En sortant de nos tenues, ne devrions-nous pas dire aussi eurèka pour voir vécu un temps jubilatoire d’ouverture aux Mystères ?


[1] Parue sous le titre LA CONSTITUTION, L’Histoire, les Lois, Charges, Ordres, Règlements, et Usages, de la Très Vénérable FRATERNITÉ des Francs-Maçons Acceptés ; d’après leurs ARCHIVES générales, et leurs Fidèles TRADITIONS de nombreux Siècles. POUR ÊTRE LU Lors de l’Admission d’un NOUVEAU FRÈRE, quand le Vénérable ou le Surveillant commencera, ou ordonnera à quelque autre Frère de lire ce qui suit

[2] Peinture réalisée par  les frères Adam Sheriff-Scott RCA. de Zetland Lodgen ° 12, et le frère Charles W. Kelsey, de la Loge Mont-Royal n ° 32, appartenant à  un groupe de 6 peintures retraçant l’historique de la Grande Loge.

[3] Pythagore (VIe siècle av .J.C.) dont le nom, issu de l’araméen, est la réduction de l’expression «Pitouï Chel Guer», « la séduction du converti» se serait converti au judaïsme.

[4] Cela semble un non-sens  car les seules offrandes acceptées dans le pythagorisme étaient des offrandes végétales préparées !

[5] p.76 et 241 sur : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k68013g

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Solange Sudarskis
Maître de conférence honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", lauréat de l'Académie maçonnique de France (Essais et symbolisme)

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