jeu 23 septembre 2021 - 03:09

Il n’y a pas de reconnaissance des obédiences

Il n’y a pas de reconnaissance des obédiences. Il n’y a de reconnaissance que des frères : « Mes frères me reconnaissent comme tels », parce qu’ils sont eux-mêmes reconnus par d’autres.

Et par qui ? Par ceux qui partagent le même rite, donc qui ont vécu la même initiation. Il s’ensuit que c’est seulement par le rite, et donc par le rituel qui initie, que la reconnaissance se fait.

Et comment se fait-elle ? Comme Franc-maçon d’une loge, c’est-à-dire comme homme qui abandonne son statut exotérique (de « exoterikos », « en-dehors »), celui de profane (de « pro-fanus », « hors du temple »), pour celui d’initié (de « ab initio », « celui qui commence ») qui aborde la voie ésotérique (de « esoterikos », « au-dedans, de l’intérieur »). En conséquence, il s’agit de quitter son être d’apparence pour rechercher l’essence de son être.

Mais si ce sont les frères – parce que rattachés à un rite – qui ont toujours la reconnaissance et non pas les obédiences, alors, les obédiences, que sont-elles ?

Eh bien, elles sont seulement légitimes (de « lex, legis », la « loi »).

Elles sont d’abord légitimes parce qu’elles sont des associations légales, dont le régime social est reconnu par la législation nationale dont elles dépendent ; en ce sens, elles sont légitimées par l’État au même titre que tout groupement humain déclaré.

Ensuite elles sont légitimes car elles se soumettent aux lois du pays dans lequel elles se trouvent (leurs constitutions les y obligent).

Voilà pour la légitimité externe, c’est-à-dire vis-à-vis de leur citoyenneté.

Mais qu’en est-il à l’intérieur des obédiences ?

Ce qui les légitime sur le plan spirituel, ce sont les patentes des rites qu’elles ont reçues, c’est-à-dire « l’écrit qui établit le droit ou le privilège du corps » [social] qui les constitue (définition du « Robert », 2011).

De là se tire leur légitimité sur le plan structurel par la constitution, les lois et les règlements internes dont elles se dotent.

En bref, seules les patentes des rites légitiment la reconnaissance des obédiences qui les possèdent et des frères qui les composent ; ce qui revient à dire que toute obédience n’est reconnue que par « les écrits [des rituels qui donnent] droit ou privilège » à pratiquer les initiations et les élévations aux grades considérés. Paul Naudon écrit : « La vraie légitimité n’est pas dans les textes administratifs qui ont créé et organisé les rites et les obédiences. […] Sa manifestation tangible réside dans le contenu initiatique des rituels et dans la pratique qui en est faite. » (« Histoire, rituels et tuileur des Hauts Grades Maçonniques », éd. Dervy, coll. Bibliothèque de la Franc-Maçonnerie, 2002, p. 128).

Par suite, qu’en est-il de cette fameuse régularité qui fait tant débat ? La régularité se définit comme « ce qui est conforme à la règle ».

Il en résulte que, sur le plan structurel, est reconnue comme régulière toute obédience qui obéit non seulement à une légitimité externe, mais aussi à une constitution, à des lois et des règlements qui lui confèrent sa légitimité interne : c’est le cas de la quasi-totalité des obédiences !

Sur le plan spirituel, est reconnue comme régulière toute obédience qui obéit aux patentes des rites dont elles disposent : c’est aussi le cas de la plupart des obédiences.

Dès lors, pourquoi accorder tant de prix à la régularité qu’octroie une obédience (parmi les autres) – je veux parler de la Grande Loge Unie d’Angleterre ?

D’abord parce qu’historiquement elle s’est autoproclamée référence à l’égard de la corporation maçonnique (elle s’appuie sur ses « landmarks », qui sont sa doxa).

Mais nous avons vu que la reconnaissance est attachée aux rites et non à la légitimité de la structure qui les conserve (l’obédience).

Ensuite parce que, politiquement, ce critère permet de différencier les obédiences qui opèrent dans le même cadre de pensée de celles qui sont rejetées comme incompatibles.

Dans cette perspective, nous sommes plus en présence d’un concept d’adoption que de régularité : sont uniquement reconnus ceux qui appartiennent à la même « famille spirituelle » ; d’où les notions de « Grande Loge Mère » et de « Grande Loge Fille » (comme il y a des loges-mères et des loges-filles au niveau des ateliers).

Cette approche n’est pas sans rappeler le « limes » latin, la frontière que les Romains avaient établie entre eux et les « barbares » !

Enfin parce que la régularité n’est attribuée qu’à une seule obédience par pays – ce qui permet de déléguer son autorité à un foyer reconnu comme « centre de l’union » pour la nation visée.

Curieusement, l’obédience reçoit ainsi une reconnaissance dite « universelle », alors quelle se cantonne à un noyau de frères qui se considèrent comme privilégiés. En l’occurrence, et de manière plaisante, cette conception de l’universalité maçonnique exclut toute possibilité d’universalisation pour les autres frères ! à méditer…

Que voilà bien du bruit pour des querelles de mots (maux) ! Car, du moment que mes frères me reconnaissent comme tel, que je les reconnais aussi, et que nous travaillons tous ensemble, quelles que soient les obédiences, à notre perfectionnement pour l’amélioration matérielle, spirituelle et morale de l’humanité, qu’importe la nature sexuelle, la couleur de peau, les convictions politiques, la croyance religieuse et le rite auquel chacun de nous adhère, du moment que, dans la chaîne humaine, nous nous tenions les mains pour œuvrer dans le même sens !

 

Pierre PELLE LE CROISA, le 5 juin 2015Ó

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