Protection grand-ducale de la Grande Loge « Zur Eintracht » de Darmstadt, 27 février 1846 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 27 février 1846, le grand-duc Louis II de Hesse accorde sa protection à la Grande Loge « Zur Eintracht » (« À la Concorde »), installée à Darmstadt. L’obédience a été fondée le 1er décembre 1844 par trois loges de Darmstadt, Mayence et Francfort, sorties de l’Union éclectique lorsque celle-ci avait renoncé à son caractère chrétien. Certaines chronologies maçonniques retiennent 1846 comme année de fondation : c’est en réalité l’année de sa consécration officielle. Petite par la taille, elle comptera parmi les huit Grandes Loges allemandes jusqu’à sa disparition sous le nazisme.

Date : 27 février 1846
Lieu : Darmstadt, Hesse, Allemagne

L’Allemagne des Grandes Loges

Protection grand-ducale de la Grande Loge « Zur Eintracht » de Darmstadt, 27 février 1846
Source : Wikimedia Commons – Carlos Delgado – CC BY-SA 3.0

Avant l’unité allemande, la franc-maçonnerie des États germaniques est morcelée entre plusieurs Grandes Loges, souvent liées à un souverain ou à une ville. À Berlin dominent trois Grandes Loges prussiennes, attachées au principe chrétien. À Francfort, l’Union éclectique (Eklektischer Bund) rassemble depuis la fin du XVIIIe siècle des loges qui revendiquent une maçonnerie sobre, limitée aux trois grades. En 1832, cette Union abandonne ses références chrétiennes, ouvrant la voie à l’admission de non-chrétiens. Ce choix divise ses propres loges.

La rupture de 1844

Trois ateliers refusent cette évolution : Johannes der Evangelist zur Eintracht à Darmstadt, Freunde zur Eintracht à Mayence et Karl zum aufgehenden Lichte à Francfort. La loge francfortoise est exclue de l’Union éclectique le 2 juillet 1844. Les trois loges se rapprochent alors des Grandes Loges prussiennes et négocient un temps une union avec la Grande Loge nationale (Große Landesloge), sans succès. Elles décident finalement de fonder leur propre obédience, constituée à Darmstadt le 1er décembre 1844.

La consécration de 1846

Le 27 février 1846, le grand-duc Louis II de Hesse place la nouvelle Grande Loge sous sa protection. Cette reconnaissance du souverain donne à l’obédience une assise légale et un prestige qui expliquent que des ouvrages de référence, comme le lexique maçonnique de Lennhoff et Posner, datent sa naissance de 1846. Le premier Grand Maître est Johann Friedrich Lotheisen, magistrat, conseiller à la cour d’appel. Les statuts initiaux prônent la tolérance, l’égalité et la liberté maçonniques, et tiennent la Grande Loge à l’écart de la politique comme des querelles confessionnelles.

Une maçonnerie des trois grades

Protection grand-ducale de la Grande Loge « Zur Eintracht » de Darmstadt, 27 février 1846
Source : Wikimedia Commons – Philip de László – Public domain

Comme l’Union éclectique dont elles sont issues, les loges de « Zur Eintracht » ne pratiquent que les trois grades symboliques et renoncent aux hauts grades, même si la loge Karl de Francfort conserve une loge écossaise travaillant un quatrième grade. Pendant la révolution de 1848-1849, les travaux sont suspendus durant un an. En 1859, le grand-duc Louis III ordonne le rattachement de quatre loges éclectiques de Giessen, Offenbach, Worms et Alzey, qui refusent de renoncer à leurs principes : la cohabitation est tendue. Le 12 octobre 1873, un nouveau statut abandonne définitivement le principe chrétien et fait de « Zur Eintracht » une obédience dite humanitaire.

Dans l’Union des Grandes Loges allemandes

Après 1872, la Grande Loge de Darmstadt siège au Deutscher Großlogenbund, qui réunit les huit Grandes Loges allemandes ; elle tente d’y promouvoir une autorité centrale commune. En 1910, c’est d’ailleurs à Darmstadt que l’Union adopte la règle de la majorité des trois quarts pour ses votes. En 1932, à son apogée, « Zur Eintracht » compte dix loges et environ 900 membres ; elle fait alors partie des quatre Grandes Loges restées dans l’Union après le départ des obédiences prussiennes.

Disparition et mémoire

La prise du pouvoir par les nazis met fin à son existence : les travaux cessent vraisemblablement dès 1933 et l’obédience disparaît en 1935. Elle n’est pas reconstituée après 1945. Parmi ses membres figurent Philipp Brand, député au Reichstag, et Wilhelm Leuschner, ministre de l’Intérieur de l’État populaire de Hesse, devenu résistant et victime du nazisme. Leur parcours rappelle le lien entre cette maçonnerie libérale hessoise et l’engagement civique de ses membres.

Repères chronologiques

  • 1832 : l’Union éclectique de Francfort abandonne ses principes chrétiens.
  • 2 juillet 1844 : exclusion de la loge Karl zum aufgehenden Lichte de l’Union éclectique.
  • 1er décembre 1844 : fondation de la Grande Loge « Zur Eintracht » à Darmstadt.
  • 27 février 1846 : protection accordée par le grand-duc Louis II de Hesse.
  • 13 janvier 1859 : rattachement imposé de quatre loges éclectiques.
  • 19 mai 1872 : création du Deutscher Großlogenbund, dont elle est membre.
  • 12 octobre 1873 : nouveau statut abandonnant le principe chrétien.
  • 1933-1935 : cessation des travaux et disparition sous le régime nazi.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Grande Loge, Grades symboliques, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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