Modernité (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La modernité est l’un des grands objets de haine indirecte de l’antimaçonnisme. La franc-maçonnerie est souvent accusée parce qu’elle symboliserait un monde marqué par la liberté de conscience, la sécularisation, la circulation des idées, la critique des autorités héritées, l’individualisation des parcours, l’universalisme juridique, la transformation des formes politiques, l’école publique, la science, la République et les droits de l’homme.

La franc-maçonnerie accusée

Pathologies Modernité

Pour les adversaires réactionnaires de la modernité, la franc-maçonnerie devient la coupable idéale. Elle est discrète, symbolique, ancienne et pourtant associée aux Lumières. Elle permet de donner un visage à des mutations profondes. La laïcité, l’émancipation des individus, la pluralité religieuse, la critique du pouvoir clérical, la démocratie parlementaire, les droits civiques, le progrès scientifique, tout peut être ramené à une influence maçonnique supposée.

Cette accusation a une fonction psychologique et politique. La modernité est difficile à penser parce qu’elle est ambivalente. Elle libère et elle déracine. Elle émancipe et elle isole. Elle donne des droits et elle produit des solitudes. Elle développe la science et engendre des puissances techniques inquiétantes. Elle ouvre les sociétés et les fragilise. Elle déplace les traditions, modifie les familles, transforme le travail, accélère le temps. Devant cette complexité, l’antimaçonnisme offre une explication simple. Tout viendrait des loges.

Une modernité avec ses ombres

Le problème n’est pas que la modernité soit sans ombre. Elle porte ses violences, ses oublis, ses brutalités économiques, ses illusions de progrès automatique, ses excès techniciens, ses désenchantements. Une pensée maçonnique sérieuse ne doit pas l’idéaliser. Elle doit en mesurer les fractures. Mais l’antimaçonnisme refuse de penser ces ambivalences. Il préfère les attribuer à une main cachée. Il transforme une crise de civilisation en procès de loge.

Cette réduction empêche de comprendre le monde. La sécularisation n’est pas simplement un complot contre Dieu. Elle est un phénomène historique complexe, lié à la transformation des États, des sciences, des sociétés, des croyances et des libertés individuelles. La République n’est pas un décret maçonnique. Elle est le produit de luttes politiques. Les droits de l’homme ne sont pas une ruse de loge. Ils sont nés d’une longue maturation philosophique, juridique et historique. La modernité n’a pas un seul auteur.

Un lieu de travail sur la modernité

Jardins des Lumières4

La franc-maçonnerie peut être l’un des lieux où la modernité s’est pensée. Elle a offert des espaces de discussion, des rites de formation morale, une symbolique de la construction de soi, une fraternité susceptible d’accompagner des hommes traversés par les changements du monde. Elle n’est pas le moteur secret de la modernité. Elle peut être l’un des ateliers où l’homme moderne tente de ne pas se perdre lui-même.

Une perspective initiatique

Dans une perspective initiatique, la modernité doit être prise comme un chantier, non comme un absolu. Il ne s’agit ni de l’adorer ni de la maudire. Il s’agit de l’éprouver, de la mesurer, de la rectifier. L’homme moderne a gagné des libertés, mais il peut perdre le sens. Il a gagné l’autonomie, mais il peut perdre la profondeur. Il a gagné l’accès au savoir, mais il peut perdre la sagesse. Il a gagné la vitesse, mais il peut perdre la patience.

Le Temple peut alors jouer un rôle singulier. Il introduit de la lenteur dans un monde pressé. Il remet le symbole dans un monde saturé d’informations. Il rappelle la verticalité dans un monde horizontal. Il invite à tailler la pierre dans une époque qui consomme des images. Il ne s’oppose pas nécessairement à la modernité. Il lui offre une épreuve intérieure.

L’antimaçonnisme, lui, refuse cette possibilité. Il préfère faire de la franc-maçonnerie le laboratoire d’un désordre global. Mais cette vision le condamne à ne jamais comprendre ce qu’il critique. La modernité n’est pas un complot. Elle est une condition historique, avec ses lumières et ses ombres. Le véritable travail consiste à y demeurer humain.

Voir aussi : Crise de la modernité, Lumières, Laïcité, République, Fuite du réel, Sécularisation, Liberté de conscience, Progrès.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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