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La Déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 26 novembre 1983 constitue un texte décisif pour comprendre la persistance de la position catholique contemporaine à l’égard de la franc-maçonnerie. Signée par le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation, et approuvée par Jean-Paul II, elle intervient dans un moment particulier. Le nouveau Code de droit canonique vient d’entrer en vigueur et ne mentionne plus explicitement la franc-maçonnerie, contrairement au Code de 1917 et à son ancien canon 2335. Certains y voient alors la possibilité d’un assouplissement, voire d’une ouverture. La Déclaration vient fermer cette interprétation.
Ce que dit le texte

Le texte affirme que le jugement négatif de l’Église sur les associations maçonniques demeure inchangé, parce que leurs principes sont considérés comme inconciliables avec la doctrine catholique.
Il ajoute que les fidèles inscrits à des associations maçonniques se trouvent en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion. La formulation est brève, mais son effet est considérable. Elle maintient une ligne d’interdiction nette, même si le nouveau Code ne reprend plus la mention explicite de la franc-maçonnerie.
Il faut rappeler que la Congrégation pour la doctrine de la foi, aujourd’hui devenue Dicastère pour la doctrine de la foi, appartient à la Curie romaine. Héritière de la Sacrée Congrégation du Saint-Office, elle-même issue de l’ancienne Inquisition romaine, elle a pour mission de promouvoir et de protéger la foi et les mœurs conformes à l’enseignement catholique. Son intervention de 1983 ne relève donc pas d’une opinion isolée ou d’une simple note pastorale. Elle s’inscrit dans le cadre doctrinal le plus élevé de l’Église romaine.
Une place importante dans l’histoire

Dans l’histoire de l’antimaçonnisme, cette Déclaration occupe une place importante parce qu’elle réactualise, en quelques lignes, une longue tradition de condamnation. Elle ne reprend pas nécessairement tout l’imaginaire pamphlétaire du satanisme, du complot, de la contre-Église ou de la subversion politique. Elle ne parle pas le langage de Léo Taxil ni celui des ligues antimaçonniques. Mais elle maintient l’idée d’une incompatibilité fondamentale entre appartenance catholique et appartenance maçonnique. À ce titre, elle continue de structurer durablement la position romaine contemporaine.
Cette distinction est essentielle.
Il faut séparer le texte doctrinal, qui concerne d’abord les fidèles catholiques et la discipline sacramentelle de l’Église, des usages polémiques qui peuvent en être faits. Une position romaine d’incompatibilité ne justifie ni les caricatures, ni les accusations de satanisme, ni les fantasmes de gouvernement occulte, ni les amalgames judéo-maçonniques. L’antimaçonnisme commence lorsque la règle religieuse devient prétexte à soupçon global, lorsque le désaccord doctrinal devient diabolisation, lorsque l’interdiction ecclésiale est transformée en arme de calomnie.
Distinguer plusieurs niveaux
Pour une lecture maçonnique, ce texte oblige donc à distinguer plusieurs niveaux. Il y a la position officielle d’une Église sur ses propres fidèles. Il y a la longue histoire des rapports entre catholicisme et franc-maçonnerie, faite de condamnations, de tensions, mais aussi de tentatives de dialogue. Il y a les usages militants ou intégristes de cette condamnation. Il y a enfin la réalité humaine de croyants qui vivent parfois, dans la tension de leur conscience, une double fidélité spirituelle. La Déclaration de 1983 rappelle ainsi l’un des nœuds les plus sensibles de l’antimaçonnisme religieux.
La franc-maçonnerie inquiète moins par un pouvoir réel que par ce qu’elle représente aux yeux de l’autorité doctrinale. Un espace où des consciences différentes peuvent travailler ensemble. Un lieu où le symbole ouvre sans imposer une vérité dogmatique unique. Une fraternité initiatique qui ne se confond ni avec une Église, ni avec un parti, ni avec une école théologique. C’est cette autonomie de la conscience, plus encore que telle ou telle pratique, qui demeure au cœur de la difficulté.
La réponse maçonnique ne consiste donc pas à nier le texte, ni à le caricaturer en retour. Elle consiste à le replacer dans son ordre propre. L’Église parle depuis son droit, sa doctrine, sa conception du salut et de la communion. La franc-maçonnerie parle depuis une méthode initiatique, symbolique et fraternelle, attachée à la liberté de conscience. Entre les deux, le désaccord peut être profond. Mais il ne doit pas être livré aux faussaires du sens.
Voir aussi : Droit canonique, Catholicisme et franc-maçonnerie, Antimaçonnisme catholique, Ratzinger, Liberté de conscience, Église catholique, Pape et franc-maçonnerie.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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