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Le 10 octobre 1868, à Nouméa, le gouverneur Charles Guillain signe l’arrêté qui autorise l’ouverture de la loge L’Union calédonienne, première loge maçonnique de Nouvelle-Calédonie, sous l’égide du Grand Orient de France. Quinze ans après la prise de possession de l’archipel par la France, neuf frères posent ainsi les bases d’une maçonnerie océanienne. La loge connaîtra une histoire mouvementée : fermeture après l’évasion d’Henri Rochefort, réouverture, puis sommeil sous Vichy. Son héritage se poursuit dans la Fraternité calédonienne.
Date : 10 octobre 1868
Lieu : Nouméa, Nouvelle-Calédonie
Une colonie récente
La France prend possession de la Nouvelle-Calédonie en 1853, et Port-de-France, rebaptisé Nouméa en 1866, devient le chef-lieu de la colonie. À partir de 1864, l’archipel accueille un bagne. La société coloniale est alors réduite : militaires, fonctionnaires, colons libres, commerçants, dont certains venus d’Australie. C’est dans ce petit monde que naît le projet d’une loge.
Les fondateurs
Neuf francs-maçons portent le projet : Austin, Coudelou, Chevalier, Douzans, Hauguel, Higginson, Martin, Richard et Simon. Deux d’entre eux sont affiliés à la Grande Loge unie d’Angleterre, signe des liens avec le monde australien. Leurs parcours individuels restent mal connus. À défaut de loi sur les associations, toute réunion régulière doit être autorisée par l’autorité administrative.
L’arrêté du 10 octobre 1868
Le 10 octobre 1868, le gouverneur, le contre-amiral Charles Guillain, autorise par arrêté la création à Nouméa d’une loge sous le titre distinctif d’Union calédonienne, à condition de respecter la législation sur les associations. Le Grand Orient de France accorde à son tour son autorisation en mai 1869. L’installation officielle des feux intervient en 1869 : le 8 septembre selon une source, en novembre selon une autre.
Un temple et une crise
Dès 1870, la loge fait construire un temple, en créant une société anonyme pour porter le projet. En mars 1874, le journaliste Henri Rochefort, déporté de la Commune, s’évade de Nouvelle-Calédonie avec plusieurs compagnons. La loge, soupçonnée de complicité sans qu’aucune preuve ne soit apportée, est fermée par arrêté le 8 janvier 1875 et certains frères sont expulsés. Le gouverneur Olry autorise la réouverture par un arrêté du 18 mai 1878, et les travaux reprennent le 24 mai.
Du sommeil à la renaissance
La même année 1878, la loge Western Polynesia, créée par la Grande Loge de Nouvelle-Galles du Sud, loue le temple de l’Union calédonienne. L’atelier français reste actif jusqu’en 1940 : face à la politique antimaçonnique de Vichy, son secrétaire détruit les archives et la loge cesse de se réunir. Elle ne reprend pas ses travaux après la guerre ; en 1957, le temple est cédé à la Ligue de l’enseignement. En 1960, la loge du Grand Orient reconstituée prend le nom de Fraternité calédonienne, le titre d’Union calédonienne étant désormais porté par un parti politique.
Portée et mémoire
L’histoire de l’Union calédonienne a fait l’objet d’une étude publiée en 1998 dans le Journal de la Société des Océanistes. Elle témoigne de l’implantation de la maçonnerie française dans le Pacifique et de ses relations avec la maçonnerie australienne. La maçonnerie calédonienne, aujourd’hui plurielle, se réclame de cette première loge.
Le saviez-vous ?
Faute de loi générale sur les associations, qui ne sera votée en France qu’en 1901, les maçons de Nouméa ont dû recourir à une société anonyme pour acquérir un terrain et bâtir leur temple en 1870. C’est encore cette société qui, réunie en assemblée générale en 1957, cède le bâtiment à la Ligue de l’enseignement, laquelle y installe un centre culturel. Le temple de l’Union calédonienne a ainsi successivement abrité une loge française, une loge australienne de la Grande Loge de Nouvelle-Galles du Sud, puis des activités d’éducation populaire.
Repères chronologiques
- 1853 : prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France.
- 10 octobre 1868 : arrêté du gouverneur Guillain autorisant la loge.
- 1869 : autorisation du Grand Orient et installation de la loge.
- 8 janvier 1875 : fermeture après l’évasion de Rochefort.
- 24 mai 1878 : reprise des travaux.
- 1940 : mise en sommeil et destruction des archives.
- 1960 : renaissance sous le titre de Fraternité calédonienne.
Voir aussi dans le glossaire : Maître de loge ou Maître en chaire, Allumage des Feux, Vichy et héritages antijudéo-maçonniques (antimaçonnisme).

