Grande Loge française de Misraïm
Histoire
La première loge française documentée du rite de Misraïm est établie à Paris en 1814-1815 par trois frères, Marc, Michel et Joseph Bédarride, cadres moyens de l'armée impériale en Italie qui rapportent le rite depuis Naples. Les Bédarride mettent en place chartes et structure organisationnelle, mais leur gestion financière suscite des critiques et conduit certains membres à chercher leur admission ailleurs. En 1822, le rite est interdit par la police de la Restauration en raison de ses liens avec les réseaux libéraux et républicains.
Après la mort de Michel Bédarride en 1856, la direction passe à Hayère, puis à Girault en 1876, à Osselin père vers 1884 et à Jules Osselin en 1887. En 1889, le rite de Misraïm de juridiction française rassemble plusieurs loges à Paris, en province, à New York, à Buenos Aires et à Alexandrie. La Grande Loge misraïmite ferme ses portes en 1899.
La pratique contemporaine du rite reste dispersée entre plusieurs structures françaises qui en revendiquent la filiation, sans continuité juridique avérée avec la lignée Bédarride.
Fondation et schismes
La Grande Loge française de Misraïm contemporaine ne descend pas directement de la lignée Bédarride éteinte en 1899, mais naît du démembrement de la Grande Loge française de Memphis-Misraïm de Robert Ambelain au milieu des années 1990 [3]. Fin 1995, trois frères du 33e degré, Jean-Marc Fon, Robert Mingam et André Jacques, sollicitent l'autorisation d'Ambelain, alors Souverain Grand Maître des Rites confédérés, pour quitter l'obédience en crise sous Gérard Kloppel et fonder une structure nouvelle [3]. Ambelain, détenteur des archives du rite transmises par Charles-Henri Dupont en 1960 et Conservateur suprême de l'Ordre de Misraïm dormant depuis 1939, encourage cette équipe à réveiller le rite oriental de Misraïm proprement dit, distinct du rite combiné de Memphis-Misraïm [3].
En février 1996, quatre loges symboliques sont consacrées sous ce rite, le Scarabée d'Or, Khepri, Aménophis III et le Sphinx, et s'organisent en Grande Loge française de Misraïm [3]. L'obédience est enregistrée à l'INPI le 17 avril 1997, la patente formelle étant délivrée le 19 mai 1997, quelques jours avant la mort d'Ambelain le 27 mai [3]. Le périmètre d'origine reste exclusivement masculin, la mixité n'étant introduite qu'en 1998.
Positions doctrinales
L'obédience se présente comme spiritualiste et travaille à la gloire du Grand Architecte de l'Univers, en référence aux principes qui auraient gouverné la civilisation de l'Égypte ancienne [4]. Elle revendique l'absence de dogme et exclut la politique et la religion des travaux pour préserver la liberté absolue de conscience [1]. Sur la mixité, la Grande Loge française de Misraïm est devenue une obédience mixte dès 1998 et compose aujourd'hui avec des ateliers mixtes, masculins et féminins selon les besoins locaux. Elle ne se réclame pas du courant régulier anglo-saxon et se rattache au champ libéral et adogmatique, ce que confirme son admission au CLIPSAS [2]. Le volume juré sur l'autel et l'usage du compas et de l'équerre sont conservés au titre du symbolisme universel, sans confession religieuse exigée des candidats [1].
Rites pratiqués
La Grande Loge française de Misraïm pratique exclusivement le rite de Misraïm, dans sa forme orientale réveillée par Robert Ambelain en 1996 à partir des archives qu'il détenait depuis 1960 [3]. Cette particularité la distingue des obédiences Memphis-Misraïm, qui combinent les deux rites égyptiens, et elle est qualifiée d'« exclusivement de Misraïm » dans la littérature maçonnique de référence. Les rituels sont décrits par l'obédience comme spirituellement chargés et empreints du symbolisme mystique égyptien, avec un système de hauts grades culminant à 90 degrés [4].
Relations internationales
La Grande Loge française de Misraïm est admise au CLIPSAS en 2019 à l'unanimité des 109 obédiences alors représentées, ce qui constitue son principal ancrage international [2]. Elle est aujourd'hui structurée comme membre fondateur de la Grande Loge de Misraïm, une fédération qui regroupe également la Grande Loge béninoise de Misraïm consacrée en octobre 2024 et une Grande Loge ivoirienne de Misraïm établie à la même période [5]. Sa juridiction directe couvre la France métropolitaine, la Guadeloupe et des loges isolées dans des territoires sans grande loge nationale, avec cinq ateliers à Paris, des implantations à Bergerac, Nice et près de Lyon, ainsi qu'un atelier à Yaoundé au Cameroun [1]. Des consécrations sont annoncées pour Toulouse, Rouen et Saint-Barthélemy [1]. À l'admission au CLIPSAS, l'obédience revendique environ 300 membres dans 22 loges et 25 ans d'existence selon ses propres porte-paroles [2].
Controverses notables
La naissance même de l'obédience est indissociable des scandales attribués à Gérard Kloppel à la Grande Loge française de Memphis-Misraïm en 1996, qui conduisent les derniers frères de l'ère Ambelain à se retirer pour reconstruire ailleurs [3]. Avant son admission au CLIPSAS, la GLFM a fait l'objet de circulaires défavorables émanant d'obédiences traditionnelles, dont le Grand Orient de France, et la presse maçonnique signale des tensions persistantes avec les autres structures égyptiennes autour de la question de la transmission légitime du rite [2]. [contesté : continuité avec la lignée Bédarride de 1814, la GLFM se présente comme réveil du rite oriental de Misraïm sur archives Dupont/Ambelain, mais aucune filiation juridique directe avec la Grande Loge misraïmite fermée en 1899 n'est documentée] [3].
Questions fréquentes
Quand la Grande Loge française de Misraïm a-t-elle été fondée ? Quatre loges symboliques ont été consacrées en février 1996 et l'obédience a été enregistrée à l'INPI le 17 avril 1997 [3].
Est-elle reconnue par les obédiences libérales internationales ? Oui, elle est membre du CLIPSAS depuis son admission à l'unanimité en 2019 [2].
Quel rite pratique-t-elle ? Exclusivement le rite oriental de Misraïm, réveillé à partir des archives transmises par Charles-Henri Dupont à Robert Ambelain en 1960 [3].
Est-ce une obédience mixte ? Oui, elle est devenue mixte en 1998 et fonctionne aujourd'hui avec des ateliers mixtes, masculins et féminins.
Descend-elle directement des frères Bédarride de 1814 ? Non, il n'existe pas de continuité juridique avérée avec la Grande Loge misraïmite fermée en 1899, la GLFM se rattachant plutôt à la lignée Dupont-Ambelain du XXe siècle [3].
Sources
- Grande Loge Française de Misraïm, Grande Loge de Misraïm (site officiel fédéral)
- La GLFMisraïm entre au CLIPSAS, Hiram.be
- Réveil du Rite Oriental de Misraïm, Robert Mingam
- Nouveau Grand Maître à la Grande Loge Française de Misraïm, GADLU.INFO
- Lettre d'information de la Grande Loge de Misraïm, 450.fm