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Chers frères, sœurs et lecteurs encore capables de digérer sans assistance,
Commençons par le commencement, histoire de poser le décor avec élégance : Muhammad, le Sceau des prophètes, aurait été empoisonné à Khaybar. Une simple épaule d’agneau farcie de rancune juive, paraît-il. Il en serait mort des années plus tard, dans son lit, en sueur, mais avec le chic de pouvoir toujours dire « ce n’était pas moi qui avais commandé ». Charmant.
Mais il n’est pas le seul à avoir goûté aux joies du métier.
Regardez un peu le tableau de chasse des personnages mythiques et symboliques que l’humanité s’est obstinée à vénérer :
- Jean-Baptiste : décapité. Tête sur un plateau d’argent. Le service était impeccable, le pourboire moins.
- Jésus : crucifié. Trois clous, une couronne d’épines et un public qui n’avait même pas payé sa place.
- Isaïe : scié en deux. On lui a fait l’honneur d’un outil de menuisier. Classe.
- Jérémie : lapidé en Égypte. Rien de tel qu’un bon caillou pour clore un débat théologique.
- Zacharie : lapidé dans le Temple ou scié dans un arbre, selon les versions. On hésite encore sur le mode d’emploi.
- Hiram Abiff, notre cher maître architecte : assassiné à coups de maillet, de règle et d’équerre par trois ruffians pressés d’obtenir le Mot. Classicisme maçonnique absolu. Refuser de parler = mort certaine. Parler = trahison. Le dilemme parfait pour ceux qui aiment les rituels dramatiques et les dîners qui suivent.
Et la liste continue : Amos torturé, Uriah passé à l’épée, Pierre crucifié la tête en bas (parce que banal, c’est ringard), Paul décapité… On dirait un concours de « qui mourra le plus créativement ».

Face à ce carnage spirituel, une évidence s’impose : être prophète, maçon mythique ou personnage symbolique, c’est un métier à haut risque. Les religions et leurs prophètes ont toujours eu un talent certain pour transformer la foi en spectacle sanglant. Les maçons, quant à eux, ont élevé le meurtre d’Hiram au rang de fondement rituel, tout en s’empressant ensuite de passer aux agapes. On meurt symboliquement, puis on mange réellement. Sublime.
C’est précisément pour échapper à ce modèle pourri que vient de naître, dans la plus grande discrétion (et avec un certain sens de l’opportunité), la Loge maçonnique du Bouddha Fraternel.
Pourquoi Bouddha ? Parce que le seul qui ait eu l’intelligence de mourir d’une simple indigestion. Une maladie digestive. Rien de plus. Pas de clous, pas de scie, pas de maillet, pas de poison spectaculaire. Juste un peu trop de nourriture, et hop, extinction douce. Le rapprochement avec le plaisir des agapes est d’une évidence tellement grossière qu’on se demande pourquoi personne n’y avait pensé plus tôt.

Cette nouvelle loge a donc décidé de quitter Hiram Abiff et son destin de martyr pour s’appuyer sur Bouddha. Objectif avoué (enfin, à demi-mot) : profiter des plaisirs de la chair – les bons repas, le vin, les conversations post-tenue – sans les risques inhérents aux mythes violents. Plus de danger de se faire égorger pour un secret. Plus de danger de se faire crucifier pour une vérité. Juste le droit de bien manger en paix, en récitant des maximes sur le détachement… tout en s’attachant solidement à l’assiette.
C’est beau, non ? Les religions qui multiplient les prophètes martyrs pour mieux vendre le sacrifice. La maçonnerie qui met en scène un assassinat rituel pour mieux justifier ses banquets. Et maintenant une pseudo-loge qui, face à l’horreur du catalogue, choisit purement et simplement le personnage qui est mort en digérant. Le summum de la sagesse pragmatique.
On ne cherche plus la vérité. On cherche le menu.
On ne cherche plus la lumière. On cherche le fromage.
On ne cherche plus le Mot de Maître. On cherche le digestif.
Et franchement, dans un monde où les prophètes finissent en pièces détachées et où les mythes maçonniques tournent au polar sanglant, la Loge du Bouddha Fraternel a peut-être raison : mieux vaut mourir d’une indigestion que d’une conviction.
À votre santé.
Et mangez lentement.
