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Le samedi 28 novembre 2026, de 10 h à 18 h, la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges accueillera le Salon du livre Maçonnique. Organisée par les neuf loges du Grand Orient de France de la Haute-Vienne, cette manifestation publique réunira dix auteurs et proposera trois conférences consacrées aux relations entre la presse et la franc-maçonnerie, à l’universalisme et à la transmission. Dans cette cité où l’art du feu, la tradition des bâtisseurs et l’esprit de liberté composent un patrimoine singulier, le livre sera au cœur d’une journée de rencontres, de découvertes et de dialogue. Une invitation à partager la culture maçonnique dans ce qu’elle possède de plus universel, le désir de comprendre, la liberté de penser et la volonté de transmettre.
Limoges, quand la matière rencontre l’esprit

De la blancheur de ses porcelaines aux couleurs profondes de ses émaux, Limoges entretient depuis des siècles un dialogue fécond entre la matière et l’esprit. Ancienne Augustoritum romaine, cité de saint Martial et des maîtres émailleurs, elle conserve dans sa cathédrale Saint-Étienne, patiemment élevée durant plusieurs siècles, le témoignage du génie des bâtisseurs. Sa gare des Bénédictins, chef-d’œuvre de l’architecte Roger Gonthier inauguré en 1929, déploie son campanile et sa coupole de cuivre vert-de-gris comme un véritable manifeste architectural. Protégée au titre des monuments historiques depuis 1975, elle participe à la renommée d’une ville intégrée depuis 2017 au Réseau des villes créatives de l’UNESCO pour ses arts du feu.

Mais Limoges possède aussi l’âme indépendante et fraternelle d’une ville ouvrière où naquit la CGT en 1895, une terre de combats sociaux, de Résistance et d’émancipation. Cette rencontre entre l’excellence artisanale, la mémoire des bâtisseurs et l’exigence de liberté donne au rendez-vous maçonnique du 28 novembre une résonance particulière. Car façonner la porcelaine, tailler la pierre ou travailler à son propre perfectionnement relèvent d’une même ambition, transformer patiemment la matière pour faire apparaître, au-delà de ses apparences, une forme porteuse de sens.
Neuf loges du Grand Orient de France, une même volonté d’ouverture
C’est dans cet environnement historique et culturel que les neuf loges du Grand Orient de France de la Haute-Vienne ont choisi de poursuivre une belle entreprise collective, offrir au public un lieu de rencontre avec les auteurs, les idées et les grandes interrogations qui traversent la franc-maçonnerie contemporaine.

Il faut mesurer ce que représente une telle initiative. Une loge est d’abord un lieu de travail initiatique, de réflexion et de fraternité, dont les activités ordinaires s’inscrivent dans un cadre rituel particulier. Mais elle appartient également à une société dont elle partage les interrogations, les défis et les responsabilités.
En unissant leurs énergies pour organiser ce salon, les neuf ateliers manifestent une conviction essentielle. La culture maçonnique ne doit pas demeurer enfermée dans un cercle de spécialistes, pas davantage qu’elle ne saurait se réduire aux représentations fantaisistes du secret et du mystère.
L’extériorisation prend ici tout son sens. Il ne s’agit pas de confondre l’espace public avec celui de l’initiation, mais d’offrir à chacun la possibilité de découvrir une tradition de pensée, ses ouvrages, ses sensibilités, ses interrogations et les valeurs dont elle se réclame.
Le livre constitue un instrument privilégié de cette rencontre. Il n’impose ni appartenance ni adhésion préalable. Il sollicite la curiosité, nourrit la réflexion, suscite la contradiction et permet à chacun d’approfondir librement son jugement. C’est pourquoi cette manifestation dépasse largement le seul rendez-vous littéraire. Elle constitue une démarche culturelle et citoyenne, placée sous le signe de l’ouverture et de la transmission des savoirs.
La Bfm, un lieu qui fait dialoguer les siècles

Le choix de la Bibliothèque francophone multimédia, familièrement appelée Bfm, apparaît particulièrement heureux. Inaugurée en 1998, cette réalisation de l’architecte Pierre Riboulet inscrit la modernité au cœur d’un quartier chargé d’histoire, voisin de l’hôtel de ville, où l’ancien hôpital général de l’âge classique dialogue avec une architecture contemporaine de verre et de lumière. L’architecte a même choisi d’orienter le nouveau bâtiment selon le tracé de la ville romaine, en léger décalage avec l’hôpital, comme pour rendre visible, dans la pierre et le verre, la superposition des époques.
Le bâtiment offre ainsi une belle image de ce que peut être une transmission réussie, non pas la reproduction nostalgique du passé, mais son intégration vivante dans le présent. Lieu ouvert à tous les publics, la Bfm appartient à ces institutions qui donnent une réalité concrète à l’idéal de partage du savoir. Ses collections, ses fonds patrimoniaux, ses ressources francophones et ses activités culturelles en font un espace de découverte, de formation et de rencontres. Accueillir un salon du livre maçonnique dans une bibliothèque publique possède une signification forte. C’est affirmer que la connaissance n’a de véritable fécondité que lorsqu’elle circule, se discute et se transmet. Le samedi 28 novembre, ses salles et son auditorium accueilleront dix auteurs, des rencontres avec les lecteurs et trois conférences dont les sujets rejoignent quelques-unes des interrogations fondamentales de notre époque.
Trois conférences pour penser le présent et préparer l’avenir
À 11 h, « La presse et la franc-maçonnerie », par Yonnel Ghernaouti

Les relations entre la presse et la franc-maçonnerie constituent un chapitre particulièrement révélateur de l’histoire des idées et des libertés publiques. Depuis le XVIIIe siècle, journaux, pamphlets, gazettes, revues politiques, publications confessionnelles et périodiques maçonniques entretiennent avec l’institution des relations complexes. Certains ont contribué à faire connaître ses idéaux, d’autres ont entretenu ses légendes, alimenté les polémiques ou participé à la diffusion de campagnes antimaçonniques.
La question dépasse pourtant l’opposition entre une presse favorable et une presse hostile. Elle interroge la manière dont une institution initiatique, attachée à une certaine discrétion, peut exister dans un espace public organisé autour de la circulation des informations. Comment parler de franc-maçonnerie sans en caricaturer les pratiques ? Comment distinguer les faits historiques des interprétations idéologiques ? Comment concilier le respect de la vie privée, la liberté d’expression et le droit légitime du public à l’information ?

Ces interrogations, déjà présentes aux origines de la presse moderne, ont pris une dimension nouvelle avec le développement d’Internet, des réseaux sociaux et des outils d’intelligence artificielle. La circulation accélérée des informations, la diffusion de documents sortis de leur contexte, l’amplification des théories complotistes et les possibilités de manipulation numérique imposent aujourd’hui aux journalistes une exigence renouvelée de vérification et de discernement.
Historien des religions, auteur d’ouvrages consacrés à la franc-maçonnerie, chroniqueur littéraire et directeur de la rédaction de 450.fm, Yonnel Ghernaouti abordera ce thème à la croisée de l’histoire, de la culture maçonnique et de la réflexion journalistique. Cette conférence sera également l’occasion de rappeler combien la presse a participé aux grandes transformations de la société française, notamment à travers les combats pour l’instruction, la laïcité, la liberté de conscience et les droits fondamentaux. L’enjeu demeure d’une grande actualité. Comment construire un dialogue exigeant entre le droit de savoir, le devoir d’informer et le respect des personnes ?
À 14 h, « L’universalisme », par René Rampnoux

L’universalisme appartient à ces notions dont l’évidence apparente dissimule une remarquable complexité philosophique. Héritier d’une longue histoire qui traverse l’Antiquité, les traditions religieuses, l’humanisme de la Renaissance et les Lumières, il repose sur l’idée que la dignité humaine ne saurait être limitée par les appartenances particulières.
Mais cette ambition se heurte aujourd’hui à des interrogations essentielles. Comment penser l’universel dans un monde traversé par la diversité des cultures, les inégalités économiques, les tensions identitaires et la montée des nationalismes ? Comment défendre des droits communs sans nier les singularités historiques et culturelles des peuples ? La franc-maçonnerie, dont les traditions font une place importante à la fraternité et à l’unité du genre humain, possède une contribution singulière à apporter à cette réflexion.
Professeur agrégé d’économie et de gestion, essayiste, auteur de travaux philosophiques et ancien Grand Maître adjoint du Grand Orient de France, René Rampnoux associe dans son parcours la rigueur de la pensée universitaire et l’expérience de la démarche initiatique. Ses ouvrages, notamment Penser en franc-maçon. Quand la franc-maçonnerie dialogue avec la philosophie et Histoire de la pensée occidentale. De l’agora à l’algorithme, témoignent de son intérêt pour les correspondances entre raison, conscience, culture et engagement humain.
L’universel ne peut être confondu avec l’uniformité. Il ne saurait exiger l’effacement des cultures, des histoires ou des convictions. Il suppose au contraire la possibilité de reconnaître dans l’autre, précisément parce qu’il est différent, une égale humanité. Pour les francs-maçons, cette réflexion rejoint naturellement la fraternité, comprise non comme une proximité affective, mais comme une exigence de reconnaissance mutuelle et de solidarité. À l’heure où les sociétés contemporaines semblent parfois préférer la juxtaposition des appartenances à la recherche d’un bien commun, cette conférence invite à retrouver toute l’ambition intellectuelle et morale de l’universalisme.
À 16 h, « La transmission », par Philippe Foussier

La troisième conférence placera au cœur de la réflexion une notion fondamentale de toute démarche initiatique, la transmission. Transmettre ne consiste pas seulement à conserver un ensemble de connaissances, de pratiques ou de textes. C’est rendre possible leur appropriation par une autre conscience, permettre à une expérience de se prolonger sans se pétrifier et donner à ceux qui viennent après nous les moyens de poursuivre une œuvre qu’ils auront à leur tour la responsabilité de transformer.
Cette interrogation traverse toute l’histoire de la franc-maçonnerie. Elle concerne le rituel, les symboles, les usages et la mémoire collective, mais également la capacité des loges à accueillir de nouvelles générations, à comprendre leurs attentes et à dialoguer avec un monde profondément différent de celui qui vit naître les premières grandes obédiences.
Journaliste, essayiste et ancien Grand Maître du Grand Orient de France, fonction qu’il exerça de 2017 à 2018, Philippe Foussier possède une connaissance directe des enjeux institutionnels et culturels qui traversent la franc-maçonnerie française. Auteur de Combats maçonniques, désormais dans sa troisième édition, il a également consacré des ouvrages aux grands symboles de la République, parmi lesquels Marianne et Le Drapeau tricolore, parus chez Dervy. Cette attention portée aux emblèmes collectifs témoigne d’un intérêt particulier pour les signes à travers lesquels une communauté humaine se reconnaît et transmet ses valeurs.
Sa conférence permettra d’interroger la continuité de l’expérience maçonnique dans un monde où les repères traditionnels connaissent de profondes transformations. Comment conserver l’essentiel sans s’enfermer dans l’immobilisme ? Comment transmettre une tradition vivante à ceux qui ne partagent plus nécessairement les mêmes références culturelles ? Comment distinguer la fidélité véritable de la répétition des formes ?
La question rejoint la destinée même du livre. Chaque génération reçoit des textes qu’elle n’a pas écrits, les interprète à la lumière de son temps, puis les transmet à d’autres lecteurs. Entre ces générations se crée une chaîne invisible où le passé n’existe vraiment que parce qu’il continue de nourrir le présent. La transmission maçonnique appartient à cette même dynamique. Elle ne consiste pas à remettre une vérité toute faite, mais à éveiller chez autrui le désir de poursuivre une recherche.
Dix auteurs, autant de chemins vers la connaissance
Au-delà des trois conférences, le salon donnera aux visiteurs l’occasion de rencontrer dix auteurs réunis autour de la littérature maçonnique, de l’histoire, de la philosophie, du symbolisme et de la création.

Gérard Contremoulin occupe une place importante dans les travaux consacrés au Rite Français. Son ouvrage L’Esprit du Rite Français. Rite de fondation de la franc-maçonnerie (Dervy, 2022) propose une réflexion historique et philosophique sur l’un des grands héritages rituels du Grand Orient de France. Il y interroge les rapports entre tradition, raison, humanisme et évolution de la pensée maçonnique. Ses publications, parmi lesquelles les volumes consacrés aux grades et aux ordres du Rite Français, invitent à considérer le rite non comme un vestige immobile du passé, mais comme un langage symbolique vivant.

Richard Bordes apporte une autre perspective, particulièrement attentive à la critique historique. Ses travaux sur les rapports imaginaires entre manichéens, cathares, templiers et francs-maçons invitent à interroger ces filiations souvent répétées sans que les documents établissent les continuités prêtées à ces mouvements. À travers ses recherches, c’est toute la question des légendes maçonniques, de leur formation et de leur instrumentalisation qui se trouve posée.
Daniel Borzeix, écrivain et éditeur attaché au patrimoine limousin, représente cette tradition intellectuelle qui considère la mémoire des territoires comme un bien culturel essentiel. Ses travaux d’histoire locale, de la géographie du Limousin aux révoltes populaires de l’Occitanie médiévale et moderne, et ses activités éditoriales témoignent d’un intérêt pour les récits, les personnalités et les traditions qui constituent l’identité d’une région. Sa présence souligne combien la culture maçonnique peut aussi se nourrir des mémoires locales.

Jacques Carletto, connu également sous le nom de plume de Jissey, apporte à la littérature maçonnique une qualité précieuse, l’humour. Journaliste, dessinateur, éditeur et chroniqueur vidéo, il observe avec malice les habitudes, les contradictions et parfois les travers du monde maçonnique, de L’Éternel Apprenti à Vivre avec un franc-maçon. Son œuvre rappelle qu’il est possible d’interroger sérieusement les pratiques initiatiques sans renoncer à la légèreté, à l’autodérision et à la liberté du sourire.

Éric de L’Estoile représente la dimension romanesque de cette rencontre. Auteur de fictions et de récits où l’intrigue occupe une place centrale, il explore les territoires de l’imaginaire et du mystère. Il signe aussi, avec Arnaud de L’Estoile, Aube magique du XXIe siècle. Les nouveaux initiés, consacré aux nouvelles quêtes spirituelles. Sa présence montre que la littérature associée aux salons maçonniques ne se limite pas aux essais doctrinaux ou aux études historiques. Le roman possède lui aussi le pouvoir de susciter des interrogations sur la vérité, les apparences et les comportements humains.

Philippe Benhamou est l’un des auteurs qui ont contribué à rendre la franc-maçonnerie plus accessible à un large public. Avec La Franc-maçonnerie pour les Nuls, écrit avec Christopher Hodapp, il a participé à la diffusion d’une connaissance claire et documentée de l’institution. Mais son travail ne se limite pas à la vulgarisation. Ses romans, ses chroniques, ses cahiers pédagogiques et ses ouvrages consacrés aux fonctions en loge témoignent d’une volonté constante de renouveler les formes de la transmission.
René Rampnoux, dont la conférence constituera l’un des grands rendez-vous de la journée, représente le dialogue entre culture philosophique et expérience maçonnique. Ses ouvrages invitent à dépasser les oppositions trop faciles entre pensée rationnelle et langage symbolique. Il rappelle que la tradition initiatique peut nourrir une réflexion contemporaine sur la conscience, la responsabilité, l’universalisme et la place de l’individu dans la communauté.

Daniel Comino, auteur d’Approche anthropologique des rites maçonniques (Dervy, 2017), propose un regard comparatif sur la pluralité des traditions rituelles. Initié au Rite Français, il a parcouru le cursus complet du Rite Écossais Ancien Accepté avant d’étudier quelque deux cent cinquante rituels, classés selon cinq axes d’analyse, afin de mettre en évidence les singularités et les points de rencontre entre les différentes pratiques maçonniques. Il a publié plus récemment un Guide à l’usage du franc-maçon Kadosh (Conform Édition, 2025). Son travail ouvre ainsi un champ de réflexion sur la diversité des rites, les valeurs qui les traversent et les méthodes permettant de les étudier.

Philippe Foussier, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, inscrit son œuvre dans une réflexion sur l’engagement maçonnique, la République et les symboles qui nourrissent la conscience collective. Ses publications prolongent une conception exigeante de la franc-maçonnerie, attentive à la transformation intérieure autant qu’aux responsabilités sociales et citoyennes de l’individu.

Yonnel Ghernaouti, historien des religions, auteur, chroniqueur littéraire, médiateur culturel au musée de la Franc-Maçonnerie et directeur de la rédaction de 450.fm, poursuit une exploration des correspondances entre histoire, littérature, philosophie, religions et traditions initiatiques. Ses ouvrages interrogent le langage des symboles, la mémoire maçonnique, les combats pour la liberté de conscience et les transformations contemporaines de la pensée.
Aux éditions Dervy, il publie Pourquoi les francs-maçons veulent-ils reconstruire le Temple ? (2023), une réflexion sur le Temple comme architecture intérieure et horizon spirituel, puis Les Grands Mystères de la franc-maçonnerie (2024), coécrit avec Jean-François Blondel, historien de l’art et spécialiste du Moyen Âge.
Aux éditions Le Compas dans l’Œil paraissent en 2026 La Franc-Maçonnerie à l’épreuve de l’intelligence artificielle. Manifeste pour une vigilance initiatique dans l’âge des machines pensantes, interrogation sur les rapports entre conscience humaine, discernement et révolution technologique, Les Lumières maçonniques, une quête universelle, consacré à l’héritage humaniste et philosophique de l’Ordre, ainsi que Quatre paroles sous la Voûte étoilée. Lectures maçonniques des discours présidentiels (2001-2025), qui propose une lecture des grands discours publics à la lumière des valeurs et du langage symbolique de la franc-maçonnerie.

Aux Éditions L.O.L., il signe également en 2026 Antimaçonnisme. Une fabrique du soupçon, l’art d’y répondre, consacré à l’histoire et aux mécanismes de l’hostilité envers la franc-maçonnerie, l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, parcours historique et thématique à travers les représentations et les accusations dirigées contre l’institution, ainsi que Voyage dans l’univers symbolique d’Hergé, une exploration des correspondances entre l’imaginaire de la bande dessinée, les mythes, les archétypes et la pensée symbolique.
La diversité de ces parcours constitue l’un des grands intérêts du salon. Aucun ouvrage ne saurait, à lui seul, épuiser la richesse de la culture maçonnique. Celle-ci se nourrit aussi bien des recherches historiques que de l’imagination littéraire, de l’analyse philosophique que de l’humour, de la compréhension des rites que de la réflexion sur la société.
Selon le programme annoncé, les dix auteurs présenteront chacun une sélection de trois ouvrages, permettant aux visiteurs de découvrir ou de retrouver des publications représentatives de leurs recherches et de leurs créations. La librairie Anecdotes assurera la vente des ouvrages, tandis qu’un espace sera également consacré au dépôt et à la vente des publications de Conform Édition.
Deux rencontres maçonniques prolongeront le dialogue
En marge du salon public, le programme annonce également deux tenues maçonniques distinctes, qui permettront de prolonger les échanges dans le cadre des travaux en loge.
Le vendredi 27 novembre, la loge Les Artistes recevra Richard Bordes autour des rapports chimériques entre manichéens, cathares, templiers et francs-maçons. Le sujet offre un terrain particulièrement stimulant pour réfléchir à la formation des mythes historiques, aux filiations supposées et aux constructions idéologiques qui ont marqué l’histoire de l’institution.
Le samedi 28 novembre, la loge Les Encyclopédistes accueillera Gérard Contremoulin pour un travail consacré à L’Esprit du Rite Français. Une manière d’approfondir la dimension historique, culturelle et philosophique d’une tradition rituelle étroitement liée à l’histoire du Grand Orient de France.
Ces travaux en loge relèvent du cadre maçonnique propre aux ateliers concernés et doivent être distingués des conférences publiques proposées à la Bibliothèque francophone multimédia.
Le livre, cet autre outil de l’initié
Pourquoi les salons du livre maçonnique occupent-ils une place aussi particulière dans la vie culturelle des obédiences ? Peut-être parce que le livre entretient avec l’initiation une relation plus profonde qu’il n’y paraît.
Il est d’abord un objet de transmission, capable de franchir les frontières du temps et de l’espace. Il permet à une pensée née plusieurs siècles auparavant de retrouver une présence dans l’esprit d’un lecteur contemporain. Il conserve la mémoire des expériences humaines tout en demeurant ouvert à de nouvelles interprétations.

Mais il constitue également un instrument de liberté. Lire, c’est accepter de rencontrer une pensée différente de la sienne, découvrir des horizons inconnus, confronter ses convictions à d’autres arguments et consentir parfois à remettre en question ce que nous croyions définitivement acquis. Cette démarche possède une affinité évidente avec l’idéal initiatique.
Le franc-maçon ne travaille pas seulement à accumuler des connaissances. Il cherche à développer une qualité de jugement, une capacité d’écoute et une lucidité susceptibles de transformer son rapport à lui-même, aux autres et au monde. À cet égard, le livre peut devenir un véritable outil symbolique. Il ouvre des portes sans obliger à les franchir, propose des chemins sans imposer d’itinéraire et invite chacun à poursuivre un travail dont nul autre ne saurait accomplir les étapes à sa place.
Dans une époque où l’information se consomme souvent avec une rapidité qui menace la réflexion, consacrer une journée entière aux livres, aux auteurs et aux échanges constitue déjà un acte culturel significatif. Le salon de Limoges rappelle ainsi que la franc-maçonnerie possède également une tradition littéraire et intellectuelle qu’il convient de faire vivre, de questionner et d’enrichir.
Une invitation adressée à tous les curieux
Il serait dommage de considérer cette manifestation comme un rendez-vous réservé aux seuls francs-maçons. Les questions qui y seront abordées concernent directement la société contemporaine. La liberté de la presse, la circulation de l’information, l’universalisme, la transmission des valeurs, la préservation de la mémoire et le dialogue entre les générations appartiennent au patrimoine commun de la réflexion citoyenne.

Les lecteurs intéressés par l’histoire des idées, les amateurs de littérature, les passionnés de symbolisme et tous ceux qui souhaitent mieux comprendre la franc-maçonnerie trouveront dans cette journée une occasion de rencontre. Un salon du livre n’est jamais une succession de stands et de signatures. Il est un lieu où les textes retrouvent les voix de ceux qui les ont écrits, où les questions deviennent conversations et où les ouvrages cessent momentanément d’être des objets silencieux pour redevenir des invitations au dialogue.
À Limoges, cette rencontre prendra une coloration particulière. La ville de la porcelaine et des émaux, des maîtres artisans et des bâtisseurs, des luttes sociales et des grandes traditions culturelles, offrira aux visiteurs un environnement particulièrement propice à la réflexion.
De la pierre au livre, un même désir de transmettre
La cathédrale Saint-Étienne a demandé des siècles pour s’élever. La gare des Bénédictins continue d’accueillir les voyageurs venus de tous les horizons. Dans les ateliers de porcelaine, les artisans poursuivent des gestes appris de leurs prédécesseurs, tandis que la Bibliothèque francophone multimédia conserve les œuvres du passé pour les offrir aux lecteurs de demain. Ces réalités, pourtant si différentes, partagent une même intuition. Aucune civilisation ne peut durablement exister sans transmission.
En réunissant dix auteurs autour de trois grandes interrogations contemporaines, les neuf loges du Grand Orient de France de la Haute-Vienne rappellent que la franc-maçonnerie ne saurait être seulement une mémoire. Elle est également une responsabilité envers l’avenir. Car un livre, comme une pierre soigneusement taillée, n’acquiert sa pleine valeur que lorsqu’il trouve sa place dans une construction qui le dépasse.
Le 28 novembre, à Limoges, les francs-maçons n’inviteront pas seulement le public à découvrir des ouvrages. Ils lui proposeront de partager ce qui demeure peut-être le plus précieux des héritages, le goût de comprendre, la liberté de penser et le désir de transmettre.

Informations pratiques
Salon du livre et de la culture maçonnique de Limoges, le samedi 28 novembre 2026, de 10 h à 18 h, à la Bibliothèque francophone multimédia (Bfm), 2 place Aimé-Césaire, 87000 Limoges. Organisation par les neuf loges du Grand Orient de France de la Haute-Vienne. Au programme, dix auteurs, présentations d’ouvrages, rencontres, dédicaces et trois conférences.

- 11 h, La presse et la franc-maçonnerie, par Yonnel Ghernaouti
- 14 h, L’universalisme, par René Rampnoux
- 16 h, La transmission, par Philippe Foussier
Vente des ouvrages par la librairie Anecdotes. Espace de dépôt et de vente des publications de Conform Édition. Manifestation publique, les modalités d’accès et les éventuelles conditions de réservation sont à confirmer auprès des organisateurs.
Pour les frères et sœurs qui souhaitent retrouver l’édition précédente, 450.fm avait annoncé le Salon du livre maçonnique de Limoges du 23 novembre 2024.

