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Un professeur qui quitte son poste réunit ses collègues pour un dernier verre et leur annonce, calmement, qu’il a plus de 14 000 ans. Écrit par Jerome Bixby et réalisé par Richard Schenkman, The Man from Earth (2007) tient presque tout entier dans une conversation. Sans rien de maçonnique, il ressemble pourtant à une tenue réussie : une parole libre, contradictoire et courtoise, qui ébranle les certitudes.
De quoi parle The Man from Earth ?
John Oldman, enseignant apprécié, s’apprête à quitter l’université et sa maison sans explication. Ses amis – un biologiste, une historienne, un anthropologue, un archéologue, une spécialiste de littérature chrétienne, puis un psychiatre – viennent le saluer. Pressé de questions, il finit par leur soumettre une « hypothèse » : et si un homme du paléolithique n’avait jamais vieilli et vivait encore parmi nous, changeant de lieu tous les dix ans pour ne pas éveiller les soupçons ?
Le scénario est la dernière œuvre de Jerome Bixby, auteur de science-fiction et scénariste pour la télévision, qui en avait conçu l’idée au début des années 1960 et l’acheva sur son lit de mort en 1998. Tourné avec un budget modeste, le film a connu une diffusion inattendue grâce au partage en ligne, que son producteur a publiquement remercié tout en invitant le public à acheter le DVD. Une suite, The Man from Earth: Holocene, est sortie en 2017, et une adaptation théâtrale a été montée.
Une conversation comme une tenue
Rien dans le film ne renvoie à la Franc-maçonnerie, et aucun personnage n’est présenté comme Maçon. Il a pourtant sa place dans la filmographie, car il met en scène ce que les Loges cherchent à cultiver : un cercle d’égaux réunis autour d’une question, où chacun parle depuis sa discipline, écoute l’autre et accepte d’être déplacé. Le seul décor est une pièce ; le seul ressort, la parole.
Le récit pratique le libre examen au sens le plus concret. Les savants opposent à Oldman les exigences de leur méthode, cherchent la faille, testent la cohérence. Le psychiatre soupçonne la folie, la croyante se sent blessée. À mesure que le récit remonte le temps, il touche aux fondateurs de religions, et c’est là que le film devient le plus sensible : il interroge la manière dont naissent les traditions, sans que l’on ait à adhérer à ses hypothèses pour en goûter l’exercice.
Mémoire, transmission et tolérance
Au fond, le film parle de transmission : que reste-t-il de l’expérience humaine quand elle passe de bouche en bouche pendant des millénaires ? Oldman a tout vu mais il se souvient mal, comme chacun ; il n’apporte pas une révélation, il rappelle que nos récits sont des constructions. Pour un Maçon habitué à travailler sur des légendes symboliques sans les confondre avec l’histoire, la leçon est familière.
La soirée met aussi à l’épreuve la tolérance des convives. Certains se ferment, d’autres s’ouvrent ; la discussion manque de basculer, puis reprend. Que l’on soit convaincu ou non par le dénouement, le film rappelle qu’une vérité dérangeante ne se reçoit qu’entre personnes qui ont appris à s’écouter.
Fiche technique
- Titre original : The Man from Earth (Jerome Bixby’s The Man from Earth)
- Année : 2007
- Pays : États-Unis
- Réalisation : Richard Schenkman
- Scénario : Jerome Bixby
- Interprètes : David Lee Smith, John Billingsley, Ellen Crawford, Tony Todd, William Katt, Annika Peterson, Richard Riehle
- Durée : 1 h 27 à 1 h 29 selon les sources
- Genre : Science-fiction, drame
Voir aussi dans le glossaire : Libre examen, Tolérance, Humanisme.
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