Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

Dans Damien : La Malédiction II (1978), l’enfant du premier film a douze ans et ignore encore ce qu’il est. Le film raconte la découverte de cette identité, entre une académie militaire et un puissant groupe industriel. Aucune Franc-maçonnerie ici, mais une figure frappante pour le lecteur maçon : une initiation à rebours, où le jeune homme ne s’élève pas mais apprend à servir les ténèbres, entouré d’affidés qui se reconnaissent entre eux.
De quoi parle Damien : La Malédiction II ?
Sept ans après les événements de La Malédiction, Damien vit à Chicago chez son oncle Richard Thorn (William Holden) et sa tante Ann (Lee Grant), à la tête de Thorn Industries. Il fréquente une académie militaire avec son cousin Mark. Autour de lui, ceux qui s’approchent trop près de la vérité disparaissent les uns après les autres, tandis qu’un mystérieux mur peint, découvert lors de fouilles au Proche-Orient, porte un visage qui lui ressemble.
Le tournage connaît un changement de cap : Mike Hodges, d’abord engagé à la réalisation, est remplacé après quelques semaines par Don Taylor, mais garde un crédit de coscénariste aux côtés de Stanley Mann. Jerry Goldsmith revient à la musique et Lance Henriksen campe un sergent instructeur au rôle décisif.
Un réseau d’initiés du mal, pas une Loge
Le film n’évoque jamais la Franc-maçonnerie. Il imagine en revanche un réseau d’adeptes discrets, disséminés dans l’entreprise familiale et dans l’encadrement de l’académie, qui veillent sur Damien et préparent sa montée en puissance. Ces hommes se reconnaissent, se taisent et se transmettent des consignes : la grammaire même que les fantasmes antimaçonniques prêtent aux Loges.
Le décor n’est pas choisi au hasard. Une multinationale familiale, dont certains cadres préparent dans l’ombre l’avenir du jeune héritier, sert ici de véhicule au projet de l’Antéchrist. Le récit rejoint ainsi l’imagerie des élites occultes manipulant l’économie, que le complotisme applique depuis plus d’un siècle aux francs-maçons, aux Illuminati ou aux banquiers. Le film l’assume comme fiction surnaturelle ; il n’en reste pas moins un bon exemple de la manière dont ce soupçon s’est installé dans l’imaginaire.
L’initiation inversée
Le cœur du film est une scène de révélation : invité par un proche à lire le livre de l’Apocalypse, Damien y découvre sa propre description et s’enfuit, bouleversé. On reconnaît la structure d’une initiation (un aîné guide, un texte est ouvert, une identité nouvelle se révèle), mais tout est inversé. Il ne s’agit pas de devenir meilleur, ni de mourir au vieil homme pour renaître : il s’agit d’accepter un destin écrit d’avance.
C’est ce que la tradition appelle une contre-initiation : les formes du passage sont reprises, mais vidées de la liberté qui en fait le sens. Là où l’apprenti maçon s’engage librement et cherche la lumière, l’adolescent du film est enrôlé par d’autres et prend conscience de ses pouvoirs pour mieux éliminer ce qui le gêne. Le contraste éclaire, par la négative, ce qu’une véritable initiation suppose : un consentement et un travail sur soi.
Une suite qui élargit le mythe
Ce deuxième volet déplace l’action de Londres vers l’Amérique et de l’enfance vers l’adolescence. Il installe aussi l’idée, reprise par toute la saga, que l’Antéchrist ne peut réussir sans des relais humains : militaires, dirigeants d’entreprise, notables. C’est ce passage du surnaturel au social qui rend le film révélateur pour qui s’intéresse à la fabrication des légendes noires.
Le lecteur maçon gardera en tête une distinction simple : une fiction qui imagine des disciples cachés n’accuse personne, tant qu’elle reste fiction. Le danger commence lorsque ce schéma est plaqué sur des groupes réels, comme l’ont fait les pamphlets antimaçonniques.
Fiche technique
- Titre original : Damien: Omen II
- Année : 1978
- Pays : États-Unis
- Réalisation : Don Taylor
- Scénario : Stanley Mann, Mike Hodges
- Interprètes : William Holden, Lee Grant, Jonathan Scott-Taylor, Lance Henriksen, Robert Foxworth
- Durée : 1 h 47
- Musique : Jerry Goldsmith
- Genre : Épouvante, fantastique
Voir aussi dans le glossaire : Contre-initiation, Élites, Initiation.
Pour aller plus loin sur 450.fm

