L’Homme qui voulut être roi (Film)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Adapté par John Huston de la nouvelle de Rudyard Kipling, L’Homme qui voulut être roi (1975) suit deux anciens sergents britanniques, Sean Connery et Michael Caine, partis se tailler un royaume au Kafiristan. C’est sans doute le film le plus authentiquement maçonnique de l’histoire du cinéma : écrit par un Frère, il fait de la reconnaissance entre maçons le moteur même de l’intrigue, et de la démesure son grand avertissement.

De quoi parle L’Homme qui voulut être roi ?

Affiche française du film L’Homme qui voulut être roi (1975)

Lahore, vers 1885. Le jeune journaliste Rudyard Kipling voit entrer dans son bureau un homme brisé, Peachy Carnehan, qui lui raconte ce qui s’est passé depuis leur première rencontre. Trois ans plus tôt, Peachy et son compagnon Daniel Dravot, anciens sergents de l’armée des Indes, avaient décidé que l’Inde était trop petite pour eux. Ils avaient signé un contrat solennel, devant Kipling, et pris la route du Kafiristan, région reculée de l’Hindou Kouch où, disait-on, aucun Blanc n’avait mis les pieds depuis Alexandre le Grand.

Coproduction américano-britannique écrite par John Huston et Gladys Hill, le film a été tourné au Maroc, notamment à Aït-Ben-Haddou, avec des scènes de montagne dans la région de Chamonix. Christopher Plummer y incarne Kipling, Saeed Jaffrey l’interprète Billy Fish, et Shakira Caine, épouse de Michael Caine, la belle Roxanne. Nommé à quatre Oscars, salué par la critique, le film reste, de l’aveu de Connery et de Caine, celui qu’ils préféraient dans leur carrière.

Kipling, un Frère derrière la caméra

La dimension maçonnique du film ne doit rien au hasard. Kipling fut initié en 1886 à Lahore, dans la loge Hope and Perseverance n° 782, relevant de la Grande Loge unie d’Angleterre ; âgé d’à peine plus de vingt ans, il dut bénéficier d’une dispense, et il devint rapidement secrétaire de sa loge. En 1887, il fut également reçu dans la maçonnerie de la Marque (Fidelity Mark Lodge) et chez les Royal Ark Mariners. Il évoquera plus tard, dans le poème The Mother Lodge, cette loge des Indes où se côtoyaient des Frères de plusieurs religions.

La nouvelle, publiée en 1888 dans le recueil The Phantom ’Rickshaw and Other Tales, est truffée d’allusions que tout maçon anglais reconnaissait : son épigraphe parle d’être « frère d’un prince et compagnon d’un mendiant, s’il en est trouvé digne » ; Carnehan aborde le narrateur avec des formules tirées du rituel du troisième degré, venant de l’Orient et allant vers l’Occident ; les deux aventuriers comptent sur l’entraide promise entre Frères. Au Kafiristan, Dravot découvre que les prêtres connaissent des fragments de rituel hérités d’Alexandre, ouvre une loge sans patente et s’en proclame Grand Maître ; c’est en découvrant sur son tablier la « Marque du Maître », gravée aussi sur une pierre sacrée et dont ils avaient perdu le sens, que les prêtres le reconnaissent.

Ce que montre le film

Huston resserre cette matière autour d’un objet : la breloque maçonnique de Kipling. Au début du film, Peachy vole la montre du journaliste à la gare, aperçoit l’emblème accroché à la chaîne et, comprenant qu’il a détroussé un Frère, la lui rend aussitôt ; il se fait ensuite reconnaître par des mots convenus. Avant le départ, Kipling offre ce bijou à Dravot en gage de fraternité. Au Kafiristan, lorsque le grand prêtre Kafu Selim découvre l’emblème pendu à son cou, il y voit le signe laissé par Sikander, Alexandre, qui avait promis d’envoyer un fils : Dravot devient roi, presque dieu.

Le film reste ainsi fidèle à l’idée centrale de Kipling, celle d’une reconnaissance qui traverse les castes, les langues et les siècles, et à l’ironie qui l’accompagne. Car la légende qui rattache Alexandre à la Franc-maçonnerie relève de la fiction : les Constitutions d’Anderson de 1723 citent encore le conquérant dans leur histoire légendaire du métier, mais la maçonnerie spéculative est née en Grande-Bretagne au début du XVIIIᵉ siècle. Kipling le savait, et il en joue.

Lecture symbolique : la royauté intérieure

Le récit est une parabole sur l’usage des symboles. Peachy et Dravot connaissent les signes, les mots, la manière de se faire reconnaître ; ils ignorent ce que ces signes engagent. L’emblème qui devait rappeler la mesure, l’équerre et le compas, devient un instrument de conquête, et la fraternité une monnaie d’échange. Dravot conquiert un royaume au-dehors et perd le seul qui importe, celui que l’on exerce sur soi-même.

C’est pourquoi le film parle si fort aux maçons. Il rappelle qu’un signe n’a de valeur que par la conduite qui l’accompagne, que la qualité de Frère ne confère aucun droit sur autrui, et que la tentation de se croire élu guette celui qui confond la lumière reçue avec un pouvoir. Le contrat signé entre les deux amis, et la fidélité de Peachy jusqu’au bout, en donnent pourtant le contrepoint lumineux : la loyauté entre Frères survit à la démesure.

Fiche technique

  • Titre original : The Man Who Would Be King
  • Année : 1975
  • Pays : États-Unis, Royaume-Uni
  • Réalisation : John Huston
  • Scénario : John Huston, Gladys Hill, d’après la nouvelle de Rudyard Kipling (1888)
  • Interprètes : Sean Connery, Michael Caine, Christopher Plummer, Saeed Jaffrey, Shakira Caine
  • Durée : 2 h 09
  • Genre : Aventure, historique
  • Musique : Maurice Jarre

Voir aussi dans le glossaire : Reconnaissance, Signe, Grand Maître, Loge maçonnique.

Pour aller plus loin sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

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