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Le compagnonnage désigne les sociétés d’ouvriers et d’artisans qualifiés qui, en France surtout, transmettent un métier et des valeurs à travers le Tour de France, la réalisation d’un chef-d’œuvre et des rites d’admission. Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2010, il est souvent confondu avec la franc-maçonnerie, dont il partage des légendes, des symboles et une partie du vocabulaire. Les deux institutions sont pourtant distinctes : l’une forme des gens de métier, l’autre est une société initiatique spéculative.
Origines et étymologie

Le mot vient de compagnon, du latin populaire companio, « celui qui partage le pain ». Le compagnonnage apparaît dans les sources à la fin du Moyen Âge, parmi les ouvriers qui voyagent de ville en ville pour se perfectionner. Il se développe en marge, et souvent contre, les corporations dominées par les maîtres. En 1655, la Faculté de théologie de Paris condamne certaines de ses cérémonies de réception, jugées sacrilèges : c’est l’un des premiers témoignages précis sur ses rites.
Les Devoirs et leurs fondateurs légendaires
Le compagnonnage est historiquement divisé en familles rivales, les Devoirs, qui se rattachent à des fondateurs mythiques liés à la construction du Temple de Salomon :
- Les Enfants de Salomon, qui forment le Devoir de Liberté.
- Les Enfants de Maître Jacques, compagnons du Devoir, se réclamant d’un maître tailleur de pierre du Temple.
- Les Enfants du Père Soubise, traditionnellement associés aux charpentiers.
Ces légendes, transmises oralement, rappellent celles de la maçonnerie, notamment la légende d’Hiram. Leur ancienneté exacte et leurs influences réciproques sont discutées par les historiens.
Agricol Perdiguier et l’âge d’or du XIXe siècle
Le menuisier Agricol Perdiguier (1805-1875), dit Avignonnais la Vertu, publie en 1839 Le Livre du compagnonnage, qui appelle à la réconciliation des Devoirs et dénonce les rixes sanglantes entre sociétés rivales. Son ouvrage inspire à George Sand Le Compagnon du Tour de France (1840). Élu député en 1848, Perdiguier incarne un compagnonnage tourné vers l’éducation et la fraternité ouvrière. Le XIXe siècle est l’âge d’or de l’institution, avant le déclin lié à l’industrialisation.
Le compagnonnage aujourd’hui

Trois grandes organisations structurent aujourd’hui le compagnonnage français : l’Union compagnonnique (1889), l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France (1941) et la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment (1952). Elles forment chaque année des milliers de jeunes. Le chef-d’œuvre, pièce de maîtrise réalisée pour être reçu, reste au cœur de la tradition ; de nombreux exemples sont conservés au Musée du compagnonnage de Tours.
Compagnonnage et franc-maçonnerie
Les points communs sont réels : référence au Temple de Salomon, usage symbolique des outils, rites d’admission, vocabulaire du « compagnon », solidarité entre membres. La franc-maçonnerie spéculative s’est d’ailleurs constituée en Grande-Bretagne à partir de loges de bâtisseurs, alors que le compagnonnage français est resté opératif. Les différences sont tout aussi nettes : le compagnonnage est une institution de formation professionnelle, ouverte aux gens de métier, tandis que la loge accueille des membres de toutes professions pour un travail symbolique.
Au XIXe siècle, des compagnons ont été francs-maçons et des influences rituelles ont circulé dans les deux sens. Les historiens se gardent toutefois de faire de l’un l’ancêtre de l’autre : ce sont deux branches distinctes d’un même imaginaire du bâtisseur.
Le saviez-vous ?
Les compagnons portent des rubans aux couleurs codifiées selon les métiers et les sociétés, et reçoivent un nom de compagnon composé de leur province d’origine et d’une qualité, comme Avignonnais la Vertu pour Perdiguier.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Agricol Perdiguier, Le Livre du compagnonnage, Paris, 1839.
- George Sand, Le Compagnon du Tour de France, Paris, 1840.
- Émile Coornaert, Les Compagnonnages en France du Moyen Âge à nos jours, Éditions ouvrières, 1966.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Compagnon, Hiram, Outils, Maître secret, Tablier.
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