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L’hermétisme désigne l’ensemble des doctrines placées sous le patronage d’Hermès Trismégiste, figure légendaire de sagesse issue de la rencontre entre le dieu égyptien Thot et l’Hermès grec. Redécouverts à la Renaissance, ses textes ont nourri l’alchimie, la Kabbale chrétienne et le rosicrucianisme, avant d’inspirer certains grades maçonniques. Le mot a aussi pris le sens courant de « fermé », « difficile d’accès ». Pour la franc-maçonnerie, l’hermétisme représente un héritage symbolique majeur, à manier avec discernement.
Hermès « trois fois grand »

Les Grecs d’Égypte assimilèrent leur dieu Hermès, messager et maître des passages, au dieu égyptien Thot, patron de l’écriture et du savoir. Le surnom Trismégiste, « trois fois très grand », désigne ce sage mythique auquel on attribua une vaste littérature, rédigée en grec entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère environ.
On distingue l’hermétisme philosophique, réuni dans le Corpus Hermeticum et l’Asclépius, qui traite de Dieu, du monde et de la régénération de l’âme, et l’hermétisme technique, qui couvre l’astrologie, la magie et l’alchimie.
La redécouverte de la Renaissance
Vers 1463, à la demande de Cosme de Médicis, Marsile Ficin traduit en latin quatorze traités du Corpus Hermeticum, publiés en 1471 sous le titre de Pimander. On croit alors Hermès contemporain de Moïse, dépositaire d’une sagesse primordiale annonçant le christianisme. En 1614, le philologue Isaac Casaubon démontre que ces textes datent en réalité des premiers siècles de notre ère ; leur prestige symbolique survivra pourtant à cette datation.
La Table d’émeraude, court texte transmis par la tradition arabe puis latine, devient la charte de l’alchimie. On en retient l’adage fameux selon lequel ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, principe d’analogie entre le microcosme et le macrocosme.
Hermétisme et franc-maçonnerie
La franc-maçonnerie spéculative n’est pas née de l’hermétisme : elle hérite d’abord des usages des loges de bâtisseurs. Mais dès le XVIIIe siècle, des systèmes de hauts grades accueillent des thèmes hermétiques. Le baron de Tschoudy publie en 1766 un catéchisme alchimique dans L’Étoile flamboyante ; Antoine-Joseph Pernety anime à partir de 1784 les Illuminés d’Avignon. Les rites dits « égyptiens », comme Misraïm et Memphis, revendiqueront plus tard un héritage hermétique explicite.
Dans le REAA, le 28e degré, Prince adepte ou Chevalier du Soleil, est réputé le plus hermétique de l’échelle. Au niveau des loges bleues, la présence du cabinet de réflexion, du sel, du soufre et de l’acronyme VITRIOL dans plusieurs rites témoigne de cette influence.
Interprétations

Pour Oswald Wirth, l’hermétisme offre une clé de lecture des symboles maçonniques : la loge est un laboratoire où l’initié transmute sa propre nature. René Guénon insiste, lui, sur la notion de tradition primordiale et sur le caractère opératif de l’initiation. Les historiens, de Frances Yates à Antoine Faivre, ont replacé ces courants dans l’histoire intellectuelle européenne et montré comment l’hermétisme de la Renaissance a façonné l’ésotérisme occidental.
La prudence s’impose : le recours à l’hermétisme a parfois servi à prêter à la maçonnerie une antiquité fabuleuse. Les loges qui s’y intéressent aujourd’hui le font comme d’un langage symbolique, non comme d’une filiation historique.
À retenir
- Hermès Trismégiste : figure syncrétique de Thot et d’Hermès, auteur supposé d’une littérature grecque des premiers siècles.
- Corpus Hermeticum : traduit par Ficin (1463), publié en 1471, daté par Casaubon (1614).
- Table d’émeraude : texte fondateur de l’alchimie, principe d’analogie entre haut et bas.
- 28e degré du REAA : Prince adepte ou Chevalier du Soleil, grade d’inspiration hermétique.
- Sens courant : « hermétique » signifie fermé, comme le vase scellé des alchimistes.
Le saviez-vous ?
L’expression « fermé hermétiquement » vient du sceau d’Hermès, nom donné au procédé par lequel les alchimistes scellaient leurs vases en faisant fondre le col du verre.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- André-Jean Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, 4 vol., Gabalda, 1944-1954.
- Frances A. Yates, Giordano Bruno et la tradition hermétique, Dervy, 1988 (éd. originale 1964).
- Antoine Faivre, L’Ésotérisme, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1992.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Alchimie, Rose-Croix, Cabinet de Réflexion, Tradition et contre-tradition (antimaçonnisme), Ésotérisme, Initiation.
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