A comme Alchimie en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’alchimie, art de la transmutation des métaux devenu à la Renaissance une voie de transformation intérieure, a laissé une empreinte durable sur la franc-maçonnerie. Au XVIIIe siècle, des grades hermétiques et des catéchismes alchimiques circulent dans les loges ; aujourd’hui encore, le cabinet de réflexion, le sel, le soufre et l’acronyme VITRIOL en gardent la trace. Pour le franc-maçon, l’alchimie n’est pas une chimie secrète : c’est une image puissante du travail sur soi, du passage de la pierre brute à la pierre polie, de l’obscurité à la lumière.

Origine et étymologie

Alchimie
Source : Wikimedia Commons – Stradanus – Public domain

Le mot vient de l’arabe al-kīmiyā’, lui-même probablement tiré du grec khêmeia ou khumeia. Née dans l’Égypte hellénistique, transmise et enrichie par les savants du monde arabe, l’alchimie gagne l’Europe latine au XIIe siècle. Elle mêle opérations de laboratoire et spéculation sur l’unité de la matière, dans un langage d’images : le lion vert, le mariage du roi et de la reine, la mort et la résurrection.

À partir de Paracelse puis des manifestes rosicruciens du début du XVIIe siècle, comme les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz (1616), l’alchimie prend une coloration de plus en plus spirituelle : la transmutation du plomb en or devient l’allégorie de la régénération de l’homme.

Les grades alchimiques du XVIIIe siècle

La franc-maçonnerie spéculative se développe dans un siècle où l’hermétisme reste vivant. En 1766, le baron Théodore-Henry de Tschoudy publie L’Étoile flamboyante, qui contient un « Catéchisme ou instruction pour le grade d’Adepte ou Apprenti Philosophe sublime et inconnu » : sous forme de questions et réponses, il y relie la doctrine des principes, la pierre philosophale et la purification de la matière aux grades maçonniques.

Le bénédictin Antoine-Joseph Pernety (1716-1796), auteur des Fables égyptiennes et grecques dévoilées et d’un Dictionnaire mytho-hermétique (1758), fonde avec le comte Grabianka un cercle d’illuminés à Berlin, puis, à partir de 1784, les Illuminés d’Avignon, installés au « temple du Mont-Thabor » près de Bédarrides. Leur rite associe hermétisme, mysticisme et maçonnerie.

Dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, le 28e degré, Prince adepte ou Chevalier du Soleil, conserve un enseignement d’inspiration hermétique, hérité de ces systèmes du XVIIIe siècle.

Dans les loges d’aujourd’hui

La trace la plus connue est le cabinet de réflexion, que pratiquent notamment le Rite Français et le REAA. Le candidat y trouve, selon les descriptions publiées par les obédiences, du sel, du soufre et l’acronyme VITRIOL, pour Visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem : « Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Sel, soufre et mercure sont les trois principes de l’alchimie paracelsienne.

Plus largement, la succession des épreuves initiatiques, du noir de la mort symbolique à la lumière, a souvent été rapprochée des étapes du Grand Œuvre : œuvre au noir (nigredo), œuvre au blanc (albedo), œuvre au rouge (rubedo). Ce rapprochement est une lecture symbolique, non une donnée rituelle commune à tous les rites.

Interprétations

Au XXe siècle, Oswald Wirth publie Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie (1909), qui a largement diffusé ces correspondances dans les loges francophones. Le psychiatre Carl Gustav Jung, dans Psychologie et alchimie, voit dans les images alchimiques une projection des processus psychiques de transformation. Les historiens de l’ésotérisme, à la suite d’Antoine Faivre, invitent à distinguer ces lectures modernes des pratiques réelles des alchimistes.

Repères

  • Athanor : four à feu lent et constant, image de la patience du travail intérieur.
  • VITRIOL : acronyme latin associé au cabinet de réflexion.
  • Sel, soufre, mercure : les trois principes de l’alchimie paracelsienne.
  • Pierre philosophale : but du Grand Œuvre, souvent rapprochée de la pierre cubique.
  • Tschoudy, Pernety : deux figures des croisements entre alchimie et hauts grades au XVIIIe siècle.

Le saviez-vous ?

Avant de se consacrer à l’hermétisme, Pernety avait accompagné Bougainville aux îles Malouines en 1763-1764 comme aumônier et naturaliste. Il fut ensuite bibliothécaire de Frédéric II à Berlin.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Oswald Wirth, Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie, Paris, 1909.
  • Carl Gustav Jung, Psychologie et alchimie, Buchet-Chastel, 1970 (éd. originale 1944).
  • Antoine Faivre, L’Ésotérisme, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1992.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cabinet de Réflexion, Pierre brute, Rose-Croix, Initiation.

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