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Le jeton maçonnique est une petite pièce de métal, de cuivre ou d’argent, frappée au nom d’une loge ou d’une obédience. Au XVIIIe siècle, il servait d’abord de jeton de présence : il garantissait l’assiduité des frères, permettait de calculer les cotisations et pouvait tenir lieu de billet d’entrée. Orné d’outils, de colonnes, de devises et de dates comptées selon l’ère maçonnique, il est devenu un objet de collection et une source précieuse pour l’historien. Le jeton raconte la vie matérielle des ateliers, leurs fêtes, leurs figures et leur goût pour l’emblème.
Un objet de la sociabilité des Lumières

Le jeton de présence n’est pas une invention maçonnique. Les académies, les corporations, les chapitres ecclésiastiques et les compagnies savantes en distribuaient déjà à leurs membres présents, à la fois comme récompense et comme moyen de comptabilité. Les loges du XVIIIe siècle, qui se pensaient comme des sociétés choisies, ont naturellement adopté cet usage.
Le vocabulaire maçonnique en garde la trace : le jeton y est défini comme une pratique ancienne destinée à garantir l’assiduité des membres et à calculer les cotisations. Le frère achetait en début d’année un nombre de jetons correspondant aux tenues prévues ; ceux-ci lui étaient remboursés au fil de ses présences. Dans certains ateliers, un jeton d’argent valait deux ou trois jetons de cuivre.
Usages dans la vie des loges
- Présence : le jeton remis à chaque tenue atteste la participation et encourage l’assiduité.
- Comptabilité : il facilite le calcul des cotisations et des amendes pour absence.
- Entrée : dans les loges qui organisaient des concerts ou des fêtes, il pouvait servir de billet ou d’abonnement.
- Commémoration : frappé pour un anniversaire, une fête d’ordre ou en hommage à un frère disparu.
- Identité : il porte le titre distinctif de l’atelier, son orient et ses emblèmes.
L’exemple des Neuf Sœurs
La loge parisienne des Neuf Sœurs, qui réunissait savants, artistes et écrivains, offre un cas bien documenté. Ses convocations mentionnent la « distribution des jettons » en fin de tenue. Le graveur François Bernier, membre de l’atelier, y a signé plusieurs jetons : l’un daté de 1781 au nom du comte de Milly, Vénérable ; un autre, daté selon l’ère maçonnique 5783, à l’effigie de Benjamin Franklin, frappé après la fête donnée en son honneur en 1783 ; un troisième enfin, en hommage posthume à Milly, mort en 1784.
Ces pièces montrent comment le jeton passe du registre comptable au registre mémoriel. Le revers gravé pour l’un est réutilisé pour l’autre, la date est effacée, le portrait est redessiné : le jeton suit les événements de la loge et les rend visibles.
Iconographie et inscriptions

Les jetons maçonniques puisent dans le répertoire commun de l’Ordre : équerre et compas, niveau, perpendiculaire, colonnes, étoile flamboyante, soleil et lune, mains entrelacées, ruche ou chaîne d’union. Les légendes utilisent volontiers les abréviations à trois points, qui désignent la loge, son orient et ses officiers.
La datation suit souvent l’ère de la Vraie Lumière, qui ajoute quatre mille ans au millésime courant : 5783 correspond ainsi à 1783. Pour le numismate, ces conventions sont un indice de provenance ; pour l’historien, elles témoignent de la façon dont les loges se représentaient leur propre ancienneté.
Collections et numismatique
Les jetons maçonniques figurent aujourd’hui dans les collections publiques, comme celles du musée Carnavalet à Paris, qui conserve notamment des jetons du Grand Orient de France de la première moitié du XIXe siècle et d’une loge chapitrale de 1819. Ils circulent aussi sur le marché numismatique, où ils forment une catégorie à part entière, aux côtés des médailles et des décorations maçonniques.
Le XIXe et le XXe siècle ont vu les jetons de présence céder la place aux registres de signatures, mais la frappe commémorative s’est maintenue. Des loges continuent de faire graver un jeton pour un centenaire ou un anniversaire, renouant avec une tradition de mémoire matérielle.
Le saviez-vous ?
Le jeton maçonnique de Benjamin Franklin gravé par Bernier est d’une extrême rareté : un seul exemplaire en cuivre est connu dans les collections françaises, selon les recherches numismatiques consacrées aux Neuf Sœurs. La pièce est ainsi l’un des rares portraits métalliques de Franklin produits par une loge dont il fut le Vénérable.
À retenir
- Le jeton de présence garantissait l’assiduité et servait au calcul des cotisations.
- Il était frappé en cuivre ou en argent, avec des emblèmes et des légendes à trois points.
- La loge des Neuf Sœurs en a laissé des exemples célèbres, dont un jeton à l’effigie de Franklin.
- Les loges frappent encore des jetons commémoratifs pour leurs anniversaires.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Loge Bleue ou Loge Symbolique., Tenue, Ère Maçonnique, Trois points, Trésorier, Initiation de Voltaire à la loge des Neuf Sœurs à Paris, 7 avril 1778 (date historique).

