Surveillance des loges maçonniques par le ministère de l’Intérieur sous la Deuxième République, 1850 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En 1850, sous la Deuxième République devenue conservatrice, le ministère de l’Intérieur demande aux préfets de surveiller les loges maçonniques soupçonnées de faire de la politique et leur donne le pouvoir de fermer provisoirement celles jugées « rouges ». La chronologie Kronobase attribue la circulaire à Léon Faucher et la date du 30 octobre 1850, mais Faucher n’occupait pas alors ce ministère. Quel qu’en soit l’auteur exact, la mesure ouvre une période de fermetures de loges qui annonce la mise sous tutelle de la maçonnerie après le coup d’État de 1851.

Date : 1850
Lieu : Paris, France

De l’enthousiasme de 1848 à la réaction

Surveillance des loges maçonniques par le ministère de l’Intérieur sous la Deuxième République, 1850
Source : Wikimedia Commons – Maxime David – Public domain

Au printemps 1848, les francs-maçons ont salué la République et plus d’une centaine d’entre eux siègent à l’Assemblée constituante. Mais après les journées de juin 1848 et l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence, le pouvoir glisse vers le parti de l’Ordre. Clubs, presse et associations sont étroitement surveillés. Les loges, où se retrouvent républicains avancés et démocrates-socialistes, deviennent suspectes aux yeux des autorités.

La circulaire aux préfets

Une circulaire du ministre de l’Intérieur donne aux préfets le pouvoir de fermer provisoirement les loges jugées « rouges », c’est-à-dire acquises aux idées démocrates-socialistes. Les préfets sont invités à signaler les ateliers qui s’écartent de l’interdiction statutaire de traiter de politique. Les loges qui ne relèvent ni du Grand Orient ni du Suprême Conseil sont considérées comme des sociétés secrètes et tombent sous le coup de la législation répressive.

Une attribution à corriger

La chronologie Kronobase attribue cette circulaire à Léon Faucher et la date du 30 octobre 1850. Or Faucher fut ministre de l’Intérieur de la fin de 1848 au 14 mai 1849, date à laquelle il dut démissionner après la censure par l’Assemblée d’une circulaire aux préfets destinée à peser sur les élections, puis de nouveau d’avril à octobre 1851. En octobre 1850, il n’était pas au gouvernement. La date exacte et le signataire de la circulaire sur les loges restent donc à établir.

Léon Faucher, un libéral d’ordre

Surveillance des loges maçonniques par le ministère de l’Intérieur sous la Deuxième République, 1850
Source : Wikimedia Commons – R. & E. Taylor (Firm) / After W. & D. Downey – Public domain

Né à Limoges le 8 septembre 1803, Léon Faucher est journaliste au Temps puis au Courrier français, économiste libre-échangiste, député de la Marne en 1848 et membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1849. Hostile à plusieurs mesures sociales de 1848, il dirige de fait le gouvernement en 1851, avant de se retirer de la vie politique après le coup d’État. Il meurt à Marseille le 14 décembre 1854.

Fermetures et interdictions

En 1850 et 1851, plusieurs loges du Grand Orient de France et du Suprême Conseil sont fermées par l’administration. Le 2 janvier 1851, le préfet de police Pierre Carlier interdit la Grande Loge nationale de France, née en 1848 d’une dissidence démocratique, au motif qu’elle ne relève d’aucune des deux obédiences reconnues ; elle se dissout le 14 janvier. Les obédiences officielles, pour survivre, multiplient les gages de loyalisme.

Vers la tutelle impériale

Le coup d’État du 2 décembre 1851 parachève ce mouvement. De nombreux maçons républicains sont proscrits et certains rejoignent à Londres des loges d’exilés. Le Grand Orient se place sous l’autorité du prince Lucien Murat, élu Grand Maître, puis, en 1862, Napoléon III nomme d’autorité le maréchal Magnan à sa tête. La surveillance de 1850 apparaît ainsi comme le prélude de près de vingt ans de contrôle politique de la maçonnerie française.

Repères chronologiques

  • 24 février 1848 : proclamation de la Deuxième République.
  • 10 décembre 1848 : élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence.
  • 14 mai 1849 : démission de Léon Faucher après la censure de sa circulaire électorale.
  • 1850-1851 : fermetures de loges du Grand Orient et du Suprême Conseil.
  • 2 janvier 1851 : interdiction de la Grande Loge nationale de France.
  • 2 décembre 1851 : coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.
  • 1862 : nomination du maréchal Magnan comme Grand Maître du Grand Orient.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge Mère, Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Obédience.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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