Lettre du cardinal Despuig contre Joseph Bonaparte « franc-maçon », 30 juin 1808 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 30 juin 1808, selon la chronologie Kronobase, le cardinal majorquin Antonio Despuig y Dameto, alors à Rome, écrit à l’archevêque de Grenade qu’il ne faut pas reconnaître comme roi d’Espagne Joseph Bonaparte, qu’il qualifie de franc-maçon, d’hérétique et de luthérien. La lettre, dont l’original n’a pas pu être consulté, s’inscrit dans le soulèvement espagnol contre l’occupation française, commencé en mai 1808. Elle illustre un thème durable : l’identification, par une partie du clergé catholique, de la Révolution, de l’Empire napoléonien et de la franc-maçonnerie, dans un pays où l’ordre était interdit depuis 1751.

Date : 30 juin 1808
Lieu : Rome, Italie

L’Espagne de 1808 : une couronne imposée

Lettre du cardinal Despuig contre Joseph Bonaparte « franc-maçon », 30 juin 1808
Source : Wikimedia Commons – François Gérard – Public domain

Au printemps 1808, Napoléon profite de la crise de la monarchie espagnole pour obtenir à Bayonne l’abdication de Charles IV et de Ferdinand VII. Le trône est attribué à son frère aîné Joseph Bonaparte, jusque-là roi de Naples. Le soulèvement madrilène du 2 mai 1808 ouvre une guerre longue et cruelle : les juntes insurrectionnelles refusent de reconnaître le nouveau souverain, que la propagande patriotique présente comme un usurpateur et un ennemi de la religion.

Le cardinal Despuig

Né le 30 mars 1745 à Majorque, Antonio Despuig y Dameto fait une carrière ecclésiastique brillante : archevêque de Séville de 1795 à 1799, patriarche latin d’Antioche de 1799 à 1813, il est créé cardinal par Pie VII. Établi à Rome, il est aussi un collectionneur d’antiques, dont les trésors ont rejoint son domaine majorquin de Raixa. Il meurt à Lucques le 2 mai 1813. La graphie « Desping y Dasseto » employée par certaines chronologies est une déformation de son nom.

La lettre du 30 juin 1808

D’après Kronobase, le cardinal écrit de Rome à l’archevêque de Grenade qu’il ne faut pas reconnaître pour roi un franc-maçon, hérétique et luthérien, comme le seraient, selon lui, tous les Bonaparte et la nation française. Ni le texte original ni son édition n’ont pu être retrouvés dans les sources consultées : l’attribution et la formulation exacte doivent donc être considérées comme non vérifiées. L’amalgame entre maçonnerie, hérésie et protestantisme est en revanche typique de la littérature antimaçonnique espagnole depuis le Centinela contra francmasones du franciscain José Torrubia, publié en 1752.

Joseph Bonaparte et la franc-maçonnerie

Lettre du cardinal Despuig contre Joseph Bonaparte « franc-maçon », 30 juin 1808
Source : Wikimedia Commons – Pietro Bettelini (1763-1829) – Public domain

L’accusation n’est pas sans fondement : Joseph Bonaparte est bien franc-maçon. Initié en 1793 selon la Fondation Napoléon, il est installé le 9 novembre 1804 à la tête de la maçonnerie française unifiée, puis nommé Grand Maître du Grand Orient de France le 11 octobre 1805, une charge largement honorifique exercée de fait par Cambacérès et Roëttiers de Montaleau. En Espagne, la loge Saint-Joseph, nommée en son honneur, fonde en 1809 la Grande Loge nationale d’Espagne, dont il est le Grand Maître nominal ; des loges comme Santa Julia ou Estrella de Napoleón se réunissent à Madrid jusqu’en 1812.

Une maçonnerie interdite en Espagne

Depuis le décret de Ferdinand VI du 2 juillet 1751 et les bulles pontificales, la maçonnerie est prohibée en Espagne et poursuivie par l’Inquisition. Les rares loges du XVIIIe siècle, comme celle fondée à Madrid en 1728 sous le patronage du duc de Wharton, sont éphémères. L’arrivée des Français change la donne : des loges se multiplient, d’abord dans l’armée et chez les afrancesados, puis, paradoxalement, dans le camp patriotique, que la presse antimaçonnique de Cadix attaque en 1812-1813.

Portée et conséquences

La lettre attribuée au cardinal Despuig annonce la réaction qui suivra la chute de l’Empire. Rétabli sur le trône en 1814, Ferdinand VII restaure l’absolutisme et l’Inquisition ; en 1815, l’inquisiteur général Mier y Campillo condamne la maçonnerie dans deux édits, entraînant fermetures de loges, confiscations et expulsions. L’image du maçon ennemi de la foi et de la patrie, forgée pendant la guerre d’indépendance, pèsera longtemps sur la maçonnerie espagnole.

Repères chronologiques

  • 2 juillet 1751 : décret de Ferdinand VI interdisant la franc-maçonnerie.
  • 1752 : publication du Centinela contra francmasones de José Torrubia.
  • 2 mai 1808 : soulèvement de Madrid contre les troupes françaises.
  • 30 juin 1808 : lettre attribuée au cardinal Despuig (selon Kronobase).
  • 1809 : fondation de la Grande Loge nationale d’Espagne sous Joseph Ier.
  • 2 mai 1813 : mort du cardinal Despuig à Lucques.
  • 1815 : édits antimaçonniques de l’inquisiteur général Mier y Campillo.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Alchimie et soupçon antimaçonnique (antimaçonnisme), Inquisition symbolique (antimaçonnisme), Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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