Installation de la Grande Loge provinciale suédoise de Russie à Saint-Pétersbourg, 25 mai 1779 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 25 mai 1779, le duc Charles de Sudermanie, frère du roi Gustave III et chef de la maçonnerie suédoise, confirme à Saint-Pétersbourg la création d’une Grande Loge de rite suédois pour la Russie, dite provinciale ou nationale selon les sources. Elle est placée sous la direction du prince Gavriil Gagarine, grand maître, avec Rosenberg pour adjoint. Préparée par le prince Alexandre Kourakine, ambassadeur à Stockholm, cette installation fait de la Russie la « neuvième province » de l’ordre suédois. Elle ouvre une période d’intense activité maçonnique, marquée par la rivalité des systèmes anglais, allemand et suédois, avant les persécutions de la fin du règne de Catherine II.

Date : 25 mai 1779
Lieu : Saint-Pétersbourg, Russie

Une maçonnerie russe en quête de système

Installation de la Grande Loge provinciale suédoise de Russie à Saint-Pétersbourg, 25 mai 1779
Source : Wikimedia Commons – Russian Post, Publishing and Trade Centre « Marka » (ИТЦ «Марка»). The design of t – Public domain

La franc-maçonnerie se développe dans l’aristocratie russe au cours du XVIIIe siècle. Dans les années 1770, plusieurs systèmes se disputent les loges. Le 28 février 1772, la Grande Loge d’Angleterre nomme Ivan Elaguine, haut dignitaire de la cour de Catherine II, Grand Maître provincial de Russie. Au même moment, Georg von Reichel, envoyé par Zinnendorf, promeut le système berlinois et fonde la loge Apollon à Saint-Pétersbourg.

En 1776, Elaguine et ses loges adoptent le système de Zinnendorf : Nikita Panin devient Grand Maître provincial adjoint, Gagarine second surveillant. Le 3 septembre 1776, douze loges s’unissent en une Grande Loge nationale. Mais ce rapprochement reste fragile, et une partie de l’aristocratie se tourne vers la Suède, dont le rite, très chrétien et hiérarchisé, jouit d’un grand prestige.

La mission de Kourakine à Stockholm

En 1778, le prince Alexandre Kourakine, ambassadeur de Russie à Stockholm et proche du grand-duc héritier Paul, obtient du roi Gustave III et de son frère le duc de Sudermanie, futur Charles XIII, la création d’une province suédoise en Russie. Une première structure est installée à Saint-Pétersbourg sous la forme d’un chapitre nommé Phénix.

L’installation du 25 mai 1779

Le 25 mai 1779, le duc de Sudermanie confirme cette organisation comme Grande Loge pour la Russie. Le prince Gavriil Gagarine, passé de la Grande Loge d’Elaguine au système suédois, en devient le grand maître, avec Rosenberg, ancien maître de la loge Apollon, pour adjoint. Le duc Charles exerce l’autorité suprême sur cette « neuvième province » de l’ordre. Gagarine prend en 1780 la tête du chapitre Phénix comme grand préfet.

Les acteurs

Installation de la Grande Loge provinciale suédoise de Russie à Saint-Pétersbourg, 25 mai 1779
Source : Wikimedia Commons – Carl Frederik von Breda – Public domain

Gavriil Petrovitch Gagarine (1745-1808), vénérable de la loge Égalité de 1775 à 1777, fera ensuite carrière comme sénateur en 1793, directeur de la Banque d’emprunt en 1799 et ministre du Commerce. Installé à Moscou en novembre 1781, il y ouvre une loge provinciale et dirige la loge du Sphinx. Le duc Charles de Sudermanie (1748-1818), grand maître de l’ordre suédois, deviendra roi de Suède sous le nom de Charles XIII en 1809. Ivan Elaguine (1725-1794) incarne quant à lui la tradition anglaise et la maçonnerie de cour.

Portée et conséquences

L’arrivée du rite suédois fait éclater le système de Zinnendorf en Russie ; les loges d’Elaguine reviennent à une Grande Loge provinciale de filiation anglaise. Le centre de gravité se déplace ensuite vers Moscou, où Nikolaï Novikov et ses amis rosicruciens développent une maçonnerie tournée vers l’édition, l’éducation et la philanthropie. Le pouvoir s’en inquiète : Novikov est arrêté et condamné à quinze ans de forteresse à Schlüsselbourg, et à partir de 1794 Catherine II désapprouve ouvertement l’appartenance de la noblesse aux loges, qui cessent pour la plupart leurs travaux.

Paul Ier libère Novikov mais interdit les sociétés secrètes. Les loges renaissent sous Alexandre Ier, se divisent en 1815 entre une Grande Loge provinciale de rite suédois et la Grande Loge Astrée, avant d’être interdites par le rescrit impérial du 1er août 1822.

Postérité et mémoire

L’épisode de 1779 témoigne du rayonnement international de la maçonnerie suédoise à la fin du XVIIIe siècle et des liens dynastiques et diplomatiques qui la portaient. La maçonnerie russe, interdite en 1822, ne renaîtra qu’au début du XXe siècle, puis après la chute de l’URSS, avec la fondation de la Grande Loge de Russie en 1995.

Repères chronologiques

  • 28 février 1772 : Ivan Elaguine nommé Grand Maître provincial de Russie par Londres.
  • 3 septembre 1776 : douze loges forment une Grande Loge nationale.
  • 1778 : mission du prince Kourakine à Stockholm et création du chapitre Phénix.
  • 25 mai 1779 : confirmation de la Grande Loge de rite suédois à Saint-Pétersbourg.
  • 1794 : Catherine II retire sa protection aux loges.
  • 1815 : scission entre la Grande Loge provinciale et la Grande Loge Astrée.
  • 1er août 1822 : interdiction de la franc-maçonnerie par Alexandre Ier.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Rite suédois (Rite maçonnique), Fondation de la Grande Loge provinciale du Massachusetts à Boston, 30 juillet 1733 (date historique), Chapitre, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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