Nomination du maréchal Magnan à la grande maîtrise du Grand Orient de France par Napoléon III, 11 janvier 1862 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 11 janvier 1862, par un décret impérial, Napoléon III nomme grand maître du Grand Orient de France le maréchal Bernard Pierre Magnan, l’un des exécutants du coup d’État de 1851, qui n’est pas franc-maçon. L’empereur met ainsi fin à la crise ouverte par la succession du prince Lucien Murat et entend réunir sous une seule autorité toutes les obédiences françaises. Le Suprême Conseil de France, dirigé par Jean-Pons-Guillaume Viennet, refuse de se soumettre : ce bras de fer de 1862 consacre l’indépendance du Rite Écossais face au pouvoir.

Date : 11 janvier 1862
Lieu : Paris, France

Une succession bloquée

Nomination du maréchal Magnan à la grande maîtrise du Grand Orient de France par Napoléon III, 11 janvier 1862
Source : Wikimedia Commons – Eugène Disdéri – Public domain

Élu en 1852, le prince Lucien Murat a dirigé le Grand Orient de manière autoritaire. En 1861, son soutien au maintien des troupes françaises à Rome heurte les loges favorables à l’unité italienne. Le 21 mai 1861, une réunion rue Cadet élit à sa place le prince Napoléon-Jérôme par 98 voix sur 152 ; le préfet de police Symphorien Boittelle annule l’opération et interdit toute élection avant la fin octobre. Le prince Napoléon se désiste, Murat est prié de démissionner : l’obédience se retrouve sans tête.

Le décret impérial

L’empereur tranche par un décret daté du 11 janvier 1862 : « Son Excellence le maréchal Magnan est nommé Grand-Maître du Grand-Orient de France. » La nomination vaut pour trois ans. Fait sans précédent, le nouveau grand maître n’a jamais été initié ; il le sera dans la foulée et recevra en quelques jours les trente-trois degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté. Seules deux loges protestent contre ce procédé.

Bernard Pierre Magnan

Né à Paris le 7 décembre 1791, Magnan s’engage en 1809, combat en Espagne et au Portugal, est blessé à Craonne en 1814, sert à Waterloo puis en Catalogne (1823) et en Algérie, où il est cité à Staoueli en 1830. Il est ensuite engagé à Lyon face à la première insurrection des canuts. Nommé en juin 1851 commandant en chef de l’armée de Paris, il est l’un des principaux organisateurs militaires du coup d’État du 2 décembre ; il reçoit le bâton de maréchal en 1852. Il meurt à Paris le 29 mai 1865.

Le bras de fer avec le Suprême Conseil

Nomination du maréchal Magnan à la grande maîtrise du Grand Orient de France par Napoléon III, 11 janvier 1862
Source : Wikimedia Commons – After Hippolyte Flandrin – Public domain

Le 1er février 1862, Magnan écrit à Jean-Pons-Guillaume Viennet, grand commandeur du Suprême Conseil de France, pour lui annoncer qu’il a été nommé grand maître « de tous les Maçons de France » et lui ordonner la fusion. Viennet refuse : le décret ne vise que le Grand Orient, obédience distincte. Magnan prononce alors la dissolution du Suprême Conseil ; Viennet la déclare nulle, rappelant que seul l’empereur pourrait dissoudre l’Ordre. Après quatre mois de tension, Magnan reconnaît son échec devant le conseil de l’Ordre, et Napoléon III renonce à imposer l’union.

Une grande maîtrise plus libérale qu’attendu

Paradoxalement, le maréchal annule la plupart des décisions de son prédécesseur et gagne la sympathie d’une partie des maçons. Le nombre de loges du Grand Orient passe de 190 en 1862 à 230 en 1865. En 1864, l’empereur rétablit l’élection du grand maître et Magnan est réélu ; son projet de faire du Grand Orient une institution d’utilité publique est rejeté en 1865 par 123 voix contre 63. À sa mort, ses obsèques sont célébrées par l’archevêque de Paris Georges Darboy, sur un cercueil couvert d’emblèmes maçonniques.

Portée et mémoire

L’épisode illustre jusqu’où le Second Empire a poussé la mise sous tutelle de la maçonnerie. Il a aussi eu des effets hors de France : au Chili, la loge « Unión Fraternal » de Valparaíso jugea irrégulière cette nomination et rompit avec le Grand Orient, ouvrant la voie à la Grande Loge du Chili en 1862. En France, l’échec de la fusion forcée a durablement conforté l’indépendance du Suprême Conseil et la pluralité des obédiences.

Repères chronologiques

  • 9 janvier 1852 : élection de Lucien Murat.
  • 21-23 mai 1861 : élection avortée du prince Napoléon-Jérôme.
  • 11 janvier 1862 : décret nommant le maréchal Magnan.
  • Janvier 1862 : initiation de Magnan et collation des 33 degrés.
  • 1er février 1862 : lettre de Magnan à Viennet exigeant la fusion.
  • 29 mai 1865 : mort du maréchal Magnan.
  • 1865 : élection du général Émile Mellinet.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Grand Maître, Bernard Pierre Magnan (Personnalité), Jean-Pons-Guillaume Viennet (Personnalité).

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