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En 1860, en pleine guerre de Réforme entre libéraux et conservateurs, le Mexique se dote d’un Suprême Conseil du 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté. Cette fondation s’inscrit dans la vague de Suprêmes Conseils nationaux qui gagne l’Amérique latine au milieu du XIXe siècle, de l’Uruguay à Cuba. Elle intervient dans un pays où la maçonnerie est, depuis l’indépendance, au cœur des affrontements politiques, entre loges écossaises et yorkines, puis autour du Rite national mexicain. Le Suprême Conseil mexicain demeure l’une des institutions centrales de la maçonnerie du pays.
Date : 1860
Lieu : Mexique
Une maçonnerie politique

Dès les lendemains de l’indépendance (1821), la vie politique mexicaine s’organise en partie autour des loges. Les « écossais », plutôt centralistes et conservateurs, s’opposent aux « yorkinos », loges du rite d’York favorisées par le diplomate américain Joel Poinsett et proches des fédéralistes libéraux. Pour échapper à ces influences étrangères, des maçons créent dans les années 1820 un Rite national mexicain. La franc-maçonnerie devient ainsi un acteur, et parfois un instrument, des luttes partisanes.
Le contexte de 1860
La fondation intervient au cœur de la guerre de Réforme (1858-1861), qui oppose le gouvernement libéral de Benito Juárez, attaché aux lois de Réforme séparant l’Église et l’État, aux conservateurs. Les loges sont nombreuses à soutenir le camp libéral. Juárez lui-même, figure tutélaire de la maçonnerie mexicaine, est réputé avoir été membre du Rite national mexicain.
Une vague continentale
Le Suprême Conseil du Mexique s’inscrit dans un mouvement général : selon la liste dressée par le Suprême Conseil de Bolivie, l’Amérique latine voit naître des Suprêmes Conseils au Venezuela (1824), au Brésil (1829), au Pérou (1830), en Colombie (1833), en Uruguay (1856), en Argentine (1858), à Cuba (1859), puis au Mexique en 1860 et en République dominicaine en 1861. Au même moment, Albert Pike, souverain grand commandeur de la juridiction Sud des États-Unis depuis 1859, s’emploie à étendre le rite.
Le rôle d’un Suprême Conseil

Un Suprême Conseil administre les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté, du 4e au 33e degré. Dans de nombreux pays d’Amérique latine, il a longtemps également contrôlé les loges symboliques, avant que celles-ci ne s’organisent en Grandes Loges autonomes. Au Mexique, cette évolution a conduit à une pluralité de Grandes Loges, souvent établies à l’échelle des États fédérés.
Postérité
La maçonnerie mexicaine a conservé une place singulière dans l’histoire nationale : la mémoire de Juárez, les débats sur la laïcité et la Réforme y restent des références. Le Suprême Conseil mexicain, issu de la fondation de 1860, continue d’administrer les hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté dans le pays. Les circonstances précises de sa fondation (date, lieu, fondateurs) mériteraient d’être établies à partir des archives de l’institution.
Le saviez-vous ?
La vague de fondations ne s’arrête pas en 1860 : la liste du Suprême Conseil de Bolivie mentionne ensuite le Paraguay (1870), le Guatemala (1871), le Chili (entre 1870 et 1899), l’Équateur (1910), le Panama (1913) et la Bolivie (1931). En près d’un siècle, presque chaque pays d’Amérique latine s’est ainsi doté de son propre Suprême Conseil, signe de l’importance du Rite Écossais dans la maçonnerie du continent.
Repères chronologiques
- 1821 : indépendance du Mexique.
- Années 1820 : rivalité des loges écossaises et yorkines ; naissance du Rite national mexicain.
- 1858 : début de la guerre de Réforme.
- 1859 : Albert Pike devient souverain grand commandeur de la juridiction Sud.
- 1860 : fondation du Suprême Conseil du Mexique.
- 1861 : victoire des libéraux et retour de Juárez à Mexico.
Voir aussi dans le glossaire : Suprême Conseil, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Rite d’York (Rite maçonnique), Albert Pike (Auteur).

