Élection du prince Lucien Murat à la grande maîtrise du Grand Orient de France, 9 janvier 1852 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 9 janvier 1852, à Paris, le convent du Grand Orient de France porte « à l’unanimité » le prince Lucien Murat à la grande maîtrise, vacante depuis 1815. Fils de Joachim Murat et de Caroline Bonaparte, cousin du prince-président, il est choisi comme protecteur au lendemain du coup d’État du 2 décembre 1851. Son règne de près de dix ans, marqué par l’achat de l’hôtel de la rue Cadet et la constitution autoritaire de 1854, place l’obédience sous la tutelle du régime impérial et prépare, par ses crises, l’intervention directe de Napoléon III en 1862.

Date : 9 janvier 1852
Lieu : Paris, France

Une obédience sans grand maître

Élection du prince Lucien Murat à la grande maîtrise du Grand Orient de France, 9 janvier 1852
Source : Wikimedia Commons – Franck (François Gobinet de Villechole, dit) (Voyennes, 21–12–1816 – Asnières-su – Public domain

Depuis la chute de l’Empire en 1815 et la fin de la grande maîtrise de Joseph Bonaparte, le Grand Orient de France est dirigé par des grands maîtres adjoints ou des représentants. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, l’obédience est dans une position fragile : la police a suspendu les réunions et l’élection prévue en décembre n’a pu se tenir. Le dignitaire Adolphe Perier propose de placer l’Ordre sous la protection d’un prince ; Saint-Albin Berville et Marie-Auguste Desanlis offrent la grande maîtrise à Lucien Murat.

Le convent du 9 janvier 1852

Le convent approuve ce choix « à l’unanimité » le 9 janvier 1852, mais 27 opposants ont quitté la salle avant le vote. Lucien Murat est installé le 23 janvier 1852 et élevé au 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté le 27 janvier. Quelques jours plus tard, la constitution du 14 janvier 1852 organise le nouveau régime autoritaire, avant le rétablissement de l’Empire le 2 décembre suivant.

Qui était Lucien Murat ?

Né à Milan en 1803, fils du maréchal Joachim Murat, roi de Naples, et de Caroline Bonaparte, sœur de Napoléon Ier, Lucien Murat grandit à Naples puis connaît l’exil. Il part en 1824 rejoindre aux États-Unis son oncle et son frère Achille, épouse à Trenton (New Jersey) Caroline Georgina Fraser et traverse des années de gêne financière. Revenu en France en 1848, il est élu député du Lot à la Constituante puis à la Législative, sert comme ministre plénipotentiaire à Turin, et devient sénateur après le coup d’État. Il meurt à Paris en 1878 et repose au Père-Lachaise.

Une grande maîtrise autoritaire

Élection du prince Lucien Murat à la grande maîtrise du Grand Orient de France, 9 janvier 1852
Source : Wikimedia Commons – Agence Rol. Agence photographique (commanditaire) – Public domain

Sous Murat, une centaine de loges sont suspendues en 1852. En août, il fait acheter l’hôtel de la rue Cadet, à Paris, pour 450 000 francs-or : il devient le siège du Grand Orient, qu’il est encore aujourd’hui. La constitution de 1854, dite « bonapartiste », pose comme base l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme et l’amour de l’humanité, et confère de larges pouvoirs au grand maître élu pour sept ans. Le nombre de loges tombe de 327 en 1853 à 167 en 1858.

La crise de 1861

En 1860, son projet de société de secours mutuels est rejeté. Sénateur, il soutient le maintien des troupes françaises à Rome, en contradiction avec les sympathies de nombreux maçons pour l’unité italienne. En mai 1861, une réunion rue Cadet élit le prince Napoléon-Jérôme par 98 voix sur 152 ; le préfet de police Symphorien Boittelle annule le processus. Napoléon III tranche en demandant la démission de Murat et nomme par décret, le 11 janvier 1862, le maréchal Magnan.

Postérité

L’héritage le plus visible de Murat est architectural : l’hôtel du Grand Orient au 16, rue Cadet, devenu le cœur de la maçonnerie française et le siège de son musée. Son règne reste en revanche le symbole d’une maçonnerie domestiquée par le pouvoir, contre laquelle se construira, après 1870, l’orientation républicaine et laïque du Grand Orient.

Repères chronologiques

  • 2 décembre 1851 : coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.
  • 9 janvier 1852 : élection de Lucien Murat par le convent.
  • 23 janvier 1852 : installation comme grand maître.
  • Août 1852 : achat de l’hôtel de la rue Cadet.
  • 1854 : constitution dite « bonapartiste ».
  • Mai 1861 : élection avortée du prince Napoléon-Jérôme.
  • 11 janvier 1862 : décret nommant le maréchal Magnan.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Grand Maître, Convent.

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