Rite suédois (Rite maçonnique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Rite suédois est un rite maçonnique explicitement chrétien, élaboré en Suède au XVIIIe siècle à partir de 1756 par Carl Friedrich Eckleff, puis organisé par le duc Carl de Södermanland, futur roi Charles XIII, jusqu’à sa forme achevée de 1800. Il articule dix grades répartis en trois classes, loges de Saint-Jean, loges de Saint-André et Chapitre, prolongés par des dignités honorifiques. Il est pratiqué par les ordres maçonniques de Suède, de Norvège, du Danemark et d’Islande, en Finlande, et sous une forme apparentée en Allemagne.

Des loges françaises à un ordre national

Rite suédois
Source : Wikimedia Commons – Lars Kennerstedt – Public domain

La franc-maçonnerie arrive en Suède en 1735, date que l’Ordre suédois des francs-maçons retient pour célébrer son tricentenaire en 2035. Le Wikipédia français rapporte que le comte Wrede-Sparre l’y introduit, qu’un décret du roi Frédéric Ier l’interdit puis est annulé quelques mois plus tard, et que le comte Knut Carlsson Posse fonde la loge Saint Jean auxiliaire, qui se proclame mère loge de Suède. Le baron Carl Fredrik Scheffer en devient grand maître ; il détenait un document de 1737, attribué au comte de Derwentwater, paraphrasant les Constitutions de 1723 dans un sens exclusivement chrétien.

Les premiers rituels, d’origine française, sont révisés en 1756. L’histoire du rite est aussi liée à l’implantation de la Stricte observance en Europe du Nord, avec laquelle la maçonnerie suédoise partage la revendication d’un héritage templier ; selon le Wikipédia allemand, les négociations entre les deux systèmes échouent et la rupture intervient en 1781.

Eckleff et Charles XIII, les deux bâtisseurs

Carl Friedrich Eckleff crée en 1756 la première loge de Saint-André à Stockholm, puis en 1759 le premier Grand Chapitre, posant la base chrétienne et templière du rite. En 1761 est fondée la Grande Loge de Suède, dont Scheffer est le premier grand maître et Eckleff le grand maître adjoint.

En 1774, le duc Carl de Södermanland, futur Charles XIII, devient grand maître. Il reprend les bases du chapitre d’Eckleff et organise le système, révisé en 1780 puis fixé en 1800 par une constitution fondamentale de l’ordre. Depuis lors, le rite n’a connu que des modifications mineures.

Trois classes, dix grades

Le rite se présente comme un triptyque. Les intitulés français varient selon les traductions ; on suit ici le Wikipédia français, complété par l’anglais :

  • Loges de Saint-Jean : I. Apprenti ; II. Compagnon ; III. Maître
  • Loges de Saint-André : IV-V. Apprenti et Compagnon de Saint-André (grade double) ; VI. Maître écossais de Saint-André
  • Chapitre : VII. Très illustre frère, Chevalier de l’Orient ; VIII. Très haut illustre frère, Chevalier de l’Occident ; IX. Frère illuminé ; X. Frère très illuminé
  • Dignités : XI. Frère le plus illuminé, Chevalier commandeur de la Croix-Rouge, réservé aux officiers de la Grande Loge et aux grands maîtres provinciaux

Les sources divergent sur la numérotation des dignités : le Wikipédia français compte un grade XI et un grade XII, quand l’anglais fond le Chevalier commandeur de la Croix-Rouge dans le XIe. La Grande Loge du Danemark conserve en outre un grade de Novice entre le VIIe et le VIIIe degré.

Un rite chrétien et théosophique

Rite suédois
Source : Wikimedia Commons – Gustaf Lundberg[1] – CC BY-SA 3.0

Le rite se veut fondamentalement chrétien. Selon un rapport de 1828 cité par le Wikipédia français, son but est la connaissance de Dieu par la reconnaissance de l’esprit divin en chaque homme, dans la foi trinitaire et en Jésus-Christ. Il est imprégné de rosicrucianisme, de kabbale et de théosophie, avec des rapprochements avec la doctrine de Swedenborg. Le candidat doit professer une foi chrétienne ; le Wikipédia anglais précise que certains groupes non reconnus par le Conseil œcuménique des Églises en sont exclus, et souligne les liens étroits du rite avec les Églises luthériennes nationales.

Distinct du rite, l’Ordre de Charles XIII est un ordre royal de chevalerie, limité à 33 membres dont trois ecclésiastiques luthériens, conféré à la discrétion du roi à des Chevaliers commandeurs de la Croix-Rouge ; il n’est pas un grade maçonnique.

Les ordres nordiques et au-delà

Le rite est pratiqué par l’Ordre suédois des francs-maçons (Svenska Frimurare Orden), présent en Suède et en Finlande et fort d’environ 14 000 membres selon son site, ainsi que par les ordres norvégien, danois et islandais. En Finlande, la juridiction est partagée entre la Grande Loge de Finlande, de tradition anglo-américaine, et une Grande Loge provinciale de l’ordre suédois. Au Danemark, la première loge de Saint-André travaille en 1855 et le premier chapitre en 1858.

En Allemagne, une forme apparentée et plus ancienne, dite système de Zinnendorf, est travaillée par la Grande Loge nationale des francs-maçons d’Allemagne, l’un des systèmes fédérés au sein des Grandes Loges unies d’Allemagne ; on la retrouve dans trois loges de la Grande Loge de Lettonie. La Grande Loge d’Espagne n’en pratique que les trois grades de Saint-Jean, dans des loges danoises et norvégiennes. Les sources consultées ne signalent pas de juridiction de Rite suédois en France.

Pour approfondir

  • « Rite suédois », Charles Porset, dans Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le Livre de poche, 2008
  • Ordens Allmänna Lagar, Svenska Frimurare Orden, 2006
  • « The Swedish Constitution, Nordic Esotericism in Baroque Splendour », Alex G. Davidson, article
  • Internationales Freimaurerlexikon, Eugen Lennhoff, Oskar Posner et Dieter A. Binder, Herbig, 2006

Synthèse

Le Rite suédois offre l’exemple rare d’un système maçonnique devenu une institution quasi nationale, adossé à la monarchie et aux Églises luthériennes. Sa progression en trois classes, du Temple de Salomon à la lumière chrétienne du Chapitre, lui donne une cohérence spirituelle singulière. Il demeure, avec ses ordres frères de Scandinavie, l’une des grandes traditions maçonniques européennes, peu connue en France mais centrale dans le paysage nordique.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.

Voir aussi dans le glossaire : Chapitre, Charles Porset (historien).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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