Élus coëns (Rite maçonnique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’ordre des Chevaliers maçons Élus coëns de l’univers est un système maçonnique ésotérique chrétien, de tendance illuministe, créé en France au XVIIIe siècle par Martinès de Pasqually. Sa doctrine, exposée dans le Traité sur la réintégration des êtres, vise le retour de l’homme à son état d’avant la chute par une initiation progressive et des opérations théurgiques. Il s’ordonne en grades symboliques, grades du Porche, Ordre intérieur et classe de Réau-Croix. Fermé en 1781, il a marqué Willermoz et Saint-Martin et a été « réveillé » au XXe siècle.

Martinès de Pasqually, né vers 1727 et mort en 1774, apparaît dans la maçonnerie française en 1754 avec la fondation d’un chapitre de juges écossais à Montpellier. Il s’installe à Bordeaux en 1761, y fonde un temple coën et en ouvre un autre à Avignon. En 1766, un temple est fondé à Paris avec Bacon de la Chevalerie, Willermoz et d’autres ; en 1767, il établit son Tribunal souverain. Les sources divergent sur la date de fondation de l’ordre : la Wikipédia anglaise retient 1761, la notice française sur les Élus coëns 1767, année des statuts.

En 1772, Martinès part pour Saint-Domingue recueillir un héritage ; il y meurt en 1774. Lui succèdent comme grands souverains Caignet de Lestère, mort en 1778, puis Sébastien de Las Casas, troisième et dernier, qui ordonne en 1781 la fermeture des huit temples restants. Dès 1776, plusieurs temples avaient rejoint la Grande Loge de France de l’époque. Des élus coëns poursuivent néanmoins la pratique de la théurgie après la fermeture, et une partie des frères lyonnais se retrouve dans la réforme rectifiée conduite par Willermoz, où l’enseignement coën survit sous une autre forme.

Martinès se présentait comme l’héritier d’une tradition d’origine suprahumaine. Sa doctrine est consignée dans le Traité sur la réintégration des êtres, rédigé entre 1770 et 1772 et connu notamment par une copie de Louis-Claude de Saint-Martin. Le texte expose une cosmogonie et une anthropologie : l’homme, émané de Dieu, a perdu par la faute d’Adam son statut primordial et doit être « réintégré » dans ses vertus et puissances premières.

Selon l’article de Wikipédia, l’ordre comprend plusieurs étages :

  • Maçonnerie symbolique : Apprenti, Compagnon, Maître
  • Porche : Apprenti coën, Compagnon coën, Maître élu coën
  • Ordre intérieur : Grand Maître élu coën (Grand Architecte), Grand Élu de Zorobabel (Chevalier d’Orient), Commandeur d’Orient (Apprenti Réau-Croix)
  • Classe supérieure : Réau-Croix

Les statuts de 1767 réservaient le grade de Réau-Croix aux membres des tribunaux souverains. Les grades d’Associé, Initié et Supérieur inconnu, parfois associés à cet héritage, ne relèvent pas de Martinès : ils ont été créés par Papus pour l’Ordre martiniste.

L’ordre est un courant ésotérique chrétien qui vise une connaissance directe de Dieu, unité primordiale perdue depuis la chute. La maçonnerie sert de cadre à une démarche qui recourt à des opérations théurgiques, exigées notamment au grade de Commandeur d’Orient. Joseph de Maistre, adepte de cette « science de l’homme », en a défendu l’esprit dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg (1821).

Les disciples de Martinès ont prolongé son œuvre par d’autres voies. Jean-Baptiste Willermoz fait passer une part de la doctrine de la réintégration dans le Rite écossais rectifié ; Louis-Claude de Saint-Martin, rencontré en 1768, développe une voie intérieure qui inspirera le martinisme. Parmi les autres proches figurent l’abbé Pierre Fournié et Bacon de la Chevalerie. En 1890, Joséphin Péladan fonde un ordre qui se réclame de Martinès.

À partir de 1942, Robert Ambelain « réveille » l’ordre à partir de rares documents de l’ordre originel ; les rituels actuels diffèrent légèrement des originaux. Le « manuscrit d’Alger », découvert par Ambelain et remis à la Bibliothèque nationale de France, a été transcrit par Georges Courts à partir de 1996. Plusieurs groupements contemporains, souvent liés aux milieux martinistes, se réclament aujourd’hui de cet héritage, sans filiation continue démontrée avec l’ordre fermé en 1781.

  • Traité de la réintégration des êtres, Martinès de Pasqually, éd. Robert Amadou, Robert Dumas, 1974
  • Un thaumaturge au XVIIIe siècle : Martines de Pasqually, Gérard Van Rijnberk, Alcan, 1935 (t. I)
  • Martinès de Pasqually, le théurge inconnu, Serge Caillet, Signatura, 2009
  • Les Sept sceaux des élus coëns, Serge Caillet, Le Mercure Dauphinois, 2011
  • Les élus coëns et le Régime écossais rectifié, Jean-Marc Vivenza, Le Mercure Dauphinois, 2010
  • Martinès de Pasqually et les élus coëns, Dominique Vergnolle, La Tarente, 2019
  • Le Grand Manuscrit d’Alger, Georges Courts, Arqa

Brève dans son existence historique, l’aventure des Élus coëns a eu une postérité considérable : par Willermoz, elle irrigue le Rite écossais rectifié ; par Saint-Martin, elle nourrit le martinisme. Sa doctrine de la réintégration et sa pratique théurgique en font une pièce majeure de l’illuminisme maçonnique du XVIIIe siècle.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.

Voir aussi dans le glossaire : Robert Amadou (Personnalité), Robert Ambelain (Auteur), Joseph de Maistre (Personnalité), Jean-Marc Vivenza (Auteur), Jean-Baptiste Willermoz (Personnalité).

Glossaire de la franc-maçonnerie
Élus coëns
Source : Wikimedia Commons – Léonard Joseph Prunelle-Lière – Public domain
Glossaire de la franc-maçonnerie

L’ordre des Chevaliers maçons Élus coëns de l’univers est un système maçonnique ésotérique chrétien, de tendance illuministe, créé en France au XVIIIe siècle par Martinès de Pasqually. Sa doctrine, exposée dans le Traité sur la réintégration des êtres, vise le retour de l’homme à son état d’avant la chute par une initiation progressive et des opérations théurgiques. Il s’ordonne en grades symboliques, grades du Porche, Ordre intérieur et classe de Réau-Croix. Fermé en 1781, il a marqué Willermoz et Saint-Martin et a été « réveillé » au XXe siècle.

Martinès de Pasqually, né vers 1727 et mort en 1774, apparaît dans la maçonnerie française en 1754 avec la fondation d’un chapitre de juges écossais à Montpellier. Il s’installe à Bordeaux en 1761, y fonde un temple coën et en ouvre un autre à Avignon. En 1766, un temple est fondé à Paris avec Bacon de la Chevalerie, Willermoz et d’autres ; en 1767, il établit son Tribunal souverain. Les sources divergent sur la date de fondation de l’ordre : la Wikipédia anglaise retient 1761, la notice française sur les Élus coëns 1767, année des statuts.

En 1772, Martinès part pour Saint-Domingue recueillir un héritage ; il y meurt en 1774. Lui succèdent comme grands souverains Caignet de Lestère, mort en 1778, puis Sébastien de Las Casas, troisième et dernier, qui ordonne en 1781 la fermeture des huit temples restants. Dès 1776, plusieurs temples avaient rejoint la Grande Loge de France de l’époque. Des élus coëns poursuivent néanmoins la pratique de la théurgie après la fermeture, et une partie des frères lyonnais se retrouve dans la réforme rectifiée conduite par Willermoz, où l’enseignement coën survit sous une autre forme.

Martinès se présentait comme l’héritier d’une tradition d’origine suprahumaine. Sa doctrine est consignée dans le Traité sur la réintégration des êtres, rédigé entre 1770 et 1772 et connu notamment par une copie de Louis-Claude de Saint-Martin. Le texte expose une cosmogonie et une anthropologie : l’homme, émané de Dieu, a perdu par la faute d’Adam son statut primordial et doit être « réintégré » dans ses vertus et puissances premières.

Selon l’article de Wikipédia, l’ordre comprend plusieurs étages :

  • Maçonnerie symbolique : Apprenti, Compagnon, Maître
  • Porche : Apprenti coën, Compagnon coën, Maître élu coën
  • Ordre intérieur : Grand Maître élu coën (Grand Architecte), Grand Élu de Zorobabel (Chevalier d’Orient), Commandeur d’Orient (Apprenti Réau-Croix)
  • Classe supérieure : Réau-Croix

Les statuts de 1767 réservaient le grade de Réau-Croix aux membres des tribunaux souverains. Les grades d’Associé, Initié et Supérieur inconnu, parfois associés à cet héritage, ne relèvent pas de Martinès : ils ont été créés par Papus pour l’Ordre martiniste.

L’ordre est un courant ésotérique chrétien qui vise une connaissance directe de Dieu, unité primordiale perdue depuis la chute. La maçonnerie sert de cadre à une démarche qui recourt à des opérations théurgiques, exigées notamment au grade de Commandeur d’Orient. Joseph de Maistre, adepte de cette « science de l’homme », en a défendu l’esprit dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg (1821).

Les disciples de Martinès ont prolongé son œuvre par d’autres voies. Jean-Baptiste Willermoz fait passer une part de la doctrine de la réintégration dans le Rite écossais rectifié ; Louis-Claude de Saint-Martin, rencontré en 1768, développe une voie intérieure qui inspirera le martinisme. Parmi les autres proches figurent l’abbé Pierre Fournié et Bacon de la Chevalerie. En 1890, Joséphin Péladan fonde un ordre qui se réclame de Martinès.

À partir de 1942, Robert Ambelain « réveille » l’ordre à partir de rares documents de l’ordre originel ; les rituels actuels diffèrent légèrement des originaux. Le « manuscrit d’Alger », découvert par Ambelain et remis à la Bibliothèque nationale de France, a été transcrit par Georges Courts à partir de 1996. Plusieurs groupements contemporains, souvent liés aux milieux martinistes, se réclament aujourd’hui de cet héritage, sans filiation continue démontrée avec l’ordre fermé en 1781.

  • Traité de la réintégration des êtres, Martinès de Pasqually, éd. Robert Amadou, Robert Dumas, 1974
  • Un thaumaturge au XVIIIe siècle : Martines de Pasqually, Gérard Van Rijnberk, Alcan, 1935 (t. I)
  • Martinès de Pasqually, le théurge inconnu, Serge Caillet, Signatura, 2009
  • Les Sept sceaux des élus coëns, Serge Caillet, Le Mercure Dauphinois, 2011
  • Les élus coëns et le Régime écossais rectifié, Jean-Marc Vivenza, Le Mercure Dauphinois, 2010
  • Martinès de Pasqually et les élus coëns, Dominique Vergnolle, La Tarente, 2019
  • Le Grand Manuscrit d’Alger, Georges Courts, Arqa

Brève dans son existence historique, l’aventure des Élus coëns a eu une postérité considérable : par Willermoz, elle irrigue le Rite écossais rectifié ; par Saint-Martin, elle nourrit le martinisme. Sa doctrine de la réintégration et sa pratique théurgique en font une pièce majeure de l’illuminisme maçonnique du XVIIIe siècle.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.

Voir aussi dans le glossaire : Robert Amadou (Personnalité), Robert Ambelain (Auteur), Joseph de Maistre (Personnalité), Jean-Marc Vivenza (Auteur), Jean-Baptiste Willermoz (Personnalité).

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