Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

Louis-Marie-Augustin d’Aumont de Rochebaron, 5e duc d’Aumont, né en 1709 et mort à Paris en avril 1782 dans son hôtel de la place Louis XV, est un grand seigneur des cours de Louis XV et de Louis XVI. Premier gentilhomme de la Chambre du roi, pair de France et lieutenant général des armées, il dirige avec ses pairs les Menus Plaisirs et réunit l’une des plus célèbres collections d’arts décoratifs de son siècle. Figure de la première franc-maçonnerie parisienne, il fut vénérable de la loge dite de Bussy-Aumont.
L’héritier d’une grande maison ducale

Fils de Louis Marie d’Aumont, 4e duc d’Aumont et pair de France, et de Catherine de Guiscard, dont il hérite le marquisat et le château de Guiscard en Picardie, il porte aussi le titre de marquis de Villequier. Le 23 avril 1727, il épouse Victoire Félicité de Durfort-Duras (1706-1753), fille du maréchal de Duras et veuve du 2e duc de Fitz-James.
De cette union naissent notamment Louis Marie Guy d’Aumont (1732-1799), qui sera 6e duc, Louis Alexandre Céleste d’Aumont, duc de Villequier puis 7e duc d’Aumont (1736-1814), et Jeanne Louise Constance (1731-1816), devenue duchesse de Villeroy. Sa petite-fille Louise d’Aumont épouse en 1777 Honoré IV, prince de Monaco.
Premier gentilhomme et maître des Menus Plaisirs
Il hérite en 1723 de la charge de premier gentilhomme de la Chambre du roi. Avec les autres titulaires de cette dignité, le duc de Fleury à partir de 1741, le maréchal de Richelieu à partir de 1744 et le maréchal de Duras à partir de 1757, il dirige l’administration des Menus Plaisirs et Affaires de la Chambre du roi, chargée des effets personnels du souverain, des divertissements et des cérémonies de la cour.
C’est dans ce cadre qu’il crée un atelier de taille de pierres dures, signe d’un goût personnel pour les matériaux précieux qui marquera toute sa collection.
Un officier général et gouverneur de places
Brigadier des armées du roi en 1740, maréchal de camp en 1743, il devient lieutenant général en 1747. Il reçoit successivement les gouvernements de Compiègne (1748), de Boulogne et du Boulonnais (1751) et de Montreuil (1761), et il est gouverneur et grand bailli de Chauny. Pair de France, il est fait chevalier des ordres du roi.
Un mécène du goût à l’antique

Sous Louis XVI, le duc protège de jeunes artistes qui diffusent le goût néoclassique : les architectes François-Joseph Bélanger et Pierre-Adrien Pâris, qui décorent son hôtel de la place Louis XV, et les bronziers Philippe Caffieri et Pierre Gouthière. Ce dernier travaille pour lui pendant une dizaine d’années à partir de 1770 environ et lui livre plusieurs de ses chefs-d’œuvre, souvent sur des dessins de Bélanger, architecte favori du duc.
Rassemblée à partir de 1776 dans cet hôtel, l’actuel hôtel de Crillon, sa collection privilégie les arts décoratifs : porphyres, marbres antiques, jaspes et albâtres montés en bronze doré, colonnes antiques, meubles et plus de quatre cents porcelaines orientales. Peintures et sculptures y tiennent peu de place.
La vente de 1782 et la dispersion
À sa mort, ses biens sont vendus aux enchères en décembre 1782 sur un catalogue rédigé par Julliot et Paillet. Louis XVI achète 51 lots, pour l’essentiel les plus belles pièces, destinées au futur Muséum du Louvre, et Marie-Antoinette en acquiert cinq pour son usage personnel. Ces objets sont aujourd’hui répartis notamment entre le musée du Louvre, la Wallace Collection et le Metropolitan Museum of Art.
Les boiseries de son hôtel, sculptées d’après les dessins de Pâris, ont été démontées en 1906 lors de la transformation du bâtiment en hôtel de voyageurs ; certaines ont été remontées à l’hôtel de La Tour d’Auvergne, aujourd’hui ambassade du Chili, et à la villa Ephrussi de Rothschild, d’autres sont parvenues au Metropolitan Museum et au Middlebury College.
Vénérable de la loge de Bussy-Aumont
La loge à laquelle son nom reste attaché aurait existé dès 1732. Elle demande des constitutions à la Grande Loge alors présidée par MacLean ; son successeur, Charles Radclyffe, comte de Derwentwater, grand maître à partir du 27 décembre 1736, et les officiers de la Grande Loge l’installent chez Landelle, « à l’Hôtel rue de Bussy ». Son vénérable fondateur est Louis Collins, peintre du roi, et une patente constitutive remplace la patente provisoire.
Le duc d’Aumont y est maître, puis en devient vénérable peu après sa réception, si bien que l’atelier prend le nom de Bussy-Aumont, à une date inconnue. Son recrutement est très aristocratique : le futur maréchal Augustin-Joseph de Mailly y est initié à la fin des années 1730. La période voit l’élection du duc d’Antin comme grand maître en 1738, puis celle de Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, en 1743. La date d’initiation du duc d’Aumont reste inconnue.
Un pionnier de la maçonnerie parisienne
Grand officier de la Couronne, mécène et collectionneur dont les objets ornent aujourd’hui les grands musées, le duc d’Aumont appartient à la première génération de grands seigneurs qui ont donné à la franc-maçonnerie française son assise aristocratique dans les années 1730. La loge de Bussy-Aumont, parmi les plus anciennes de Paris, fait de lui un acteur des origines de la Grande Loge de France du XVIIIe siècle.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Louis-Marie-Augustin d’Aumont.
Voir aussi dans le glossaire : Vénérable (Vénérable Maître en chaire), Loge Bleue ou Loge Symbolique., Grand Maître.

