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Le zèle dénonciateur est l’une des formes les plus inquiétantes de l’antimaçonnisme lorsqu’il quitte la simple opinion pour devenir action. Il ne suffit plus alors de croire que la franc-maçonnerie serait dangereuse. Il faut la signaler, l’exposer, dresser des listes, publier des noms, alerter les autorités, harceler, exclure, faire perdre une fonction, une réputation, parfois une sécurité.

Une vertu apparente
Ce zèle se présente toujours comme une vertu. Celui qui dénonce croit servir la patrie, la foi, le peuple, la transparence ou la morale. Il ne se voit pas comme calomniateur. Il se voit comme veilleur. Mais cette prétendue vigilance devient violence lorsqu’elle remplace la justice par la suspicion, lorsqu’elle réduit une personne à son appartenance, lorsqu’elle transforme une démarche initiatique en preuve de culpabilité.
L’histoire montre que le zèle dénonciateur peut devenir un rouage administratif. Sous les régimes autoritaires, les listes, les fichiers, les déclarations obligatoires, les dénonciations publiques et la publication des noms ont accompagné les politiques antimaçonniques. La rumeur devient alors procédure. Le soupçon devient papier officiel. L’ombre entre dans les bureaux.
La jouissance de la pureté
Le zèle dénonciateur est dangereux parce qu’il jouit de sa propre pureté. Il croit agir pour le bien. Il ne doute plus. Il ne cherche plus des preuves. Il accumule des noms. Il ne distingue plus les personnes, les actes, les responsabilités. Il transforme l’appartenance en faute. Il oublie que la justice commence précisément lorsque la passion accepte des formes, des preuves et des limites.
La dénonciation antimaçonnique est particulièrement grave lorsqu’elle vise les personnes dans leur vie sociale, professionnelle ou familiale. Elle ne critique plus une idée. Elle expose un nom. Elle ne discute plus une institution. Elle livre un individu. Elle fabrique une vulnérabilité. Dans les périodes de tension, cette exposition peut devenir dangereuse.
La parole dénonciatrice n’est jamais innocente lorsqu’elle retire à l’autre le droit à la nuance.
La réponse maçonnique
La réponse maçonnique est d’abord éthique. Ne jamais céder soi-même à la dénonciation gratuite. Ne jamais répondre au soupçon par le soupçon. Défendre les personnes avant les étiquettes. Rappeler que la vérité demande des preuves, que la justice demande des formes, que la dignité humaine ne se livre pas à la vindicte. Le zèle dénonciateur croit purifier la cité. En réalité, il l’empoisonne.
Voir aussi : Dénonciation, Rumeur, Censure, Vichy, Violence symbolique, Fichier antimaçonnique, Droit de réponse.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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