Universalisme (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’universalisme est l’un des mots les plus souvent retournés contre la franc-maçonnerie. Dans sa dimension maçonnique, il affirme que l’être humain possède une dignité qui dépasse les appartenances de naissance, de nation, de religion, de classe, de langue ou d’origine. Il ne nie pas les différences. Il refuse qu’elles deviennent des prisons. Il cherche, au-delà des frontières profanes, une fraternité fondée sur la commune humanité. C’est l’un des axes les plus élevés de l’idéal maçonnique, mais aussi l’un des plus attaqués par le soupçon.

Une menace imaginaire

L’universalisme

L’antimaçonnisme transforme cet universalisme en menace. Il y voit l’effacement des peuples, la destruction des traditions, la dissolution des nations, le cosmopolitisme suspect, parfois même le prélude d’un gouvernement mondial. Le vieux procès est toujours le même. Ce qui prétend unir serait en réalité destiné à dominer. Ce qui parle de fraternité cacherait une stratégie d’uniformisation. Ce qui affirme l’humanité commune travaillerait à déraciner les hommes.

Cette accusation repose sur une confusion entre universalisme et uniformité. L’universalisme maçonnique, lorsqu’il est fidèle à son exigence, ne demande pas aux hommes d’être identiques. Il leur demande de se reconnaître en dignité. Il n’abolit pas la mémoire des peuples. Il rappelle que toute mémoire devient dangereuse lorsqu’elle sert à nier l’humanité de l’autre. Il ne supprime pas les patries. Il refuse que la patrie devienne une idole meurtrière. Il ne détruit pas les traditions. Il les invite à se mesurer à la dignité humaine.

Universalisme et enracinement

L’universalisme n’est pas une négation de l’enracinement. Il en est l’épreuve morale. Aimer une langue, une terre, une histoire, une culture n’oblige pas à mépriser celles des autres. Une tradition qui a confiance en elle-même peut rencontrer sans se dissoudre. Un peuple qui sait ce qu’il est n’a pas besoin de nier l’humanité de l’étranger. C’est cette ouverture que le soupçon nationaliste ou identitaire ne supporte pas. Il préfère les appartenances fermées, les frontières de l’esprit, les fidélités exclusives. La franc-maçonnerie répond par une autre image. Le Temple n’est pas bâti avec une seule pierre. Il demande des pierres différentes, ajustées, ordonnées, travaillées. L’universalisme n’est pas un monde sans formes. Il est l’art difficile d’accorder des formes diverses dans une construction commune. Une pierre ne devient pas fraternelle en cessant d’être elle-même. Elle le devient lorsqu’elle trouve sa juste place dans l’édifice sans exclure les autres.

La chaîne d’union exprime symboliquement cette intuition. Elle ne nie pas les singularités. Elle les relie. Elle ne supprime pas les histoires individuelles. Elle les inscrit dans un cercle où chacun demeure lui-même tout en reconnaissant l’autre. L’antimaçonnisme y voit parfois une image de réseau occulte. Il ne comprend pas que la chaîne, dans son sens initiatique, est d’abord un signe de fraternité humaine, non un instrument de domination.

Un universalisme mal compris

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L’universalisme maçonnique peut cependant être mal compris, et parfois mal vécu. S’il devient abstraction, s’il oublie les blessures concrètes, les cultures, les langues, les appartenances, les mémoires, il risque de se dessécher. Une fraternité qui ne voit plus les visages devient formule. C’est pourquoi l’universalisme doit être incarné. Il ne suffit pas de dire l’humanité. Il faut reconnaître les hommes dans leurs différences réelles. La critique de l’universalisme abstrait peut être légitime. Elle devient antimaçonnique lorsqu’elle transforme toute référence à l’humanité commune en projet de domination.

Dans l’antimaçonnisme contemporain, l’universalisme est souvent confondu avec le mondialisme. Cette confusion est décisive. Le mondialisme complotiste imagine une puissance cachée cherchant à abolir les nations, à dissoudre les peuples, à imposer un gouvernement mondial. L’universalisme initiatique dit autre chose. Il rappelle que la dignité humaine ne s’arrête pas aux frontières. Il ne propose pas une administration planétaire. Il appelle à une reconnaissance morale. L’un relève du fantasme politique. L’autre d’une exigence spirituelle et éthique.

Cette distinction est indispensable dans l’âge numérique, où les mots glissent vite. Universalisme, globalisme, mondialisme, cosmopolitisme, gouvernance mondiale, humanisme, droits de l’homme, tout est parfois mélangé dans une même accusation. La franc-maçonnerie est alors présentée comme l’atelier secret de cette dissolution. Le soupçon transforme une fraternité morale en programme de domination.

Une ligne de crête

La réponse maçonnique doit tenir une ligne de crête. Défendre l’universalisme sans mépriser les enracinements. Défendre la dignité commune sans effacer les appartenances. Défendre la liberté de conscience sans nier les traditions spirituelles. Défendre l’humanité sans fabriquer un homme abstrait. Cette tension est difficile, mais elle est féconde. Elle empêche la fraternité de devenir slogan, et l’enracinement de devenir prison.

Une perspective initiatique

Dans une perspective initiatique, l’universalisme est moins une doctrine qu’un travail. Il demande de reconnaître en l’autre une présence irréductible, même lorsqu’il vient d’une autre nation, d’une autre religion, d’une autre langue, d’une autre condition. Il demande de ne pas réduire l’homme à son origine. Il demande de tenir ensemble la pierre singulière et l’édifice commun. Il demande de passer de l’identité close à la fraternité ouverte.

L’entrée « Universalisme » doit donc être centrale dans cet abécédaire. Elle montre comment l’antimaçonnisme retourne l’une des aspirations les plus nobles de la franc-maçonnerie en accusation. Là où la maçonnerie parle d’humanité commune, le soupçon entend gouvernement mondial. Là où elle parle de dignité, il entend uniformisation. Là où elle parle de fraternité, il entend complot. Il faut défaire cette confusion, car elle est l’un des noyaux les plus actifs du discours contemporain contre les loges.

Voir aussi : Fraternité, Mondialisme, Gouvernement mondial, Droits de l’homme, Liberté de conscience, Xénophobie, Nouvel ordre mondial, Peuple trahi.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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