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Philippe Ploncard d’Assac, né à Paris le 21 juin 1936, appartient à une lignée idéologique marquée par le nationalisme catholique, l’anticommunisme, l’antilibéralisme, l’antirépublicanisme et l’antimaçonnisme. Neurochirurgien de formation, essayiste, journaliste et animateur de milieux nationalistes et traditionalistes, il s’inscrit dans une tradition où la franc-maçonnerie est présentée comme l’un des instruments majeurs de la subversion moderne, de la République laïque, du mondialisme, de la déchristianisation et de la destruction des anciennes formes d’autorité. La BnF recense notamment, sous son nom, La maçonnerie, De l’ordo ab chaos au nouvel ordre mondial et La franc-maçonnerie dans la Révolution dite française, autant de titres révélateurs d’une lecture où loges, Révolution, ordre mondial et modernité politique sont rapprochés dans une même trame de soupçon.
Un héritage familial

Son nom est indissociable de celui de son père, Jacques Ploncard d’Assac, figure de l’extrême droite française, proche des milieux nationalistes, antisémites et antimaçonniques du XXe siècle. Jacques Ploncard d’Assac participa sous Vichy au Service des sociétés secrètes, installé rue Cadet, chargé de répertorier les archives de la franc-maçonnerie, et publia notamment dans Documents maçonniques. Cette filiation donne à l’entrée une importance particulière, car elle montre que l’antimaçonnisme ne se transmet pas seulement par des ouvrages isolés, mais par des réseaux idéologiques, des fidélités familiales, des maisons d’édition, des cercles militants et des traditions politiques.
L’intérêt de Philippe Ploncard d’Assac pour cet abécédaire tient donc à la notion d’héritage. L’antimaçonnisme possède ses lignées, ses maîtres, ses continuateurs, ses bibliothèques, ses références répétées. D’une génération à l’autre, les mêmes motifs reviennent. La franc-maçonnerie serait la matrice de la République antichrétienne, l’atelier invisible de la Révolution, le relais d’une modernité libérale et parlementaire, l’instrument d’un mondialisme destructeur des nations. Le vocabulaire change parfois, mais la structure demeure.
Une lecture nationale-catholique
Chez Philippe Ploncard d’Assac, la franc-maçonnerie est moins un objet d’étude qu’un symbole ennemi. Elle n’est pas abordée dans sa diversité historique, rituelle, spirituelle ou obédientielle. Elle est convoquée comme figure globale de la modernité honnie. La loge devient le nom d’un processus de dissolution, celui qui aurait détaché la France de la monarchie, de l’Église, des hiérarchies traditionnelles, de la nation charnelle et de l’ordre chrétien. Le soupçon ne cherche pas à comprendre les loges. Il les transforme en principe explicatif.
Cette lecture s’inscrit dans une tradition nationale-catholique et contre-révolutionnaire où l’histoire moderne est souvent racontée comme une chute. La Révolution française, la République, la laïcité, la démocratie parlementaire, les droits de l’homme, la construction européenne ou le mondialisme sont alors relus comme les étapes d’une même entreprise de subversion. La franc-maçonnerie sert de fil noir pour relier ces épisodes entre eux. Elle devient l’agent supposé d’une continuité cachée, là où l’histoire réelle demanderait de distinguer les contextes, les acteurs, les ruptures et les contradictions.
Des titres révélateurs
L’un des titres recensés, De l’ordo ab chaos au nouvel ordre mondial, illustre bien ce passage d’un antimaçonnisme classique vers une géopolitique du soupçon. Le vieux motif de la loge révolutionnaire se combine avec celui du gouvernement mondial, de l’ordre nouveau, des élites occultes et de la domination technocratique. Ce type de lecture ne se contente plus d’accuser la franc-maçonnerie d’avoir accompagné la modernité républicaine. Il l’insère dans un récit beaucoup plus vaste, où l’histoire contemporaine serait orientée par un plan caché.
La maçonnerie ou La franc-maçonnerie dans la Révolution dite française appartiennent, quant à eux, à une tradition plus ancienne. Celle qui, depuis Augustin Barruel et ses héritiers, lit la Révolution française comme une œuvre de loge. Le mot « dite » dans La Révolution dite française est déjà significatif. Il suggère que la Révolution ne serait pas réellement l’expression d’un peuple, d’une crise politique ou d’un moment historique français, mais une opération idéologique, étrangère, abstraite, fabriquée. La franc-maçonnerie devient alors l’une des clefs de cette dépossession imaginaire.
Ce que la méthode fait au réel

Il faut comprendre ce que cette méthode fait au réel. Elle relie ce qui demande à être distingué. Elle donne une intention unique à des phénomènes multiples.
Elle transforme des proximités culturelles en causalités cachées. Elle remplace l’histoire par une généalogie accusatoire. Le lecteur n’est pas invité à analyser la franc-maçonnerie comme institution humaine, diverse et contradictoire. Il est conduit à la reconnaître comme marqueur de décomposition.
Une légende noire qui se transmet
Cette entrée permet donc de montrer que la légende noire se conserve par chaînes. Le fils reprend les obsessions du père, les adapte à de nouveaux contextes, les inscrit dans les combats du moment. L’anticommunisme d’hier peut devenir antimondialisme. L’antiparlementarisme peut devenir dénonciation des élites. L’antijudéo-maçonnisme peut se reformuler en critique de la gouvernance globale ou du Nouvel ordre mondial. Mais l’architecture profonde reste proche. Il faut un ennemi caché, un fil conducteur, une cause unique.
Pour l’abécédaire, Philippe Ploncard d’Assac représente donc moins une figure isolée qu’un nœud de transmission. Il appartient à cette histoire où l’antimaçonnisme se nourrit d’héritages familiaux, de fidélités idéologiques et de reprises éditoriales. Le soupçon a ses lignées. Il a ses bibliothèques, ses catalogues, ses revues, ses circuits militants. Le suivre permet de comprendre comment les mêmes thèmes survivent, changent de style, traversent les générations et réapparaissent sous des formes adaptées à chaque époque.
La réponse maçonnique
La réponse maçonnique ne consiste pas à opposer à cette lignée une légende inverse. Elle consiste à rendre l’histoire à sa complexité. Oui, des francs-maçons ont participé aux débats révolutionnaires, républicains, laïques ou sociaux. Non, cela ne fait pas de la franc-maçonnerie la cause unique de la modernité politique. Oui, des réseaux existent dans toute société. Non, toute relation n’est pas complot. Oui, la franc-maçonnerie peut être critiquée. Non, elle ne saurait devenir l’explication totale des mutations du monde contemporain.
Dans une lecture initiatique, le cas Ploncard d’Assac rappelle que la mémoire peut être transmission ou enfermement. Une tradition transmise peut éclairer, mais elle peut aussi répéter indéfiniment les mêmes peurs. Lorsque la mémoire devient ressentiment, elle ne protège plus la vérité. Elle nourrit la légende noire. Là où l’antimaçonnisme hérite d’un soupçon, l’initiation invite à hériter d’une méthode. Distinguer, vérifier, mesurer, replacer les mots dans leur histoire, afin que la chaîne ne soit pas une chaîne d’accusation, mais une chaîne de discernement.
Voir aussi : Action française, Vichy, Catholicisme intégriste, Mondialisme, Presse antimaçonnique, Jacques Ploncard d’Assac, Henry Coston, Documents maçonniques, Nouvel ordre mondial, Maçonnerie et Révolution française.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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