Élites (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La question des élites traverse l’antimaçonnisme contemporain avec une intensité particulière. Dans de nombreux discours de soupçon, la franc-maçonnerie est présentée comme le lieu de réunion d’élites cachées, capables d’influencer les carrières, les décisions publiques, les médias, la justice, la politique ou l’économie. La loge devient alors le symbole d’une souveraineté confisquée par quelques initiés, d’un pouvoir qui ne dirait pas son nom, d’une démocratie dont les coulisses seraient plus importantes que la scène visible.

Des inquiétudes réelles

les élites

Cette critique peut rencontrer des inquiétudes réelles. Les sociétés démocratiques connaissent des phénomènes de reproduction sociale, de cooptation, de réseaux professionnels, d’entre-soi, de circulation du pouvoir. Les francs-maçons ne vivent pas hors du monde et les institutions humaines ne sont jamais exemptes de contradictions. Une sociabilité fraternelle peut être mal comprise. Elle peut aussi être mal vécue si elle se dégrade en protection d’intérêts, en recommandation abusive, en confusion entre fraternité et service rendu. Ces risques doivent être pensés avec lucidité.

De la critique au soupçon

Moeurs des israélites bandeau

Mais l’antimaçonnisme commence lorsque cette critique légitime des élites devient récit totalisant. La franc-maçonnerie n’est plus analysée. Elle est utilisée comme clé unique. Un magistrat franc-maçon devient la preuve d’une justice contrôlée. Un élu franc-maçon devient la preuve d’une République confisquée. Un journaliste franc-maçon devient la preuve d’une presse sous influence. Le raisonnement saute de la présence individuelle à la domination collective, de la relation humaine au complot, de la sociabilité à l’infiltration.

Le soupçon transforme ainsi l’élite en caste occulte. Il refuse de distinguer les personnes, les milieux, les obédiences, les sensibilités, les engagements. Il réduit toute appartenance maçonnique à une stratégie d’influence. Il ne veut pas savoir si les francs-maçons concernés sont en désaccord, s’ils appartiennent à des obédiences différentes, s’ils n’ont aucune action commune, s’ils agissent comme citoyens selon leurs convictions propres. La nuance gêne le récit. Le soupçon a besoin d’un bloc.

La question des élites renvoie aussi à une crise démocratique plus large. Lorsque les citoyens ont le sentiment que les décisions se prennent loin d’eux, que les responsables circulent dans les mêmes milieux, que les institutions deviennent opaques, que le langage public se coupe de l’expérience vécue, la franc-maçonnerie peut être désignée comme un nom commode de cette distance. Elle devient moins une réalité observée qu’un symbole de la dépossession. Le problème réel est celui de la confiance. L’antimaçonnisme lui donne une réponse fausse.

Une réponse exigeante

La réponse doit être exigeante. Il faut accepter d’interroger les pratiques sociales, les réseaux, les risques d’entre-soi et la manière dont toute institution peut être perçue depuis l’extérieur. Refuser l’antimaçonnisme ne signifie pas nier les questions qu’il détourne. Mais il faut refuser de faire du Temple une machine invisible. La vraie critique éclaire les mécanismes. Le complotisme les obscurcit. La critique demande des faits, des cas, des responsabilités. Le soupçon transforme une appartenance en culpabilité.

La franc-maçonnerie, si elle veut répondre dignement à cette accusation, doit tenir ensemble deux exigences. D’une part, rappeler que l’idéal initiatique n’a rien à voir avec la conquête du pouvoir. D’autre part, veiller à ce que la fraternité ne soit jamais dévoyée en solidarité d’intérêts. Car la caricature prospère là où les pratiques deviennent ambiguës. La meilleure réponse à l’accusation d’élitisme occulte n’est pas seulement la protestation. C’est une éthique stricte de la fraternité. Dans une perspective initiatique, l’élite véritable ne se mesure pas au rang social. Elle se mesure à l’effort intérieur. Une loge digne de ce nom ne devrait pas fabriquer des puissants plus puissants, mais des hommes plus responsables. Elle ne devrait pas flatter les positions acquises, mais rappeler à chacun sa pierre brute. Le haut placé du monde profane ne franchit pas le seuil pour être confirmé dans son importance. Il y entre pour apprendre à se dépouiller.

C’est précisément cette inversion que l’antimaçonnisme ne comprend pas ou ne veut pas comprendre. Il imagine la loge comme un salon de domination. L’initiation la pense comme un atelier de rectification. Entre ces deux images se joue une part importante de la bataille symbolique contemporaine. La franc-maçonnerie sera toujours soupçonnée d’élitisme tant qu’elle sera associée aux sphères du pouvoir. Elle ne pourra répondre qu’en montrant que sa véritable exigence n’est pas de gouverner les autres, mais de se gouverner soi-même.

Voir aussi : Réseaux, Pouvoir, Double appartenance, État profond, Complotisme.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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