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Édouard Drumont occupe une place centrale dans la formation de l’antisémitisme politique français moderne et, par extension, dans l’histoire du judéo-maçonnisme. Avec La France juive, publiée en 1886, il impose dans l’espace public une vision obsédée par la désignation du Juif comme ennemi intérieur, puissance supposée de l’argent, de la presse, de la République et des transformations modernes. Son œuvre ne relève pas seulement de la polémique. Elle donne une forme populaire, agressive et durable à une haine qui cherche des noms, des listes, des figures et des coupables.
Antisémitisme et antimaçonnisme liés

Chez Édouard Drumont, l’antisémitisme et l’antimaçonnisme ne demeurent pas longtemps séparés. Les Juifs, les francs-maçons, la République parlementaire, le capitalisme corrupteur et les élites jugées déracinées appartiennent à une même géographie de l’accusation. La Libre Parole, journal qu’il fonde en 1892, devient l’un des organes majeurs de cette agitation. Elle transforme la haine en rendez-vous quotidien, en formule, en campagne, en climat. Le soupçon cesse alors d’être seulement un discours de livres. Il devient une pratique de presse.
La force d’Édouard Drumont tient à sa capacité de vulgarisation pamphlétaire. Il simplifie, désigne, dramatise. Il donne à une société inquiète un ennemi commode. Dans cette mécanique, la franc-maçonnerie devient l’un des relais supposés de la puissance juive, tandis que le judaïsme est associé au secret, à l’argent, à la subversion et à la République. L’amalgame fonctionne parce qu’il paraît offrir une explication totale à des mutations politiques, sociales et culturelles beaucoup plus complexes.
Édouard Drumont est donc un jalon essentiel de la langue judéo-maçonnique. Il prépare la fusion des haines qui traversera l’affaire Revue Dreyfus, les ligues antisémites, l’Action française, la internationale des sociétés secrètes et Vichy. Il ne faut pas le lire comme un polémiste isolé, mais comme l’un des artisans d’un imaginaire durable où l’histoire n’est plus interrogée dans ses causes, mais ramenée à des coupables. Là où la République promet l’égalité des citoyens, Édouard Drumont réintroduit le poison de la race, de l’origine et du soupçon.
Voir aussi : Antisémitisme, Judéo-maçonnisme, La Libre Parole, Affaire Dreyfus, Ligues antisémites et antimaçonniques.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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