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L’affaire Morgan, en 1826, constitue l’un des moments fondateurs de l’antimaçonnisme moderne dans le monde anglophone. William Morgan, né en 1774 et disparu en septembre 1826 près de Batavia, dans l’État de New York, avait annoncé son intention de publier un ouvrage révélant les secrets maçonniques. Sa disparition, jamais entièrement élucidée, provoqua une onde de choc considérable et nourrit l’idée que les francs-maçons auraient fait taire l’un des leurs pour empêcher la divulgation des rites.
Un fait divers devenu mythe fondateur

L’affaire devint rapidement beaucoup plus qu’un fait divers.
Elle cristallisa des peurs déjà présentes dans la société américaine, peur des sociétés secrètes, peur des élites, peur des réseaux d’influence, peur d’une fraternité capable de primer sur la loi républicaine. Elle donna naissance à un mouvement politique organisé, puis au Parti antimaçonnique, premier grand tiers parti de l’histoire électorale américaine, actif surtout dans les années 1820 et 1830.
L’importance de cette affaire tient à sa puissance matricielle. Le récit est simple, dramatique, durable. Un homme veut révéler. Il disparaît. Le secret devient suspect. La fraternité devient menace. La loge devient pouvoir parallèle. Toute la grammaire du soupçon antimaçonnique moderne se trouve déjà là.
Voir aussi : William Morgan, Parti antimaçonnique, Secret maçonnique, Preuves impossibles, États-Unis.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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