La morte-saison maçonnique, ou l’art de survivre à la fermeture estivale

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Ça y est. On y est.

La dernière tenue est derrière nous, le maillet a frappé pour la dernière fois, les colonnes se sont inclinées et le Vénérable a prononcé le mot fatal : « La Loge est au repos jusqu’en septembre. » Et là… plus rien. Le silence. Le vide abyssal. Le néant. Finis les mails à 23h47 pour savoir si on prend du jambon-beurre ou du saumon-fenouil pour le banquet. Terminées les discussions passionnées sur le sens du mot « régularité » qui durent trois heures et demie.

Plus de tenues où l’on passe deux heures à débattre pour savoir si l’on va voter à main levée ou par boules. Le temple est vide, les chaises sont rangées, et le buffet de l’agape n’est plus qu’un lointain souvenir. Et nous, pauvres mortels, nous nous retrouvons seuls face à nous-mêmes. Sans rituel. Sans frère. Sans sœur. Sans justification existentielle du mercredi soir.

C’est le grand drame de l’été maçonnique : la Loge est morte, et nous avec.

Le Vénérable, lui, tient le coup. On le voit sur les réseaux, stoïque, presque serein. Il a trouvé sa bouée de sauvetage : 450.fm, le dernier et seul journal maçonnique qui reste en veille 24h/24 toute l’année. Les Soeurs et les Frères errent lamentablement entre la plage et le barbecue, Le vénérable, lui, se plonge dans les articles avec la dévotion d’un apprenti devant son tableau de loge. C’est son Prozac éditorial. Sa madeleine de Proust symbolique. Son seul lien avec la civilisation pendant que le reste du troupeau se disperse aux quatre vents.

Parce qu’il faut bien l’avouer : hors Loge, beaucoup de frères et sœurs sont… disons… un peu perdus. On se rend compte que notre vie sociale, pour une bonne partie, reposait sur ces trois heures mensuelles où l’on pouvait enfin parler sans que le conjoint lève les yeux au ciel. Maintenant, on se retrouve à devoir faire la conversation avec des profanes qui, eux, ne comprennent toujours pas pourquoi on dit « à l’Orient » au lieu de « à l’est ».

C’est cruel. On passe de « Frère Untel, vous avez la parole » à « Chéri, tu peux sortir la poubelle ? ». Le choc culturel est violent.

La Loge est en vacances

Alors oui, on essaie de se raccrocher à des choses. Certains organisent des « agapes estivales » qui finissent en apéro-saucisson à 34 degrés à l’ombre car c’est la 3e canicule de cette année. D’autres relisent pour la septième fois La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes en espérant que, cette fois, ils vont enfin tout comprendre. Les plus désespérés vont jusqu’à liker des publications maçonniques sur Facebook en plein mois d’août. On tombe bien bas.

Et pendant ce temps, le Vénérable, serein, envoie régulièrement le lien d’un article de 450.fm avec ce petit commentaire laconique :

« Tiens, ça te fera du bien. » Sous-entendu : « Arrête de déprimer, reprends-toi, la Maçonnerie continue, même quand la Loge est fermée. »

Parce qu’au fond, c’est ça le cynisme de la chose : on passe dix mois à se plaindre des tenues trop longues, des débats stériles et des agapes trop chères… et dès que la Loge ferme, on se met à déprimer comme si on nous avait retiré un organe vital.

L’être humain est décidément un animal étrange, surtout quand il est maçon.

Alors profitons de cette morte-saison pour ce qu’elle est : une épreuve initiatique comme une autre. Une façon de vérifier si notre maçonnerie tient encore debout quand il n’y a plus ni maillet, ni cordon, ni tableau de loge. Et si jamais le vide devient trop insupportable, il reste toujours 450.fm :

  • Le dernier bastion.
  • La bouée.
  • Le phare dans la nuit estivale.

Merci aux chroniqueurs qui restent sur le pont durant l’été. Sans eux, on serait vraiment orphelins. Allez, courage mes frères et mes sœurs…

On se retrouve en septembre, avec un peu de chance, encore vivants. Et surtout, n’oubliez pas : même au repos, la Loge continue… dans nos têtes et nos coeurs.

(Enfin, espérons-le.)

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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