mar 27 janvier 2026 - 02:01

B comme Bleu en Franc-maçonnerie

Le terme « Bleu » occupe une place emblématique dans le vocabulaire de la Franc-maçonnerie, désignant principalement la « Maçonnerie Bleue », qui englobe les trois premiers grades symboliques : Apprenti, Compagnon et Maître. Comme vous l’avez indiqué, on parle également de « Loges Bleues » ou « Loges Symboliques » pour qualifier les ateliers (loges) travaillant à ces degrés fondamentaux. Cette appellation n’est pas anodine ; elle évoque une tradition rituelle, une symbolique chromatique et une structure hiérarchique qui distinguent ces grades des « hauts grades » ou « Maçonnerie Rouge » (comme les rites capitulaires ou philosophiques).

Loge du GODF La Rochelle. (Crédit photo Hugo Marsault – Journaliste pour France Bleu)

Le Bleu représente les bases initiatiques de l’ordre, où le maçon forge ses outils spirituels avant d’accéder à des degrés plus ésotériques. Ce texte vise à explorer de manière exhaustive sa définition, ses origines, ses implications rituelles, ses variations et son symbolisme profond, en s’inscrivant dans la richesse de la tradition maçonnique.

Définition et contexte général

En Franc-maçonnerie, « Bleu » est un adjectif qualificatif appliqué à la maçonnerie des trois premiers grades, formant le socle de l’initiation. La « Maçonnerie Bleue » est synonyme de « Maçonnerie Symbolique » ou « Maçonnerie des Anciens Devoirs », car elle se concentre sur les symboles opératifs (issus des métiers de la construction) transposés en enseignements philosophiques et moraux. Les Loges Bleues sont les ateliers qui opèrent exclusivement ou principalement à ces niveaux, par opposition aux chapitres ou conseils des hauts grades, souvent qualifiés de « Rouges » en raison de leurs décorations et cordons écarlates.

Les symboles sont légion dans une loge maçonnique : tenues traditionnelles, formes géométriques, carrelage à damier … ©Le Journal des Sables

Cette distinction est essentielle : la Maçonnerie Bleue constitue le tronc commun obligatoire pour tout maçon, quel que soit le rite pratiqué. Elle est accessible à tous les initiés et représente environ 80-90 % des activités maçonniques dans la plupart des obédiences. Le terme « Bleu » s’étend aux éléments rituels : les cordons bleus portés par les maçons de ces grades, les décors de loge (voûte étoilée bleue, tapis bleu), et même les « tenues bleues » (réunions aux grades symboliques). Elle symbolise l’humilité, la pureté et l’élévation spirituelle, contrastant avec les teintes plus ardentes des degrés supérieurs, qui évoquent la passion ou la transcendance.

Dans un contexte plus large, la Maçonnerie Bleue est vue comme le « cœur » de l’ordre, où s’apprennent les vertus cardinales : Sagesse, Force et Beauté. Elle est ouverte à une interprétation large, permettant aux maçons de diverses convictions (déistes, agnostiques ou athées, selon les obédiences) de s’y épanouir sans dogmatisme.

Étymologie et Origines Historiques

Le mot « Bleu » en maçonnerie tire son origine de la symbolique chromatique héritée des traditions médiévales et des Lumières. Étymologiquement, « bleu » provient du francique « blāo » (brillant, pâle), évoluant en français pour signifier la couleur du ciel, de la mer ou de la royauté (comme le « bleu royal »). En maçonnerie opérative (médiévale), les corporations de bâtisseurs utilisaient des couleurs pour distinguer les rangs : le bleu, associé à la voûte céleste, symbolisait l’aspiration divine dans la construction des cathédrales.

L’appellation « Maçonnerie Bleue » émerge formellement au XVIIIe siècle, avec la fondation de la Grande Loge d’Angleterre en 1717. Les Constitutions d’Anderson (1723) posent les bases des trois grades symboliques, sans explicitement nommer le « Bleu », mais les rituels anglais d’Émulation (début XIXe) introduisent des décorations bleues pour ces degrés. En France, après la Révolution, le Grand Orient de France (GODF) adopte cette nomenclature pour différencier les loges symboliques des hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), importés d’Amérique via Étienne Morin au XVIIIe siècle.

Historiquement, cette couleur s’inspire de traditions ésotériques : dans l’alchimie, le bleu représente la phase de putréfaction ou de spiritualisation ; dans la kabbale, il évoque la miséricorde divine (Chesed). Des influences royales sont aussi notables : le bleu était la couleur des Stuarts en Écosse, berceau de la maçonnerie spéculative, et des ordres chevaleresques comme la Jarretière (fondé en 1348, avec ruban bleu). Au XIXe siècle, avec la multiplication des rites, le Bleu devient un marqueur d’unité : les Loges Bleues servent de fondation commune, évitant les divisions entre obédiences régulières (déistes) et irrégulières (adogmatiques).

Description des Grades et Pratiques dans la Maçonnerie Bleue

La Maçonnerie Bleue se compose des trois grades symboliques, chacun avec ses rituels, symboles et enseignements spécifiques, tous marqués par la couleur bleue dans les décors et attributs.

  • Grade d’Apprenti (1er Degré) : Le néophyte entre dans la Maçonnerie Bleue par l’initiation, où il reçoit un tablier blanc bordé de bleu, symbolisant la pureté naissante. Les rituels insistent sur la pierre brute (l’homme profane) à tailler, avec des outils comme l’équerre et le compas disposés sur un tapis bleu. La loge est ornée d’une voûte étoilée bleue, représentant le ciel comme limite de l’ambition humaine. Les travaux portent sur l’humilité et la moralité basique.
  • Grade de Compagnon (2e Degré) : Élévation vers la connaissance, avec un cordon bleu plus élaboré. Les symboles incluent les cinq ordres d’architecture et les sens, enseignés dans un cadre bleu évoquant la stabilité océanique. Les tenues explorent les arts libéraux, préparant à la maîtrise.
  • Grade de Maître (3e Degré) : Culmination de la Maçonnerie Bleue, avec la légende d’Hiram (architecte du Temple de Salomon). Le bijou et le cordon bleus intègrent des éléments comme l’acacia (immortalité). Les rituels incluent la chambre du milieu, souvent décorée en bleu pour signifier la transcendance.

Les Loges Bleues se réunissent en « tenues symboliques », avec ouverture et fermeture rituelles : coups de maillet, batteries bleues (rythmes spécifiques aux grades), et invocations au Grand Architecte de l’Univers (GADU). Elles sont autonomes, mais rattachées à une obédience, et peuvent accueillir des visiteurs de même grade.

Variations selon les rites et obédiences

Le concept de Maçonnerie Bleue varie légèrement selon les rites, mais reste unitaire.

  • Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) : La Maçonnerie Bleue forme les trois premiers degrés des 33, avec des décors bleus inspirés des temples égyptiens ou salomoniens. Les loges symboliques sont la base pour accéder aux « ateliers de perfection » (rouges).
  • Rite Français : Plus laïque et républicain, les Loges Bleues mettent l’accent sur l’humanisme, avec bleu symbolisant la liberté. Au GODF, elles intègrent des débats sociétaux sans dogme religieux.
  • Rite Écossais Rectifié : Chrétien et chevaleresque, le Bleu évoque la pureté mariale, avec rituels influencés par Willermoz (XVIIIe siècle). Les grades symboliques préparent à une initiation mystique.
  • Rites Anglo-Saxons (York ou Émulation) : Strictement bleus pour les trois grades, avec reconnaissance mutuelle entre Grandes Loges régulières (UGLE). Le bleu royal domine, symbolisant la loyauté.

Dans les obédiences mixtes (comme Le Droit Humain) ou féminines (Grande Loge Féminine de France), la Maçonnerie Bleue est inclusive, adaptant les rituels sans altérer la symbolique bleue. Aux États-Unis, les Loges Bleues varient par État, mais restent fidèles aux trois degrés.

Symbolisme et significations profondes

Le Bleu en maçonnerie est riche en symbolisme : il représente l’infini (ciel), la fidélité (loyauté fraternelle), et la spiritualité (élévation vers le GADU). Chromatiiquement, il oppose le rouge (passion terrestre) : la Maçonnerie Bleue est le stade « froid » de réflexion, avant les feux des hauts grades. Ésotériquement, il évoque l’élément eau (purification initiatique), et dans la symbolique des couleurs, la sagesse (comme chez les Égyptiens, où le bleu lapis-lazuli ornait les tombes).Sur un plan philosophique, les Loges Bleues incarnent l’universalisme : elles unissent les maçons autour de symboles intemporels, transcendant les différences. Le bleu symbolise aussi la discrétion (couleur de l’ombre nocturne), rappelant le secret maçonnique. Pour les initiés, il invite à une quête intérieure : du bleu pâle de l’Apprenti (innocence) au bleu profond du Maître (profondeur spirituelle).

Conclusion

Le Bleu désigne l’essence fondatrice de la Franc-maçonnerie, structurant les trois grades symboliques comme un pilier de lumière et d’unité. Il incarne la tradition initiatique, reliant le maçon à une symbolique éternelle de pureté, de sagesse et de fraternité. Dans un glossaire maçonnique, il illustre comment une couleur devient un concept structurant, distinguant les bases de l’ordre de ses ramifications ésotériques.

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