jeu 22 janvier 2026 - 18:01

Existe t-il un wokisme maçonnique ?

Le terme « wokisme » (ou « wokeism » en anglais) désigne un mouvement social et culturel axé sur la sensibilisation aux injustices liées à la justice sociale, l’égalité raciale, de genre et environnementale. Il tire son origine de l’expression afro-américaine « stay woke » (« reste éveillé »), popularisée au XIXe siècle aux États-Unis pour alerter sur les discriminations raciales, et qui s’est élargie aux questions d’identité et de privilèges.

Souvent utilisé de manière péjorative par ses critiques, il est associé à des phénomènes comme la « cancel culture » (exclusion sociale pour des propos jugés offensants), l’intersectionnalité (analyse croisée des oppressions) et une remise en question des normes traditionnelles. Des penseurs comme Jean-François Braunstein le décrivent comme une « religion séculière » ou une « secte » imposant des dogmes rigides. D’autres y voient une « panique morale » exagérée par des conservateurs pour discréditer les avancées progressistes.

Existe-t-il un « wokisme maçonnique » ?

La question d’un « wokisme maçonnique » émerge dans des débats récents au sein et autour de la Franc-maçonnerie, particulièrement en France et au Québec, où la maçonnerie est souvent perçue comme une institution progressiste mais traditionnelle. Il n’existe pas de « wokisme maçonnique » en tant que mouvement officiel ou doctrine reconnue par les obédiences maçonniques. Cependant, des discussions et critiques existent, explorant des convergences ou des tensions entre les principes maçonniques (tolérance, égalité, fraternité) et les aspects perçus comme extrêmes du wokisme (comme la cancel culture ou l’identité victimitaire). Ces débats soulignent une fracture : d’un côté, une maçonnerie « progressiste » alignée sur des valeurs inclusives ; de l’autre, une vision plus conservatrice qui rejette le wokisme comme incompatible avec l’universalisme maçonnique.

Points de convergence potentiels

Michel Maffesoli
  • La Franc-maçonnerie, née au XVIIIe siècle des Lumières, promeut l’égalité et la lutte contre les discriminations, ce qui peut résonner avec le wokisme. Par exemple, des obédiences adogmatiques (comme le Grand Orient du Québec) explorent comment le wokisme pourrait s’aligner sur des principes maçonniques comme la justice sociale et l’égalité spirituelle/morale, tout en divergeant sur l’égalité sociale/économique. Dans un article du Grand Orient du Québec, une « planche » (exposé maçonnique) pose la question : « Le wokisme contient-il des principes contraires aux valeurs maçonniques ? », en soulignant des débats internes sur la cancel culture comme opposée à la tolérance maçonnique.
  • Certains observateurs, comme le sociologue Michel Maffesoli, critiquent un « wokisme sociétal et maçonnique » comme une universalisation de particularités (peau, sexe, genre), allant contre l’idéal maçonnique d’unité transcendante. Pourtant, des loges modernes intègrent des thèmes comme la diversité de genre ou l’antiracisme, ce qui pourrait être interprété comme « woke » par des critiques externes.

Points de divergence et critiques

  • De nombreux maçons et commentateurs rejettent l’idée d’un wokisme maçonnique, voyant la maçonnerie comme intrinsèquement « anti-woke » dans son aspect conservateur et rituel. La Franc-maçonnerie a un côté traditionnel qui résiste au wokisme, tout en reconnaissant des éléments progressistes. Un webinaire du Comité Laïcité République (lié à des cercles maçonniques) qualifie le wokisme d’« obscurantisme » à combattre, car il imposerait des excès sous couvert d’inclusivité, comparables aux extrêmes droites.
  • Sur les réseaux, des satires comme le dessin de Jissey sur 450.fm moquent un « wokisme et Franc-maçonnerie » où « le compas danse le Woke’n’Roll », soulignant l’absurde potentiel d’une fusion entre rituels anciens et idéologies modernes. Des posts sur X critiquent le wokisme en général comme un « totalitarisme » ou une « idéologie immorale », sans lien direct à la maçonnerie, mais impliquant que des institutions traditionnelles comme elle pourraient être infiltrées ou influencées.

Contexte plus large

Ces débats s’inscrivent dans une polarisation plus générale en France, où le wokisme est souvent vu comme importé des États-Unis et critiqué par des intellectuels (comme Marcuse ou l’École de Francfort influençant le postmodernisme). Dans la maçonnerie, qui compte des obédiences libérales et conservatrices, le wokisme n’est pas une doctrine unifiée mais un sujet de « planches » et de réflexions internes. Par exemple, Maffesoli parle d’une « perte de l’idéal maçonnique » liée à des tendances wokistes qui particularisent au lieu d’universaliser.

En résumé, un « wokisme maçonnique » n’existe pas formellement, mais il fait l’objet de débats vifs au sein de la communauté maçonnique, avec des vues équilibrées entre adoption partielle de ses idées progressistes et rejet de ses excès perçus comme contraires à la tolérance et à l’universalisme maçonniques. Ces discussions reflètent des tensions sociétales plus larges, sans consensus clair.

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Pierre d’Allergida
Pierre d’Allergida
Pierre d'Allergida, dont l'adhésion à la Franc-Maçonnerie remonte au début des années 1970, a occupé toutes les fonctions au sein de sa Respectable Loge Initialement attiré par les idéaux de fraternité, de liberté et d'égalité, il est aussi reconnu pour avoir modernisé les pratiques rituelles et encouragé le dialogue interconfessionnel. Il pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et en a gravi tous les degrés.

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