Ou comment dompter son lion intérieur
Le Rappel de l’Aventure : la quête initiatique dont vous êtes le héros

La force, tarot Oswald Wirth. Où en sommes-nous, chers amis voyageurs ? Nous avons survécu au vertige de La Roue de Fortune (X). Nous avons compris que le destin était une machine implacable, mais qu’il fallait avoir le courage d’en saisir la manivelle pour ne pas être broyé. Vous avez saisi cette manivelle. Vous avez pris la décision. La mécanique s’efface maintenant et disparaît. Nous retrouvons l’humain, bien vivant. Mais saisir son destin demande une énergie colossale. Vous voilà devenus la source même de cette énergie. Vous incarnez… La Force.
Le Billet d’Humeur : L’épreuve de la panne (ou le calme triomphant)

On imagine souvent la Force comme un guerrier terrassant un monstre. Quelle erreur ! La vraie Force est celle qui sourit face à l’épreuve. Mon expérience de la maîtrise du Lion tient dans une anecdote de vacances qui aurait pu tourner au cauchemar. Imaginez : un tour de la péninsule ibérique en famille, la voiture chargée à bloc, les hôtels réservés… et la panne mécanique à deux encablures de la frontière. C’est là que le Lion rugit : la panique, la colère, le sentiment d’injustice, la peur de tout perdre. Pourtant, j’ai ressenti cette étrange satisfaction intérieure : celle de rester calme. J’ai affronté un par un les problèmes (l’assurance, le garagiste, l’hébergement) avec sérénité. Je n’ai pas « tué » le problème, je l’ai géré. Le résultat ? Ces deux jours d’arrêt forcé dans un lieu inconnu sont devenus une source de découvertes et d’imprévus joyeux. Des années plus tard, on en parle comme d’une belle expérience.
C’est cela, la leçon de l’Arcane XI : quand on maîtrise le Lion (l’épreuve) sans violence, il devient notre allié et nous porte plus loin que prévu. Certes, il s’agit d’un événement très concret et matériel, mais il faut comprendre que les archétypes que nous étudions dans les cartes ne sont pas uniquement théoriques : ils se concrétisent au quotidien.
La Problématique : Ouvrir ou fermer la gueule ? (Le retour du Bateleur)

Regardez cette femme. Elle est seule, sans armure, sans épée. Elle pose ses mains nues sur la gueule d’un lion. La question éternelle est : Est-elle en train de l’ouvrir ou de la fermer ? En réalité, peu importe. Ce qui compte, c’est sa maîtrise.
Observez son chapeau : ce signe de l’infini nous rappelle quelqu’un… C’est le Bateleur (I) ! Mais quel chemin parcouru depuis la première carte. Le jeune novice masculin qui jouait avec ses outils/éléments sur une table a mûri. Il a intégré sa part féminine pour atteindre une forme de maîtrise supérieure. Il n’a plus besoin de sa baguette magique : sa volonté seule suffit désormais. Telle un Chevalier Jedi qui a terminé sa formation, notre héros ne compte plus sur ses « trucs » de magicien mais utilise « la Force » directement. Il a compris que la vraie puissance n’est pas l’agression, mais une connexion mentale et spirituelle.
Le Lion représente nos pulsions, nos instincts, notre colère, mais aussi notre vitalité brute.
Si vous tuez le lion (répression totale), vous devenez un être sans énergie, apathique.Si vous laissez le lion vous dévorer (colère incontrôlée), vous vous détruisez.La Force est l’art de la canalisation. C’est la « douceur invincible » qui permet d’utiliser l’énergie brute de la bête pour accomplir sa volonté.
Focus Maçonnique : Vaincre ses passions

En Loge, cet arcane résonne puissamment avec l’un des premiers devoirs du Maçon : « Vaincre ses passions ». Mais attention au sens des mots. « Vaincre » ne veut pas dire anéantir. Le Maçon ne doit pas être un être sans émotion. Il doit être celui qui « tient la gueule du lion ». C’est l’image parfaite de la parole en Loge : on a envie de réagir, de couper la parole, de s’emporter (le lion veut rugir). Mais la discipline maçonnique (la femme) retient cette énergie, l’affine, et ne laisse sortir la parole que lorsqu’elle est juste et nécessaire. La Force est aussi l’un des trois piliers du Temple (avec Sagesse et Beauté). Elle est la stabilité morale qui permet à l’édifice de tenir, même quand le sol tremble (comme lors de ma panne de voiture).
L’Analyse Mystérieuse (Ce que le miroir reflète sans tout dévoiler)
Dans Le Tarot miroir des symboles, nous regardons au-delà de l’image.
La Main qui prend : La Lettre Kaph (כ)

L’Arcane XI est associé à la lettre hébraïque Kaph. Elle représente la paume de la main, le creux capable de contenir, de saisir, ou de mouler. C’est exactement le geste de la femme sur la carte : elle ne frappe pas, elle « saisit », elle contient. Le Kaph est l’outil qui permet de canaliser l’énergie divine pour lui donner une forme concrète.
L’Archétype de Propp : L’Épreuve Qualifiante
Dans la morphologie du conte, après avoir reçu sa mission (Roue de Fortune), le Héros subit souvent une première épreuve pour prouver sa valeur avant le grand combat final. C’est l’affrontement contre le gardien ou la bête. En maîtrisant le Lion, le Héros prouve qu’il a la « Force » morale pour continuer. Il acquiert son statut de Maître de l’aventure.
Le Miroir Brisé : Le Pendu (XII)
Qui fait face à la Force (XI) dans le grand miroir du Tarot (la somme faisant 23) ? C’est Le Pendu (XII). C’est l’opposition la plus totale et la plus belle du jeu :
La Force (XI) est debout, active, elle agit sur l’autre (le lion), elle maîtrise par la volonté.
Le Pendu (XII) est inversé, passif, il n’agit plus, il accepte, il maîtrise par le non-agir.
La Force est la puissance de l’Ego qui se tient droit ; Le Pendu sera le sacrifice de l’Ego qui accepte de voir le monde à l’envers. L’un ne va pas sans l’autre.

En Aparté : La Mi-Temps du Grand Jeu (Des Sphères aux Sentiers)
Faisons ici une pause structurelle majeure, car nous sommes à un tournant exact.
Avec le numéro XI (11), nous sommes arrivés à la moitié précise des 22 Arcanes Majeurs.
Le Sommet de la Colline : Les 11 premières cartes (du Bateleur à la Force) ont servi à construire votre personnalité, votre ego, votre ancrage dans le monde matériel. Vous êtes désormais au sommet de votre puissance « solaire » et active.
Le Basculement à venir : Regardez ce qui arrive après. L’Arcane XII est le Pendu. Nous allons basculer. Le monde va se renverser. Après la maîtrise de la Force, il faudra apprendre le lâcher-prise. Nous allons passer du monde de l’action au monde de l’esprit, de l’extérieur vers l’intérieur. C’est le début du « Retour ».
Une révélation sur l’Arbre de Vie (La Kabbale) : Jusqu’à présent, nous avons souvent associé les cartes aux Sephiroth (les 10 sphères d’énergie comme Malkuth ou Keter). Mais le Tarot comporte 22 Arcanes Majeurs. Or, dans la tradition kabbalistique, il y a 22 Sentiers (ou Chemins) qui relient les 10 Sephiroth entre elles. À partir de maintenant, comprenez que les cartes ne sont pas seulement des « étapes » statiques, mais des Chemins. La Force n’est pas un lieu où l’on s’arrête, c’est le mouvement, le « fluide » qui circule entre la Justice (Rigueur) et la Miséricorde. Le Tarot est le GPS de votre âme sur ces sentiers complexes.
Conclusion
La Force est la carte de la confiance absolue. Pas celle qui dit « je vais tout écraser », mais celle qui dit « je peux tout affronter ».

Vous avez dompté la bête. Vous êtes au sommet de votre puissance, debout, calme, maître de vos passions. Mais ne vous y trompez pas : cette maîtrise n’est pas une fin en soi, c’est une préparation. Si l’Initiation vous donne aujourd’hui cette puissance, c’est parce que l’étape suivante va exiger de vous bien plus que des muscles.
Profitez de cet instant de verticalité triomphante, car pour monter plus haut vers le ciel, il va falloir accepter paradoxalement de perdre pied. On ne peut s’abandonner (Le Pendu) que si l’on s’est d’abord possédé pleinement (La Force).
Le lion est calme ? La volonté est solide ? Alors, respirez une dernière fois l’air des sommets, car vous êtes prêts à voir le monde sous un tout autre angle avec l’Arcane XII.
La Force a dit : « Je ne tue pas la colère, je l’invite à ma table et je lui apprends à manger avec des couverts. Car sa faim est mon énergie. »
