Devenir plus intelligent grâce à la Franc-maçonnerie… mais c’est pas gagné

Dans un monde obsédé par le quotient intellectuel (QI), qui mesure souvent une intelligence étroite et linéaire, les travaux de Howard Gardner, psychologue américain, ont révolutionné notre compréhension de l’intelligence humaine. Dans son ouvrage fondateur Théorie des intelligences multiples, publié en 1983, Gardner propose que l’intelligence ne soit pas une entité unique, mais un ensemble de capacités distinctes et autonomes, influencées par l’hérédité et l’environnement.

Initialement, il identifie sept formes d’intelligence, auxquelles il ajoute plus tard une huitième (naturaliste) et suggère même une neuvième potentielle (existentielle).

Ces intelligences multiples – linguistique, logico-mathématique, spatiale, musicale, corporelle-kinesthésique, interpersonnelle, intrapersonnelle et naturaliste – nous invitent à voir l’intelligence comme un spectre diversifié, où chacun peut exceller dans des domaines variés.

Mais comment la Franc-maçonnerie, cette société initiatique aux rituels ancestraux et au symbolisme riche, s’inscrit-elle dans cette perspective ? Fondée sur des principes de travail intérieur, de fraternité et d’exploration symbolique, la Franc-maçonnerie offre un cadre propice au développement de ces intelligences multiples. À travers ses exercices sur le symbolisme, elle favorise l’abstraction, l’esprit de substitution et une meilleure maîtrise des passions, menant à une régulation émotionnelle accrue – des éléments qui résonnent directement avec les traits d’intelligence mis en lumière par des études inspirées de Gardner. Pourtant, comme le titre l’indique, ce n’est pas gagné d’avance : une pratique maçonnique maladroite peut au contraire émousser l’esprit critique et mener à une forme d’appauvrissement intellectuel. Explorons cela en détail.

Les intelligences multiples de Howard Gardner : un cadre pour comprendre le potentiel humain

Pour contextualiser, rappelons les sept intelligences originales proposées par Gardner en 1983, auxquelles s’ajoute la naturaliste en 1995 :

  1. Intelligence linguistique : La capacité à utiliser les mots efficacement, à l’oral ou à l’écrit. Elle se manifeste chez les écrivains, orateurs ou poètes, avec une sensibilité aux sons, rythmes et significations des mots.
  2. Intelligence logico-mathématique : L’aptitude à raisonner de manière abstraite, à résoudre des problèmes logiques et à manipuler des concepts numériques. Typique des scientifiques, mathématiciens ou ingénieurs.
  3. Intelligence spatiale : La visualisation mentale d’objets et d’espaces, utile pour les architectes, artistes ou navigateurs, impliquant la manipulation d’images et de patterns.
  4. Intelligence musicale : La sensibilité aux rythmes, tons, mélodies et timbres, chez les musiciens ou compositeurs.
  5. Intelligence corporelle-kinesthésique : Le contrôle du corps et des objets, avec précision et coordination, comme chez les athlètes, danseurs ou artisans.
  6. Intelligence interpersonnelle : La compréhension des émotions et motivations d’autrui, favorisant l’empathie et les relations sociales, chez les leaders ou thérapeutes.
  7. Intelligence intrapersonnelle : La connaissance de soi, la régulation émotionnelle et la réflexion introspective, essentielle pour l’auto-développement.

Et la huitième : Intelligence naturaliste, la reconnaissance et la classification des éléments naturels, chez les biologistes ou écologistes.

Ces intelligences ne sont pas figées ; elles peuvent se développer par l’expérience et la pratique.

C’est ici que la Franc-maçonnerie entre en jeu, en offrant un terrain fertile pour leur épanouissement.

Comment la Franc-maçonnerie développe les intelligences multiples

La Franc-maçonnerie n’est pas une simple association ; c’est une école de vie basée sur des rituels symboliques, des débats philosophiques et un travail constant sur soi. Ses exercices, centrés sur l’interprétation de symboles comme l’équerre, le compas ou la pierre brute, stimulent l’abstraction et l’esprit de substitution – c’est-à-dire la capacité à voir au-delà du littéral, à remplacer un concept par un autre pour en extraire une leçon profonde. Ce processus conduit naturellement à une meilleure maîtrise des passions, car il encourage l’introspection et la tempérance, des piliers maçonniques.

À la lumière des travaux de Gardner, voyons comment cela booste les intelligences :

  • Stimulation de l’intelligence linguistique et logico-mathématique via le symbolisme : Les tenues maçonniques impliquent des discours, des planches (exposés) et des débats. Interpréter un symbole comme le delta lumineux requiert une maîtrise des mots pour exprimer des idées abstraites, tout en appliquant une logique deductive pour relier des concepts. Cela développe l’abstraction, similaire à la résolution de puzzles mathématiques, et renforce l’esprit de substitution – remplacer un outil maçonnique par une vertu morale, par exemple.
  • Développement de l’intelligence spatiale et musicale : Les rituels maçonniques sont chorégraphiés, avec des mouvements précis dans l’espace du temple, stimulant la visualisation spatiale. De plus, la musique et les chants rituels éveillent l’intelligence musicale, aidant à percevoir les rythmes symboliques de la vie.
  • Renforcement des intelligences corporelle-kinesthésique et naturaliste : Bien que moins évidente, la Franc-maçonnerie encourage le travail manuel symbolique (tailler la pierre brute pour polir l’esprit) et une connexion à la nature via des allégories cosmiques, favorisant une conscience du corps et de l’environnement.
  • Amplification des intelligences interpersonnelle et intrapersonnelle : La fraternité maçonnique repose sur l’écoute et l’empathie, développant l’interpersonnelle. Mais c’est surtout l’intrapersonnelle qui brille : le chemin initiatique vise la maîtrise des passions, ce qui mène à une régulation émotionnelle supérieure. Comme le souligne un article de Psychologies Magazine, les personnes intelligentes maîtrisent mieux leur frustration en verbalisant leurs émotions négatives, ce qui booste l’intelligence émotionnelle – un aspect clé de l’intrapersonnelle. En Franc-maçonnerie, cela se traduit par des exercices introspectifs qui apprennent à transformer la colère en sagesse.

De même, un rapport sain à l’erreur est cultivé : l’initiation maçonnique voit les échecs comme des étapes d’apprentissage, encourageant l’auto-compassion et la résilience. Quant au trait surprenant de dire des injures, il pourrait s’apparenter à une libération verbale maîtrisée, bien que la Franc-maçonnerie prône plutôt la mesure dans le langage – un point où elle affine encore plus cette compétence.

En somme, la pratique maçonnique, en s’affranchissant du QI traditionnel, aligne parfaitement avec la vision de Gardner : elle décuple les forces individuelles par un travail holistique, rendant potentiellement « plus intelligent » en élargissant le spectre des capacités cognitives et émotionnelles.

Les risques : quand la Franc-maçonnerie rend plus idiot

Cependant, rien n’est automatique. Si la Franc-maçonnerie peut élever l’esprit, une pratique dévoyée peut au contraire l’appauvrir, menant à une forme d’idiotie – non pas au sens clinique, mais comme un rétrécissement intellectuel.

Ce chapitre explore ces pièges, pour souligner que l’intelligence n’est pas « gagnée » sans vigilance.

Premièrement, le risque de dogmatisme : les symboles maçonniques, s’ils sont interprétés de manière rigide sans esprit critique, peuvent mener à une fermeture d’esprit. Au lieu de développer l’abstraction, on tombe dans le littéralisme, limitant l’intelligence logico-mathématique et spatiale à des schémas préétablis qui conduisent au dogmatisme. Nous connaissons tous des Frères ou des Soeurs enfermés dans leurs convictions qui confirment que chaque tenue est destinée à renforcer et à rigidifier leurs œillères.

Gardner insiste sur la flexibilité des intelligences ; une loge dogmatique étouffe cela, rendant l’initié moins adaptable.

Deuxièmement, l’exclusion et le sectarisme : Bien que promouvant la fraternité, certaines obédiences peuvent favoriser un entre-soi élitiste, affaiblissant l’intelligence interpersonnelle. Au lieu d’empathie universelle, on cultive un biais de groupe, ignorant les perspectives extérieures – un piège qui contredit la multiplicité gardnérienne. Le piège des différences rituelles, obédientielles, hierarchiques, électives… conduit tout droit dans ce travers.

Troisièmement, le manque de pratique constructive : Si les rituels deviennent routiniers sans réflexion profonde, la maîtrise des passions reste superficielle. Au lieu de réguler la frustration, on réprime les émotions, menant à une intrapersonnelle défaillante. Comme dans l’article de Psychologies, un rapport malsain à l’erreur peut s’installer si les échecs initiatiques sont stigmatisés plutôt qu’analysés.

Enfin, le risque d’illusion ésotérique : Une focalisation excessive sur le mysticisme sans ancrage rationnel peut déconnecter de la réalité, affaiblissant l’intelligence naturaliste et logico-mathématique. Des études sur les sociétés secrètes montrent que sans équilibre, cela peut mener à des croyances irrationnelles, rendant « plus idiot » en isolant de la science et du monde. Certains nomment ce biais l’orgueil spirituel.

Pour éviter cela, une pratique intelligente implique ouverture, critique et application éthique des symboles.

La Franc-maçonnerie, bien menée, n’est pas une garantie d’intelligence accrue, mais un outil puissant – à condition de ne pas passer à côté de son essence constructive.

En conclusion, à la lumière de Gardner, la Franc-maçonnerie offre un chemin vers une intelligence élargie, via le symbolisme et la maîtrise de soi. Mais vigilance : sans intelligence dans la pratique, le risque est grand de stagner, voire de régresser.

L’intelligence, après tout, se cultive activement.

4 Commentaires

  1. Le fait d’être HPI, état déterminé par les outils que possède les neuropsy, test WAIS 4, est neurologique il s’agit d’un câblage différent, c’est physiologique au même titre qu’une personne qui a une jambe plus courte que l’autre. Le HPI témoigne d’une pensée arborescente à contrario de la pensée linéaire des neuro typiques. C’es également, souvent, accompagné d’autres traits neuro divergents ( TDAH, TDA, Autisme niveau 1, etc). Tout ceci n’a rien à voir avec l’intellect et le niveau de culture. Je suis d’accord avec le fait que la FM et la pratique approfondie du rituel et de l’étude des symboles et de notre rapport à ces derniers va révéler, affuter le FF ou la SS. Il faut savoir que les centres cultuels, les mouvements « spirituels » ont une sur représentation de profils atypiques. Bref … Pour ce qui est des dérives qui rendent idiot, l’effet de sectarisme et de dogmatisme vont bien ensemble, et sous souvent le fait d’un FF/SS charismatique et manipulateur et de vouloir substituer un égo personnel par un égo de groupe. Quand à l’illusion ésotérique, je pense qu’elle est la fille du manque de pratique et de méthodologie. Personnellement partisan d’une pratique cyclique des trois premiers Degrés et un approfondissement personnel plutôt que jalonné comme cela est proposé du 4 au 33, je regrette le manque de littérature sur des méthodologies d’étude des rituels et du symbolisme.

  2. En effet le concept d’obédience abrutit au travers du sectarisme, glorification puérile individuelle mais aussi collective. Elle aboutit à des comportements militants du niveau de supporters de foot.
    Pourtant, à la base, ç’aurait pu amener une variété constructive favorisant des progrès maçonniques.
    Si nous cherchons cet intelligence décrite dans l’article, il faut se débarrasser des directives profanes provenant de certaines obédiences.
    Alors, bien sûr, c’est une remise en cause de ce qui se prétend institution respectable, mais aussi pour chacun de nous savoir dépasser un conditionnement stérile… mais confortable.
    Il en va de l’avenir de la FM.

  3. Bonjour à tous, à vrai dire, je trouve ce rapport « intelligence – franc-maçonnerie » très curieux. Oui, il y a quelque chose qui me gêne dans cet article, sans trop savoir l’expliquer. Faut il être intelligent pour entrer en maçonnerie ? Non, il faut juste être libre et de bonnes mœurs. L’intelligence doit elle être un but pour le franc maçon ? Non, juste l’amour des autres et de la fraternité. Alors certes, l’étude des symboles apporte quelque chose au maçon, mais juste ce que sont cœur est capable de percevoir à un moment donné, pas son cerveau. C’est ça qui est à mon avis important: parler avec ses tripes en loges, pas avec ses méninges, donc parler vrai, vivre vrai. Une planche tracée par l’intelligence devient souvent une somme tirée de Wikipedia ou de livres à peine parcourus. La tenue devient alors très pénible, car placée sous le signe de l’ego. Je préfère généralement les planches tracées par le coeur, l’émotion, le ressenti, sans préméditation. C’est là à mon avis la seule manière d’aborder l’humain dans sa dimension la plus riche et la plus universelle.

  4. L’interview est très intéressante dans la mesure où elle place le Parent au centre du développement des facultés physique, psychique et intellectuelle de sa progéniture.
    Et ici, la Franc-maçonnerie est ce Parent par excellence qui offre un chemin de transformation intérieure et de développement des capacités psychique, mentale et spirituelle de l’impétrant via ses rituels et travaux.
    Dès lors que les conditions spatio-temporelles sont réunies, chaque individu s’éveille à sa propre connaissance de soi et partant des Dieux.

    Très respectueusement…

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Alice Dubois
Alice Dubois
Alice Dubois pratique depuis plus de 20 ans l’art royal en mixité. Elle est très engagée dans des œuvres philanthropiques et éducatives, promouvant les valeurs de fraternité, de charité et de recherche de la vérité. Elle participe activement aux activités de sa loge et contribue au dialogue et à l’échange d’idées sur des sujets philosophiques, éthiques et spirituels. En tant que membre d’une fraternité qui transcende les frontières culturelles et nationales, elle œuvre pour le progrès de l’humanité tout en poursuivant son propre développement personnel et spirituel.

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