L’actualité, avec la décision de l’Algérie de vouloir faire condamner la France pour crime colonialiste, est l’occasion de réexaminer le rôle des Francs-maçons dans la politique colonialiste de la France et aussi dans les autres empires coloniaux.
Si la Franc-maçonnerie avec son idéal de liberté a inspiré les révolutionnaires en particulier d’Amérique du Sud, certains de ses membres sont aussi accusés d’avoir soutenu le processus de colonisation forcée que les pays européens ont développé pendant des siècles.

De nombreux historiens sérieux et non partisans ont travaillé sur cette question.
Citons entre autres :

Charles Porset (1944–2011), co-auteur avec Cécile Ravauger de « Le monde maçonnique des Lumières. Europe-Amérique et colonies ». : Dictionnaire prosopographique, Paris, Honoré Champion, coll. « DR26 », 2013
Pierre-Yves Beaurepaire, co-auteur avec Katsumi Fukasawa et Benjamin J. Kaplan, de « Religious Interactions in Europe and the Mediterranean World. Coexistence and Dialogue from the Twelfth to the Twentieth Centuries », Abingdon, Routledge, 2017,
CLAUDE WAUTHIER, Journaliste, co-auteur avec Hervé Bourges de « Les cinquante Afrique », Le Seuil, Paris 1979

Jessica Harland-Jacobs, auteure de « Builders of Empire: Freemasons and British Imperialism, 1717–1927 » (University of North Carolina Press, 2007).
André Kervella auteur de « Le livre noir de la franc-maçonnerie : racisme et colonialisme » – Editions de la Tarente – 2025
Claude Gendre, auteur de « La Franc-Maçonnerie mère du colonialisme – Le cas du Vietnam » – 2011 – Editions L’Harmattan
Le temps n’est-il pas venu pour les obédiences impliquées de répondre en faisant la part des responsabilités ?
Comme toujours en matière d’histoire rien n’est simple
Pour revenir à l’Algérie, si de nombreuses loges et des personnalités politiques connues ont défendu l’ « Algérie française », d’autres se sont prononcés pour l’indépendance algérienne. Les anciens se souviennent combien le GODF était divisé.
S’il est clair que la Franc-maçonnerie n’a pas dans son rituel initial (le rite Emulation) de contenu laissant penser qu’elle soutient une conception colonialiste des relations internationales, on est bien obligé de constater que le caractère ouvertement chrétien des Constitutions d’Anderson et de nombreux rituels de hauts grades, la défense des croisades dans le REAA et la conception pseudo républicaine de vouloir émanciper les peuples sont des éléments conceptuels qui ont alimenté la défense du colonialisme.
Et puis, il y a toutes les « célébrités » qui n’ont pas toujours été très claires !
Pour ne parler que des français, qui aujourd’hui peut vanter l’appartenance maçonnique d’un Jules Ferry (1832-1893) et sa déclaration de 1885 « Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. » ?
Et Félix Faure (1841–1899) ? et Gaston Doumergue (1863–1937) ? et Émile Combes (1835–1921) ?
Que dire ?
Que faire ?
Se taire et raser les murs ?
Ou affirmer clairement les erreurs du passé et expliquer pourquoi ?
Il y aurait tant à dire sur ce sujet !
Pour aller plus loin



MTCF Alain,
Je comprends bien ton positionnement tant pour la repentance que pour la crédibilité.
Il me semble que l’ego est parfois à l’origine de beaucoup de bonnes intentions.
Je me dis que rares sont les personnes qui sont et fondées et demandeuses de repentance. En l’absence de demande particulière que penser de qui ferait spontanément repentance ? Le fait d’offrir la chose est-il perçu positivement ? Et plus encore est-il utile ? Et qui nourrît t’il réellement ?
Ne serait-ce pas préférable pour les bénéficiaires, les seuls concernés, de faire tabula rasa et de s’ autodéterminer ?
Considérer qu’ils sont dans l’attente est assez peu les considérer.
J’ai suffisamment confiance en l’humain et dans les peuples pour croire qu’ils sont capables de lâcher prise et de regarder l’avenir si nous ne leur donnons pas de raison de rester ancré dans le passé.
Bien fraternellement.
Concernant Jules Ferry, il est effectivement sidérant que, outre le fait de le mentionner à tout propos son appartenance maçonnique dont on devrait plutôt avoir honte, on le cite en exemple comme un grand républicain éclairé.
Pourquoi pas un humaniste? Alors qu’il a largement contribué, aux côtés des Versaillais, à écraser sauvagement la Commune de Paris au sein de laquelle combattaient nombre de Maçonnes et Maçons de renom.
Je suis prêt à lui pardonner – difficilement certes mais le pardon fait aussi partie de notre apprentissage – ses odieux propos racistes prononcés dans un contexte qui n’est pas celui d’aujourd’hui.
J’aimerais que l’on fasse le distinguo entre « colonial » et « colonialisme ». Je revendique mon statut de colonial puisque j’ai passé l’essentiel de mon existence dans nos ex-colonies mais je réfute celui de colonialiste qui m’est parfois attribué. Ce qui m’irrite profondément bien que là aussi je doive faire preuve de mansuétude car j’ai en face de moi des personnes qui ne connaissent strictement rien à l’Afrique, au cas particulier, et s’en tiennent à des stéréotypes.
J’ai été initié à Douala au milieu de Soeurs et de Frères avec qui j’étais en parfaite osmose, tout comme d’ailleurs avec l’essentiel des camerounais. Je ne peux nier que j’ai rencontré de vieux colonialistes.
Tout ceci étant dit, ce pan de notre histoire n’est pas le plus glorieux.
Merci MTCF Jean-Michel pour ce témoignage personnel ! Il est hors de question de culpabiliser celles et ceux qui ont pu volontairement ou non participer à un engagement de l’état colonial. Etre capable d’avoir un regard critique sur l’idéologie véhiculée est une leçon, souvent douloureuse. Fraternité !
« J’ai été initié à Douala au milieu de Soeurs et de Frères avec qui j’étais en parfaite osmose »
Mon TCF Jean Michel ,
100% en accord avec ton témoignage . Tu ne mentionnes pourtant pas quelle était la couleur de leur peau ?
Excuse la provocation , mais tu me connais …
La plus noble des vengeances, c’est de pardonner. Il ne me semble pas qu’un seul d’entre nous ait à se repentir pour l’action d’un autre, fut-ce son père, son fils ou son Frère. Les enfants ne sont pas responsables des crimes de leurs parents, encore moins coupables.
Plus que de vous repentir pour le compte des autres, envisagez MMTTCCFFSS de leur pardonner leurs actes.
Se repentir pour un autre, comme quoi que ce soit pour ou à la place d’un autre c’est vouloir tailler sa pierre à sa place.
Nous ne sauverons jamais personne par la repentance, seul celui qui pardonne se sauvera.
Appelons ceux-ci qui se considèrent les victimes alors que les actes ont touché leurs aïeux parfois très éloignés à pardonner, à s’extraire de la haine et à se mettre en route vers la liberté, à regarder devant et non derrière.
Je te rejoins MTCF Thierry sur cette approcher personnelle que nous devons avoir dans toute situation de conflit pour éviter de rentrer dans des règlements de comptes préjudiciables pour tous. Mais il y a la responsabilité collective qu’assument nos dirigeants suite à la filiation de l’autorité. Ce sont eux qui, au nom de l’autorité reçue, ont la responsabilité d’excuser, regretter, réparer les actes ou opinions répréhensibles contraires à notre idéal. Le silence contient toujours une part de caution ! Fraternité !
MTCF Alain
Loin de moi l’idée d’être silencieux, la parole doit éclairer.
La notion de responsabilité collective est difficile à appréhender et selon moi ne peut concerner que les membres d’une communauté vivants et présents lors des événements incriminés.
Élargir la responsabilité même partielle aux successeurs et parler de filiation revient à mon premier propos.
Sommes nous porteurs du péché originel du simple fait d’appartenir à l’humanité ?
Merci MTCF Thierry pour cette réflexion philosophique et aussi psychanalytique ! Je suis plus prosaïque et je me place sur le plan de la crédibilité. Comment être crédible si on ne se prononce pas sur « l’inventaire » ? Des millions d’êtres humains ont souffert dans leur chair du fait, en partie, de responsables politiques qui se réclamaient de notre idéal et nous n’aurions rien à dire ? Ce qu’un état est amené à faire, une obédience n’y serait pas tenue ? Fraternité !
Certains lecteurs s’offusquent de l’utilisation du terme « repentance ». J’ai utilisé ce terme pour une simple raison : dans une perspective historique, je suis convaincu que la franc-maçonnerie est porteuse de fraternité universelle ; mais pour que ce message soit crédible, il est indispensable de reconnaitre les erreurs du passé ! Cela a été fait en 2001 pour l’esclavagisme ! Aujourd’hui n’est il pas temps de le faire pour le colonialisme afin que notre démarche de Fraternité universelle ait un sens ? Fraternité !
Salut ! Bonjour e Bonne année!
La colonisation européenne fut un phénomène historique concret, né de la logique de puissance, de commerce et de technologie propre à son époque — ni rédemption, ni péché originel. La décolonisation a libéré juridiquement, mais a laissé derrière elle des structures fragiles. En affirmant que la colonisation “est” — et non qu’elle “fut” — un crime contre l’humanité, le discours ne se contente plus de juger le passé : il transforme l’histoire en une catégorie morale permanente, projetée sur les rapports de pouvoir contemporains. Quant au “colonialisme” dans le discours actuel, il ne décrit souvent plus un système historique précis ; il fonctionne comme une catégorie rhétorique et morale, parfois légitime, parfois abusive, fréquemment instrumentalisée à des fins de compensation symbolique, lesquelles contribuent peu à comprendre — et encore moins à résoudre — les dilemmes du présent.
Nous appartenons à un mouvement philosophique qui place le respect mutuel et la fraternité comme des références morales incontournables ! Cela ne veut-il pas dire que le bien et le mal peuvent être déterminés dans l’examen de notre Histoire ? Fraternité !
Je trouve que de nombreux » anciens colonises » pratiquent le 9eme degré du reaa …
Pour comprendre ta remarque, MTCF, il faut que les lecteurs aient une connaissance du symbolisme de ce grade. Ceci dit il y a dans tes propos une connotation désobligeante qui n’est pas acceptable parmi nous !