
Année maçonnique (ou Année de la Vraie Lumière)
Dans le glossaire de la Franc-maçonnerie, le terme Année maçonnique désigne le calendrier symbolique employé dans les rituels et la correspondance maçonnique, qui ajoute 4000 ans à l’année de l’ère vulgaire (calendrier grégorien ou julien). Ce système chronologique est également appelé Année de la Vraie Lumière (V.L. pour « Vraie Lumière » ou parfois A.L. pour Anno Lucis, « Année de la Lumière » en latin).

L’année maçonnique exprime une temporalité sacrée et symbolique, distincte du temps profane (noté E.V. pour « Ère Vulgaire » ou parfois A.D. pour Anno Domini). Elle ancre la franc-maçonnerie dans une filiation biblique et initiatique qui remonte à la création du monde, et non à la naissance du Christ.
Origines et fondement symbolique
Le chiffre 4000 provient d’une interprétation traditionnelle chrétienne et hébraïque de la chronologie biblique :

- Selon la chronologie de l’archevêque James Ussher (1650), la création du monde eut lieu en 4004 avant J.-C.
- D’autres calculs patristiques (saint Augustin, Eusèbe de Césarée) ou juifs (Seder Olam Rabbah) placent la création entre 3761 et 4004 av. J.-C.
- Les maçons du XVIIIe siècle, fortement influencés par la Bible et par les « Old Charges » médiévales (qui font remonter la maçonnerie à Adam et à la construction du Temple de Salomon), ont adopté cette datation approximative.
En franc-maçonnerie, l’année maçonnique commence donc 4000 ans avant l’ère vulgaire. Ainsi, l’année 2025 E.V. correspond à l’année 6025 V.L. (2025 + 4000 = 6025).
Cette addition de 4000 ans symbolise :

- La primauté de la Lumière maçonnique sur le temps profane.
- La continuité initiatique depuis la création du monde (le « Grand Architecte de l’Univers » ayant posé les bases de l’ordre cosmique).
- Le détachement du calendrier chrétien, tout en conservant une référence biblique (le maçon reste « fils de la Lumière » depuis l’origine).
Usage pratique dans les rituels et la vie maçonnique
Dans la plupart des obédiences régulières (anglaises, américaines, écossaises, etc.) et dans les loges traditionnelles françaises, l’année maçonnique est utilisée pour :

- Dater les convocations, les procès-verbaux et les planches.
- Inscrire les dates sur les diplômes, patentes et certificats.
- Marquer les tenues et les fêtes maçonniques.
Exemples :
- Une tenue du 22 décembre 2025 E.V. sera datée du 22 décembre 6025 V.L.
- Un diplôme d’initiation porté le 15 juin 2025 E.V. sera signé « au 15e jour du 6e mois de l’an 6025 V.L. »
La nouvelle année maçonnique commence généralement le 24 juin (fête de saint Jean-Baptiste, patron des maçons opératifs et spéculatifs), ou parfois le 1er janvier dans certaines obédiences. Le 24 juin marque la Saint-Jean d’été, qui est la date traditionnelle de l’élection des officiers et du renouvellement des loges.
Variations et exceptions

- Rite Écossais Ancien et Accepté : conserve généralement l’usage de l’année V.L. avec l’ajout de 4000 ans.
- Grand Orient de France (obédience laïque) : depuis la suppression de l’obligation de croire au Grand Architecte en 1877, certaines loges ont abandonné l’année maçonnique au profit du seul calendrier républicain ou grégorien. Cependant, beaucoup de loges du GODF continuent à l’utiliser par tradition.
- Obédiences très progressistes : certaines utilisent parfois l’Année de la République (depuis 1789), l’Année maçonnique républicaine ou simplement l’année vulgaire.
- Rites continentaux (France, Belgique, Italie) : l’année V.L. est encore très courante, même dans des obédiences mixtes ou féminines.
- Maçonnerie anglo-saxonne : usage quasi systématique de l’Anno Lucis (A.L.).
Symbolisme profond
L’année maçonnique incarne plusieurs niveaux de signification :
- Temporalité éternelle : le maçon vit dans un temps qui transcende l’histoire profane et rejoint l’éternité de la création.
- Initiation à la Lumière : l’ajout de 4000 ans rappelle que le maçon est « régénéré » et rattaché à la Lumière originelle.
- Distanciation du monde profane : le maçon sort du temps ordinaire pour entrer dans un temps sacré, parallèle et supérieur.
- Lien avec le Temple de Salomon : la chronologie biblique permet de situer la construction du Temple (vers 1000 av. J.-C.) dans une continuité directe depuis la création.
Formules courantes
- « Fait à l’Orient de [Ville], le [jour] du [mois] de l’an de la Vraie Lumière 6025 (2025 E.V.) »
- « Au grade de Compagnon, en l’an 6025 de la Vraie Lumière »
- « Élu le 24 juin 6025 V.L. »
En conclusion, l’Année maçonnique n’est pas seulement un artifice chronologique : elle est un acte de foi symbolique, une affirmation de l’identité maçonnique comme héritière d’une tradition immémoriale et d’une quête de Lumière ininterrompue depuis l’origine du monde. Elle sépare le profane du sacré, le temps linéaire du temps cyclique et éternel, et reste, plus de trois siècles après son adoption, l’un des marqueurs les plus vivants et les plus universels de la franc-maçonnerie.

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