mar 13 janvier 2026 - 19:01

Acacia : l’arbre qui fait de l’ombre au mystère

Voici un nouvel extrait du Dictionnaire malicieux du vocabulaire maçonnique, ouvrage à paraître en mars 2026 aux éditions Le compas dans l’œil. Comme le souligne André Saldinari dans sa préface : Ce texte, à la limite de la parodie, nous installe dans un observatoire hilare de la pensée maçonnique qui désigne et réinterprète  les fragments avec une logique de voyeur «naïf». Il désacralise sans jamais dénaturer et rend le propos accessible sans trahir la profondeur symbolique. (en précommande)

Acacia : l’arbre qui fait de l’ombre au mystère

L’acacia, ce n’est pas seulement un arbre qui pousse dans le désert avec un look torturé genre vieux rockeur des années 70. Son nom viendrait du grec a-kakos (α-κακόs), qui veut dire « sans méchanceté ». En gros, c’est l’arbre le plus chill du game, un véritable symbole d’innocence et de bonne vibe. Mais attends, ça va devenir bien plus épique.

Dans les mystères antiques, les plantes sacrées, c’était du sérieux : elles représentaient l’initiation, genre un ticket VIP pour la résurrection et l’immortalité de l’âme.
La Franc-maçonnerie, toujours dans le coup, a swappé le lotus, le lierre, le gui ou le myrte pour l’acacia, parce que ? Pourquoi pas ?
En Égypte, c’était l’érica (la bruyère) qui avait la cote. Dans les mystères d’Osiris, Isis trouve le corps de son chéri assassiné près d’une colline où pousse une bruyère. Après avoir ramené Osiris à la vie (pas mal, non ?), elle décrète : « Cette plante, c’est LA star des mystères. »  Merci Albert G. Mackey, pour ce brin d’explications : The Symbolism of Freemasonry, Chap. XXVIII ).

Branche d'acacia dans les mains sur tissu rouge
Branche d’acacia dans les mains sur tissu rouge

Pour les Égyptiens, l’acacia, ou isheddonneur de félicité »), était un arbre sacré. Thot et la déesse de l’écriture y griffonnaient les noms des pharaons pour leur filer prospérité et une longue vie. Son nom hiéroglyphique, shen, évoque l’éternité, comme un anneau sans fin (le genre de symbole qui ferait un super logo de marque). Fun fact : cet « acacia » était peut-être un cassia, un arbre à cannelle dont l’épice servait à l’embaumement. Donc, oui, l’acacia sentait bon la momie.

Dans le sarcophage d’Aménophys II, on a trouvé une branche d’acacia sur le corps, comme un clin d’œil post-mortem. Et lors des fêtes royales égyptiennes, une arche avec un acacia clamait : « Osiris s’élance. »  Traduction : la vie éternelle, c’est comme une graine qui pousse en arbre, prête à faire un comeback. Les Hébreux, pas en reste, ont aussi utilisé le bois d’acacia pour l’Arche d’Alliance, le Tabernacle et tout le mobilier sacré (Exode 25-38). Parce que, visiblement, l’acacia, c’est le bois IKEA du divin : solide, sacré et imputrescible.

Le Livre des Morts d’Ani (trouvé à Thèbes en 1887) va encore plus loin avec un hymne à Osiris qui dit : « Hommage à toi, ô seigneur de l’Acacia. »  

Ça sent le parallèle avec Hiram, le héros maçonnique, avatar d’Osiris. En gros, l’acacia, c’est le MVP des symboles initiatiques.

Mais l’acacia, c’est aussi un arbre multitâche. Les Égyptiens en faisaient des secrétaires à papyrus et des coffres à momies. Les Arabes lui vouaient un culte jusqu’à ce que Mahomet dise à Kaleb : « Stop, on coupe tout. »  (c’est bien mieux expliquer dans L’Initiation, 1981, n°2, p.72 ).

acacia
acacia

En sanskrit, on l’appelle saptaparnasept feuilles »), et en Israël, il s’appelle shittim ou sittâh, un arbre du désert avec un bois dur comme du métal et des épines qui ne rigolent pas. Les Bédouins en comptent cinq espèces, certaines proches du mimosa, d’autres bardées d’épines comme un hérisson végétal.

Le Mimosa c’est le pompon d’Or qui snobe le mal avec éclat. Le mimosa, cousin chic du genre acacia et membre de la bande des mimosées, est une star végétale avec environ 800 espèces recensées – et probablement 1200 si on creuse un peu. Ses petits pompons jaunes, des glomérules veloutés, s’accrochent directement à la tige comme des décorations de Noël, sans pédoncule, en mode sessile pour les botanistes branchés. Symbole de l’or et du soleil, le mimosa brille comme une médaille d’honneur. Avec son bois dur comme du béton, il incarne la vie qui triomphe, un vrai super-héros végétal qui ricane face aux forces du mal. En loge, c’est une image éclatante de victoire et de lumière, prête à illuminer les travaux maçonniques avec sa vibe solaire et son panache doré.

En Amérique latine, l’acacia est un vrai pionnier, colonisant les terrains vagues. Ses épines creuses sont des Airbnb pour fourmis, qui en échange jouent les bodyguards contre les prédateurs. C’est une bromance symbiotique : l’acacia est myrmécophyte, un mot qui mérite un point au Scrabble. Et quand un koudou vient grignoter ses feuilles, l’acacia envoie un SOS gazeux (éthylène) pour rendre ses feuilles toxiques. C’est l’équivalent végétal d’un « Dégage, mec. ».

Illustration d'acacia avec écriture au dessous
Illustration d’acacia avec écriture au dessous

Dans la Bible, l’acacia est cité 29 fois, surtout pour l’Arche d’Alliance et l’autel des sacrifices. Mais certains exégètes se demandent si le shittim biblique était vraiment un acacia ou un cèdre planté par des ancêtres.

Dans le Sinaï, on dit que l’acacia symbolise la mort (ses racines pompant toute l’eau) mais aussi l’immortalité, car son bois ne pourrit pas. En Inde et en Afrique, il est LE bois des rituels, surtout chez les Bambaras, où les anciens dormaient sur des lits d’acacia pour un billet aller-simple vers l’éternité.

Les bâtisseurs de cathédrales, fans de la Shekhina (la lumière divine), sculptaient des feuilles de saule, mais l’acacia a pris le relais en Maçonnerie comme rameau d’or, symbole d’innocence et de pureté. On dit même que la couronne d’épines du Christ était tressée avec ses branches, tout comme la croix (selon Le Recueil Précieux de la Maçonnerie Adonhiramite, 1787 ).

Et Hiram ? Sa tombe était ornée d’un rameau d’acacia, clin d’œil à son statut de légende maçonnique.

René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)
René Guénon, photographie de 1925 (à 38 ans)

René Guénon note que les plantes épineuses (rose, chardon, acacia) évoquent l’élévation et les rayons solaires. En hébreu, shita (acacia) vaut 314 en guématrie, comme Shaddaï, un nom divin. Coïncidence ? Je ne crois pas.
L’acacia, c’est un GPS mystique qui guide le maçon vers le Grand Architecte de l’Univers.

William Hutchinson, un maçon érudit, surnommait les francs-maçons les « Acaciens », et dans un tableau de 1753, Les mystères montrés ici sont ceux que seul un maçon peut connaître, Salomon trace le théorème de Pythagore pendant que Chronos, avec une faux, un ouroboros et… une branche d’acacia, fait un cameo dans les nuages. Classe, non ?

Mais plot twist : et si l’acacia n’était pas un arbre ? Certains pensent que c’est une déformation d’ascia, un outil de tailleur de pierre ou une herminette funéraire pour sceller les tombes. Avant Irénée, l’ascia était un emblème importé par les pythagoriciens… qu’ils auraient reçu des Esséniens (Nouvelles considérations sur l’ascia).
Samuel Prichard, en 1730, parle même de cassia dans Masonry Dissected.

Arbre ou outil, l’acacia reste le symbole du lien entre le visible et l’invisible, un pont vers l’immortalité. Alors, prêt à planter ton acacia intérieur pour un glow-up spirituel ?

Samuel Prichard – Crédit : freimaurer-wiki

Dans le Rituel de Stricte Observance Templière de 1774, on troque l’acacia pour la cassia – une plante sud-américaine, un arbuste avec des feuilles composées de 3 à 6 folioles, persistantes ou semi-persistantes. Mais ce glissement phonétique, c’est un peu comme remplacer une star par son cousin moins charismatique : la cassia n’a pas la même puissance symbolique que l’acacia, emblème de renaissance et d’immortalité en Maçonnerie.

Au Rite Français, dans la divulgation La Maçonnerie disséquée de Prichard (1730), Cassia prend une autre tournure : c’est carrément le nom de code pour désigner un Maître maçon. Un petit clin d’œil botanique pour reconnaître les initiés, mais sans la profondeur mystique de l’acacia – disons que la cassia fait le job, mais sans voler la vedette.

La branche d’acacia : le symbole maçonnique qui fait fleurir l’espoir… même sur une tombe

Les meurtriers d’Hiram, après leur sale coup, veulent faire disparaître son cadavre. D’abord, ils le planquent sous les décombres du crime, histoire de le déplacer plus tard dans un coin paumé où ils l’enterrent. Le roi Salomon envoie trois fois trois maîtres (neuf, pour les matheux.) à sa recherche. Après un long périple, ces détectives découvrent une tombe fraîchement creusée, marquée par une branche d’acacia – posée là par les mauvais compagnons pour repérer l’endroit et finir le boulot plus tard. Une autre version dit que ce sont les trois maîtres qui placent la branche sur la tombe pour la signaler. Le corps d’Hiram est en mode décomposition – pas jojo. – mais cette branche verte, couleur de l’espérance, semble crier : « Tout n’t fini, les amis. »

Elias Ashmole par John Riley

Comme le gui (Le Rameau d’Or de Frazer p. 652), le houx ou le sapin de Noël, l’acacia est une plante qui ne flanche pas face aux hivers rudes – un symbole de la pérennité de la vie et de l’immortalité.

Elias Ashmole (1617-1692), un des premiers maçons à témoigner de son appartenance dans ses mémoires, remplace l’antique palme d’Homère et Virgile – donnée aux « deux fois nés »  (naissance terrestre et spirituelle par initiation) – par une branche d’acacia. Un vrai relooking initiatique.

Pour les maçons, cette branche, plantée au milieu de la Loge de Maître, c’est un symbole de renaissance : une vie nouvelle qui surgit des cendres, un cycle de transformations, de devenir, de naissance, et de confiance en ce qui se trouve au-delà de la mort – un vrai message d’espoir vert. Le symbolisme végétal suit une progression aux trois premiers degrés : d’abord la grenade, avec sa chair qui protège les fruits ; puis les épis de blé, qui pourrissent pour redonner la vie (cycle biologique) ; et enfin l’acacia, qui incarne la connaissance et la renaissance spirituelle. Comme dit Isaïe 41:19 : « Je mettrai dans le désert le cèdre, l’acacia, le myrte et l’olivier, je mettrai dans les lieux stériles le cyprès, l’orme et le buis, tous ensemble »– une vraie forêt sacrée.

Les outils du maitre

Que ce soit une branche d’acacia, d’olivier, de myrte, ou une croix, c’est toujours le même symbole : une reconnaissance psychique. Papus le dit avec Ashmole et la Rose-Croix : « L’immortalité m’t connue. »  (La légende d’Hiram, Revue l’Initiation n°1, 1957, p. 12)

Bref, la branche d’acacia, c’est le symbole qui fait fleurir l’espoir sur la tombe d’Hiram, te rappelle que la vie continue, et te pousse à renaître – alors, prêt à planter ton acacia, ou juste à rêver d’une immortalité verte ?

L’Acacia m’est connu : le mot de passe qui branche sur l’éternel

Socrate

« L’acacia m’est connu » est une phrase qui claque comme un mot de passe VIP dans le club maçonnique, mais qui va bien plus loin qu’un simple sésame pour maîtres. Là où Socrate, avec son humilité philosophique, murmurait « je sais que je ne sais rien », cette formule est une affirmation audacieuse, un clin d’œil à une sagesse qui traverse les âges. L’acacia, ce bois sacré, n’est pas juste une plante pour herboristes mystiques : c’est un symbole qui connecte le maçon à un réseau cosmique et historique, un peu comme un câble USB reliant l’initié à des millénaires de récits.

L’Arche d’Alliance

En prononçant « l’acacia m’est connu », le maître maçon ne se contente pas de fanfaronner sur son grade. Non, il se branche sur un courant spirituel profond : il touche à la puissance de l’Arche d’Alliance, s’associe à la souffrance du Christ, redonne vie à Hiram, et flirte avec l’idée d’immortalité. C’est un raccourci symbolique vers l’histoire biblique – pensez aux cèdres et à l’acacia du Temple de Salomon – et la légende maçonnique, où l’acacia marque la tombe d’Hiram, signe de résurrection et de mémoire. Ce n’est pas juste un arbre, c’est un totem qui murmure des secrets d’éternité.

Mais soyons honnêtes : aujourd’hui, l’aspect christique de cette formule fait hausser les épaules à pas mal de maîtres. Les temps changent, et l’acacia, s’il reste une star du symbolisme maçonnique, parle désormais plus d’universalité et de quête intérieure que de couronne d’épines. C’est comme si le maçon disait : « OK, j’ai capté le message de l’arbre, je suis connecté à quelque chose de plus grand, mais pas besoin de me confesser pour autant ! »

Tout petit lexique pour parler en souriant comme un jeune franglais :

Bromance : mot-valise anglo-saxon créé dans les années 1990 fusionnant brother et romance, exprimant littéralement une relation forte entre deux ou plusieurs hommes, avec un niveau émotionnel élevé, les copains en somme.
Chill : se détendre, prendre du bon temps, se relaxer, profiter de l’instant, savourer le moment présent
Fun fact : anecdote
Glow-up : association de deux verbes anglais, To glow qui signifie briller et grow up : grandir. Glow up c’est donc s’améliorer en grandissant.
MVP : dans le cadre de la conception de produit, le minimum viable product (MVP), ou produit minimum viable en français, est la première version d’un produit, réalisée le plus tôt possible et à moindre frais]
Plot twist : moment de révélation complétement inattendu bouleversant l’intrigue.
Swapper : sauvegarder une partie de la mémoire centrale sur un périphérique de stockage pour la libérer pour utilisation par un programme qui en a besoin.
Vibe : ambiance, vibration

Si vous préférez le style plus « sérieux » jetez un coup d’œil et, même plus, lisez l’article déjà paru sur notre journal

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Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».
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