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La régularité est, en franc-maçonnerie, l’ensemble des critères qui permettent à une obédience d’être reconnue par d’autres comme légitime. Le mot recouvre une origine régulière, transmise par une Grande Loge elle-même reconnue, et le respect de principes jugés fondamentaux, les landmarks. Définie surtout par la Grande Loge Unie d’Angleterre, notamment dans ses principes de 1929, elle exige entre autres la croyance en un Être suprême, la présence du Livre sacré et l’exclusion des femmes. Elle divise depuis le XIXe siècle le paysage maçonnique mondial.
Régularité d’origine et régularité de pratique

Une loge est dite « juste et parfaite » lorsqu’elle réunit le nombre de membres requis, et « régulière » lorsqu’elle a été constituée par une autorité légitime, qui lui délivre une patente. Par extension, une Grande Loge est régulière d’origine si elle descend d’une Grande Loge déjà reconnue, ou de plusieurs loges régulières. Mais la régularité porte aussi sur la pratique : une obédience peut perdre sa reconnaissance si elle s’écarte des principes jugés essentiels.
Les landmarks
Le mot anglais landmark désigne une borne. Les Constitutions d’Anderson (1723) demandent de préserver les « anciens landmarks » sans en dresser la liste. Au XIXe siècle, plusieurs auteurs en proposent : la plus célèbre est celle de l’Américain Albert Mackey, qui en compte vingt-cinq en 1858. Aucune liste n’a jamais fait l’unanimité, ce qui explique que la régularité reste une question d’interprétation et de reconnaissance mutuelle.
Les principes de la Grande Loge Unie d’Angleterre
- Régularité d’origine : création par une Grande Loge régulière ou par au moins trois loges régulières.
- Croyance en un Être suprême, le Grand Architecte de l’Univers.
- Obligations prêtées sur le Volume de la Loi sacrée ou en sa présence.
- Présence des trois Grandes Lumières, Livre sacré, équerre et compas, lors des travaux.
- Recrutement exclusivement masculin, sans relations maçonniques avec des loges mixtes ou féminines.
- Souveraineté de la Grande Loge sur les loges de son ressort.
- Interdiction des discussions politiques et religieuses en loge.
Ces principes, formulés en 1929 et reformulés en 1989, servent de référence aux Grandes Loges qui se reconnaissent entre elles.
La fracture de 1877

En 1877, le Grand Orient de France supprime de sa constitution l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme, au nom de la liberté absolue de conscience. La Grande Loge Unie d’Angleterre lui retire alors sa reconnaissance. Cette rupture structure encore le paysage : d’un côté une maçonnerie dite régulière ou traditionnelle, de l’autre une maçonnerie dite libérale ou adogmatique. En France, la Grande Loge Nationale Française, fondée en 1913, est l’obédience reconnue par Londres.
Plusieurs conceptions de la régularité
Les obédiences non reconnues par Londres contestent l’idée que la régularité serait sa seule définition. Le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, le Droit Humain, la Grande Loge Féminine de France ou d’autres obédiences mixtes revendiquent leur propre fidélité à la tradition maçonnique. Elles se reconnaissent entre elles par des traités d’amitié, et certaines se retrouvent dans des organisations internationales comme le CLIPSAS, fondé en 1961. On parle alors de régularités plurielles.
Conséquences concrètes
La reconnaissance détermine les visites : un maçon d’une obédience reconnue par Londres ne peut, en principe, visiter une loge non reconnue, ni recevoir ses membres en tenue. Elle conditionne aussi les échanges internationaux, la participation à certaines conférences, l’accès à des hauts grades gérés par des juridictions liées. Pour le maçon, la régularité est donc moins un débat abstrait qu’un ensemble de portes ouvertes ou fermées.
Le saviez-vous ?

La mixité, la place des femmes et la référence au Grand Architecte restent les principaux points de friction. Pour la maçonnerie anglo-saxonne, une loge qui initie des femmes n’est pas une loge maçonnique au sens régulier ; pour les obédiences mixtes françaises, c’est au contraire l’égalité de la dignité humaine qui fonde la tradition.
À retenir
- La régularité est le critère de reconnaissance mutuelle entre obédiences.
- Elle repose sur l’origine et sur le respect des landmarks, dont aucune liste ne fait l’unanimité.
- La Grande Loge Unie d’Angleterre l’a codifiée en 1929.
- La rupture de 1877 avec le Grand Orient de France structure encore le paysage maçonnique.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Landmarks, Patente, Reconnaissance, Livre sacré, Mixité, Obédience.
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