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Dans le vocabulaire maçonnique, le profane est toute personne qui n’a pas été initiée. Le mot vient du latin profanus, « qui se tient devant le temple », et désigne d’abord celui qui reste au seuil de l’espace sacré. Il ne porte aucun jugement de valeur : tout franc-maçon a d’abord été profane, et le monde profane est celui où il continue de vivre et d’agir. Le terme dessine plutôt une frontière symbolique entre deux espaces et deux états, que l’initiation fait franchir. Il a aussi donné naissance à quelques expressions savoureuses, comme le célèbre « il pleut ».
Étymologie : devant le temple

Le latin pro fano signifie « devant le sanctuaire » : le fanum était l’enceinte consacrée d’un temple romain. Est profane ce qui se trouve à l’extérieur, ce qui n’est pas consacré. Le mot a donné « profaner », faire entrer le profane dans le sacré. La sociologie des religions, avec Émile Durkheim puis Mircea Eliade, a fait du couple sacré et profane une catégorie centrale de l’analyse des sociétés humaines.
Le sens maçonnique
La franc-maçonnerie reprend cette opposition spatiale. Le temple est un espace consacré par le rituel d’ouverture des travaux ; tout ce qui est extérieur relève du monde profane. Le profane est donc celui qui n’a pas reçu l’initiation, mais aussi tout ce qui appartient à la vie ordinaire : on parle de « vie profane », de « nom profane », de « métier profane ». Le mot désigne un état, non une valeur.
Du profane au candidat
Le profane qui souhaite entrer en franc-maçonnerie devient d’abord un candidat, ou postulant. Il est reçu par des membres de la loge lors d’enquêtes, puis interrogé, souvent les yeux bandés, au cours d’un passage sous le bandeau. Le jour de l’initiation, il est placé dans le cabinet de réflexion, où il rédige son testament philosophique, puis introduit dans le temple pour les épreuves. À la fin de la cérémonie, il reçoit la lumière : il n’est plus profane, il est Apprenti.
Expressions et usages
- « Il pleut » : avertissement signalant qu’un profane peut entendre une conversation maçonnique, attesté dès le début du XIXe siècle.
- « Vie profane », « nom profane », « métier profane » : ce qui relève de l’existence ordinaire, hors de la loge.
- « Monde profane » : la société dans laquelle les maçons vivent et agissent.
- « Métaux » : ce que le candidat dépose avant d’entrer, symbole des valeurs profanes laissées à la porte.
Un état relatif

La frontière entre profane et initié n’est pas une hiérarchie morale. De nombreux auteurs rappellent que l’initiation ne rend pas meilleur par elle-même : elle ouvre un chemin, qu’il reste à parcourir. Chaque franc-maçon demeure, en un sens, profane au regard des grades qu’il n’a pas reçus et des vérités qu’il n’a pas comprises. L’Apprenti est profane face au Compagnon, le Compagnon face au Maître. La progression initiatique est un franchissement de seuils successifs.
Le regard sur le profane
Les obédiences insistent sur le respect dû aux non-initiés. Le profane n’est pas un ignorant ; il peut être plus savant, plus sage ou plus généreux que bien des maçons. La franc-maçonnerie se veut une méthode, non une élite. Ses membres sont appelés à agir dans le monde profane, à y porter les valeurs travaillées en loge, et non à s’en retirer. La loge n’est pas un refuge, mais un atelier dont les fruits doivent se voir à l’extérieur.
Le saviez-vous ?
Le Vocabulaire des Francs-Maçons de Bazot, vers 1810, enregistre déjà l’expression « il pleut », lancée lorsque des profanes sont présents et risquent d’entendre des propos maçonniques. L’image est parlante : la pluie, comme un toit mal couvert, signale que le temple n’est plus à couvert.
Dans les rituels
Le rituel d’ouverture des travaux vérifie que le temple est « couvert », c’est-à-dire qu’aucun profane ne peut voir ni entendre. Cette précaution, qui remonte aux premières loges, fait de la frontière entre profane et initié une réalité concrète, et non une simple image. À la fermeture, les Frères et les Sœurs retournent au monde profane, avec la consigne d’y porter ce qu’ils ont reçu.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Mircea Eliade, Le Sacré et le Profane, Gallimard, 1965.
- René Guénon, Aperçus sur l’initiation, Éditions traditionnelles, 1946.
- Étienne-François Bazot, Vocabulaire des Francs-Maçons, Paris, vers 1810 (rééd. numérique Arbre d’Or, 2008).
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Cabinet de Réflexion, Candidat, Passage sous le bandeau, Métaux, Apprentissage.
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