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Le Maître est le troisième grade de la franc-maçonnerie symbolique, dite aussi maçonnerie bleue, après ceux d’Apprenti et de Compagnon. Il est centré sur la légende d’Hiram, l’architecte du Temple de Salomon assassiné par trois mauvais compagnons, dont le candidat revit symboliquement la mort et le relèvement. Le grade confère la plénitude des droits en loge : voter sur toutes les questions, exercer les offices, être élu Vénérable. Il est aussi la condition d’accès aux hauts grades et aux ordres dits complémentaires. Apparu dans les années 1720, il est devenu le cœur symbolique de la maçonnerie moderne.
Un grade apparu au XVIIIe siècle

Les premières loges spéculatives ne connaissaient que deux grades : l’Apprenti entré et le Compagnon ou Maître, termes alors presque synonymes. Le troisième grade apparaît dans les années 1720 à Londres ; la première mention d’une réception au grade de Maître date de 1725. En 1730, la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, publie pour la première fois la légende d’Hiram sous sa forme maçonnique. Le système en trois grades s’impose ensuite partout, en Angleterre comme sur le continent.
La légende d’Hiram
La Bible mentionne Hiram, artisan de Tyr qui fondit les bronzes du Temple (1 Rois 7). La légende maçonnique en fait l’architecte du Temple, détenteur des secrets du Maître, assassiné par trois compagnons qui voulaient les lui arracher. Son corps est retrouvé grâce à une branche d’acacia plantée sur sa tombe ; la parole de Maître, perdue avec lui, est remplacée par une parole substituée. Le récepteur ne raconte pas seulement cette histoire : le candidat la vit, à la place d’Hiram.
Mourir et renaître
Au cœur du grade se trouve le thème de la mort initiatique et de la renaissance. Le candidat fait l’expérience symbolique de la fidélité jusqu’à la mort, puis il est relevé. La lecture maçonnique y voit la mort du vieil homme, l’acceptation de la finitude et la naissance d’une conscience plus haute. Le Maître n’est pas celui qui sait tout, mais celui qui a accepté de traverser l’épreuve et de chercher la parole perdue.
Les symboles du grade
- L’acacia : plante qui marque la tombe d’Hiram, symbole d’immortalité ; « l’acacia m’est connu » est une formule de reconnaissance du Maître.
- Les cinq points parfaits de la maîtrise : la manière dont le Maître est relevé, symbole de la fraternité.
- La chambre du milieu : le lieu où se réunissent les Maîtres.
- Le compas : ses deux branches sont désormais au-dessus de l’équerre, signe que l’esprit domine la matière.
- L’âge de sept ans : âge symbolique du Maître.
Selon les rites

Le grade de Maître est pratiqué dans tous les rites, avec des différences de décor et de rituel. Au Rite Français et au REAA, la loge de Maître est souvent tendue de noir, parsemée de larmes et de têtes de mort. Au Rite Écossais Rectifié, le grade de Maître est suivi d’un quatrième grade symbolique, celui de Maître écossais de Saint-André. Au Rite Émulation et dans la maçonnerie anglaise, le grade est prolongé par le Royal Arch, considéré comme son achèvement.
Un grade indispensable
La maîtrise donne la plénitude de la vie maçonnique : seuls les Maîtres participent à toutes les délibérations, peuvent être élus aux offices et parrainer des candidats. C’est aussi le grade requis pour accéder aux hauts grades du REAA, du Rite Français, aux grades de la Marque, au Royal Arch ou aux ordres de chevalerie maçonnique. Mais toutes les traditions insistent sur un point : le Maître n’a pas « terminé » sa formation ; il reste un chercheur.
Maîtrise et responsabilité
Être Maître implique des devoirs : transmettre, accompagner les Apprentis et les Compagnons, veiller à l’harmonie de la loge, assumer les charges. La maîtrise n’est pas un pouvoir mais une responsabilité. La légende d’Hiram, qui préfère mourir plutôt que de trahir, propose au Maître un modèle de fidélité à sa parole et de rectitude morale.
Le saviez-vous ?

La plus ancienne réception connue au grade de Maître n’a pas eu lieu dans une loge, mais au sein d’une société musicale londonienne, la Philo Musicae et Architecturae Societas, dont les registres mentionnent en 1725 des membres « reçus Maîtres ». L’épisode illustre combien le troisième grade était encore une nouveauté au moment de sa diffusion.
Pour approfondir
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730 (traductions françaises).
- Oswald Wirth, Le Livre du Maître, Dervy.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Hiram, Acacia, Chambre du Milieu, Parole perdue, Cinq points parfaits de la maîtrise, Compagnon.
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