Que ce soit sur n’importe quel réseau social, sur Google ou sur YouTube, il est impossible d’y échapper : il est partout. On le voit en visite à la Grande Loge de France avec la chaîne LEGEND, au GODF, au DH… ou encore jouter avec un prêtre sur la chaîne Le Crayon. Près d’un demi-million de personnes suivent aujourd’hui ses aventures, générant des millions de vues. On l’admire ou on le déteste, mais il ne laisse personne indifférent. En quelques années, il est devenu le franc-maçon le plus célèbre de France auprès du grand public, loin devant les maçonnologues qui endorment leur auditoire ou les grands maîtres aux mandats éphémères. On le connaît sous le nom de : lefrancmacon.
La rédaction de 450.fm l’a rencontré lors d’un passage à Paris pour un entretien placé sous le signe des confidences et de la transparence. Initié depuis 12 ans, polytechnicien de formation, il a osé vulgariser l’Art Royal sans filtre ni complaisance.
Le saviez-vous ?
Le Franc-Maçon est aujourd’hui le vulgarisateur maçonnique le plus suivi en France. Pourtant, dans son atelier, il demeure un simple frère parmi d’autres. Son parcours atypique et ses choix audacieux soulèvent des questions que personne n’avait encore osé formuler publiquement.
Regard rétrospectif

1. Comment vous sentez-vous aujourd’hui, après 12 ans de pratique maçonnique et plusieurs années d’exposition médiatique intense ?
Je vais très bien ! L’une et l’autre ont été très enrichissantes. Elles m’ont permis de faire des rencontres qui m’ont marqué, de participer à des projets qui me parlent, et de contribuer bien au-delà de mes espérances initiales.
2. Si vous deviez résumer ces 12 années en un seul mot ou une seule image, lequel choisiriez-vous ?
Un parcours jalonné d’obstacles et de paliers, dont la destination change de visage au fur et à mesure que l’on avance.

3. Que signifie pour vous le fait d’être devenu « lefrancmacon » aux yeux de centaines de milliers de profanes et de maçons ? Est-ce une charge, une joie, ou autre chose ?
Les deux. Une joie de voir l’impact auprès du grand public. Une charge de gérer les retours haineux qu’engendre la visibilité. Mais c’est un petit prix à payer. Concrètement, des millions de personnes ont pu avoir une réponse claire à la question « qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? », au-delà des préjugés. Et les réseaux sociaux mettent désormais en avant mon contenu avant les vidéos complotistes et antimaçonniques qui foisonnaient. C’est, à mes yeux, ce qui compte.
4. Avez-vous déjà regretté d’avoir ouvert cette porte publique ? Y a-t-il eu un moment où vous avez failli tout arrêter ?
Non, car en coulisse, les retours ont été positifs dès mes débuts, et ils ont continué sur cette lancée. Si la partie visible de mon fil de commentaires ressemble parfois à un pot de miel pour jeunes conspirationnistes en herbe, ma boîte de messages privés, elle, est remplie de jeunes profanes entamant leur démarche, de maçons remotivés à poursuivre leur chemin initiatique, de vénérables maîtres dont les colonnes se remplissent, voyant le nom de mon compte dans les demandes de candidature. C’est cela qui me pousse à continuer malgré tout.
Parcours initiatique personnel
1. Quelle a été la véritable révélation de votre initiation que vous n’avez jamais osé raconter publiquement ?
Partant du « connais-toi toi-même », j’ai plutôt ressenti une invitation à un « oublie-toi toi-même ». Un « je pense donc je suis » qui se transforme en « il y a pensée, il y a Être ». Ce ne sont pas mes mots, mais si je devais y mettre les miens : personne n’est vraiment « soi », chacun n’est que la somme de son expérience dans l’instant.
2. Quel est le souvenir le plus marquant de votre passage au deuxième puis au troisième degré ?
L’invitation au Travail une fois démuni, puis les échardes du bois sec de mon habitacle.
3. Avez-vous déjà vécu une tenue où vous vous êtes dit : « je ne suis pas à ma place » ? Racontez-nous.
Non. J’ai parfois été déçu par certains comportements en loge, ou par le manque de courage d’officiers qui auraient dû intervenir. Mais ce ne sont que des épines superficielles sur une rose maçonnique dont l’éclat ne saurait être oublié.
Bons et moins bons souvenirs médiatiques
1. Quelle a été l’interview la plus agréable que vous ayez donnée ? Et la plus gênante ou la plus désagréable ?
L’interview la plus agréable : celle de LEGEND. Guillaume Pley est un animateur d’un talent rare dans l’art de conduire un entretien pour transmettre un sujet complexe à une large audience. Derrière son aisance naturelle, c’est un professionnel doté d’un sens aigu du détail et d’une véritable exigence de perfection dans ce qu’il délivre. J’ai également beaucoup apprécié ma première interview sur la chaîne Le Crayon, davantage axée sur l’histoire maçonnique.
Je garde en revanche un souvenir plus mitigé du débat avec l’abbé Matthieu. Je suis arrivé malade et fiévreux, moins enclin à hausser le ton. J’ai tenté à plusieurs reprises de ramener le débat sur le fond, mais l’abbé est resté dans l’invective et le lieu commun. Dommage, le sujet méritait une autre tournure. Partie remise.
2. Quel(le) journaliste ou média vous a surpris par sa connaissance réelle de la maçonnerie ?
Je n’ai pas le souvenir d’une connaissance réelle dépassant ce que j’avais déjà pu publier dans mes vidéos. La franc-maçonnerie est à la fois publiquement connue et foncièrement méconnue. Un paradoxe intéressant.
3. Quel rapport entretenez-vous avec les médias de la franc-maçonnerie en France ?
Je lis parfois les articles de 450.fm relayés sur les réseaux. J’aime aussi les vidéos d’Hervé Lecoq et d’Inspy, avec qui j’échange. J’apprécie également les rediffusions des conférences de Roger Dachez et de Pierre Mollier sur YouTube. Pour les autres médias, ce sont souvent mes followers qui m’envoient des articles lorsqu’ils parlent de moi.
À ma connaissance, il y a eu deux articles très critiques (voire diffamants) à mon encontre, émanant de sources apparentées qui n’ont pas cherché à me contacter en amont. Dommage : nous ne sommes pas si nombreux à parler de franc-maçonnerie, nous devrions nous serrer les coudes et partager nos retours en privé plutôt que lancer des invectives sur la place publique. Cela ne donne une bonne image ni d’eux-mêmes, ni de la franc-maçonnerie. C’est perdant-perdant.
L’accueil des Obédiences et des maçons
1. Comment les Grandes Loges et obédiences ont-elles réagi quand elles ont découvert votre existence ? Accueil fraternel ou méfiance ?
À mes débuts : accueil fraternel de certaines, méfiance d’autres. Aujourd’hui, l’accueil fraternel est globalement généralisé, même s’il doit rester des exceptions dans la multitude d’obédiences.
2. Les « vieux maçons conservateurs » : quel est le commentaire ou le regard que vous avez le plus souvent reçu de leur part ?
Les vieux maçons qui me connaissent et partagent mon goût pour la tradition sont généralement réceptifs à ma démarche, même si les réseaux sociaux ne font pas partie de leur univers. D’autres, en revanche, se montrent plus virulents et me reprochent de divulguer des secrets maçonniques et/ou de porter des décors dans mes vidéos.
Sur le secret, ma position a toujours été la même, et nos rituels sont très clairs. Les secrets maçonniques se composent : des secrets de grade (éléments de reconnaissance), des secrets de loge (déroulement et discussions) et du secret d’appartenance (qualité maçonnique non dévoilée d’autres individus vivants). Je veille à ce qu’aucun de ces éléments n’apparaisse dans mon contenu public.
Dans certaines vidéos, j’aborde des sujets liés au symbolisme, avec la même ligne depuis mes débuts : « L’analyse symbolique est bienvenue, à condition d’avoir une perspective profane. » La censurer me paraît incongru, ces symboles ayant eux-mêmes été empruntés à d’autres courants plus anciens. Il n’y a donc rien de mal à ouvrir une réflexion sur un symbole, dès lors qu’elle se détache du rituel. Par exemple, on peut parler de la symbolique de l’équerre, sans révéler ni raconter le passage rituel où elle intervient.
Sur le port des décors, il s’agit selon moi d’un tabou propre à la France d’après-guerre. J’ai découvert la franc-maçonnerie au Canada anglophone et aux États-Unis, où le port public des décors n’est pas un sujet. En Angleterre, la Grande Loge Unie communique aussi sur les réseaux, avec des maçons arborant leurs décors. Idem aux États-Unis et en Amérique du Sud, où les loges ont chacune leur compte Instagram, géré par un officier chargé de prendre des photos et des vidéos de la vie de la loge après les tenues.
En France, certaines obédiences l’interdisent, héritage probable d’un traumatisme post-vichyste qui pouvait certes se comprendre à l’époque, mais qui me paraît aujourd’hui anachronique. Les décors maçonniques font partie de notre tradition. Les maçons, dans l’histoire, n’ont cessé de le revendiquer. Aux XVIIIe et XIXe siècles, nos pairs apparaissaient souvent en public avec leurs décors, lors de processions, de funérailles ou de manifestations. On se souvient, par exemple, de la pose de la première pierre du Capitole par George Washington en tablier, ou des frères parisiens défilant avec leurs bannières durant la Commune.
Les décors se respectent, et leur port doit s’inscrire dans un cadre lié à la franc-maçonnerie ou à ses valeurs. Mais les interdire catégoriquement au nom d’une coutume nationale récente, issue de la peur d’un fantôme du passé, ne sert pas, selon moi, notre idéal de transmission.
3. Avez-vous déjà été convoqué ou contacté officieusement par une obédience pour « discuter » de votre visibilité ?
Oui, une fois. Et par l’écoute et le dialogue, tout s’est très bien passé. J’ai vu passer certaines rumeurs dans les commentaires, selon lesquelles j’aurais été radié, ou forcé de démissionner pour éviter une sanction, ou que sais-je encore. Il m’est certes arrivé de démissionner d’une obédience pour en rejoindre une autre, mais cela s’est fait pour participer à un projet local auprès de frères qui m’inspiraient et avec qui je partage une certaine vision de la franc-maçonnerie.
4. Certains maçons vous reprochent-ils d’être trop « jeune », trop « moderne » ou trop « visible » ? Comment réagissez-vous ?
Le « trop jeune » mettra un peu de baume sur ma crise de la quarantaine qui approche. Le « trop moderne » fera sourire les frères qui connaissent mon puritanisme maçonnique. Le « trop visible » vient souvent de ceux qui auraient préféré l’être à ma place.
À titre personnel, je n’ai pas recherché la visibilité. Mes vidéos ont longtemps été des analyses symboliques très nichées, nullement conçues pour « faire des vues ». Je ne m’attendais pas à un tel retour. Aujourd’hui, j’utilise le haut-parleur qui m’est donné au service d’une cause qui m’est chère : le rayonnement de la franc-maçonnerie et sa continuité.
La question des décors et des grades
1. Vous posez parfois avec des décors ou des attributs de degrés supérieurs au vôtre. Cela vous pose-t-il un problème de conscience maçonnique ? Pourquoi le faites-vous quand même ?
Je ne me suis pas affiché avec des décors de grades « supérieurs » au mien à l’heure actuelle (ce qui en surprendra probablement certains maçons). Mais au-delà de cela, je dissocie très nettement mon parcours initiatique personnel du personnage public « Le Franc-Maçon ».
Les décors de hauts grades apparaissent dans les vidéos qui introduisent l’Écossisme. J’ai constaté qu’au sein de la franc-maçonnerie française, trop peu de maîtres poursuivent leur chemin au-delà du 3e degré. Pour certains, c’est un choix de conviction, et c’est tout à fait leur droit. Pour d’autres, c’est souvent un manque d’inspiration.
Or, on sait que la lassitude initiatique est un facteur majeur de dégarnissage des colonnes. À mes yeux, les hauts grades offrent une richesse d’apprentissage qui mérite au moins que l’on s’interroge sur la poursuite de ce parcours. Encore faut-il disposer d’éléments pour nourrir cette réflexion.
Par ces vidéos, mon souhait est d’inviter les maîtres de mon audience, jeunes et moins jeunes, à s’interroger sur leur progression dans les hauts grades de leur rite. Et, par le port des décors, d’ajouter un élément visuel cohérent avec le sujet, important pour faire passer un message sur les réseaux.

2. Avez-vous déjà reçu des remarques ou des critiques internes sur ce sujet ?
Oui, plusieurs. Si c’était à refaire, j’aurais probablement ajouté une explication plus claire sur mon intention.
3. Pour vous, où s’arrête la vulgarisation et où commence la transgression rituelle ?
On parle de « vulgarisation » lorsqu’on souhaite enseigner une science à un public non averti. Je ne cherche pas à enseigner la franc-maçonnerie. D’ailleurs, comment le pourrait-on autrement que par le vécu en loge ?
Mon intention est d’expliquer en quoi consiste la franc-maçonnerie et de répondre aux croyances qui circulent dans l’inconscient collectif. Je pense que les préjugés sur notre Ordre font obstacle à la venue de futures pierres qui pourraient s’y épanouir. Ces idées préconçues, amplifiées aujourd’hui par la viralité des réseaux sociaux, mettent selon moi en péril la continuité de la franc-maçonnerie, comme l’histoire nous l’a montré. D’où ma démarche d’explication et de contre-poids dans l’agora numérique.
Les réalisations marquantes et les projets
1. Quel contenu (vidéo, live, thread) a, selon vous, le plus changé la perception de la maçonnerie auprès du grand public ?
En format court, la vidéo « Comment devient-on franc-maçon ? », qui explique ce qu’est la franc-maçonnerie et a cumulé 4 millions de vues toutes plateformes confondues. En format long, l’interview de LEGEND avec Guillaume Pley, qui répond en deux heures aux interrogations courantes du public sur la franc-maçonnerie, et qui cumule également 4 millions d’écoutes. C’est un record pour LEGEND sur la partie podcast, ce qui, pour un sujet aussi niche, est un accomplissement très encourageant.
2. Quel projet que vous n’avez pas encore réalisé vous tient le plus à cœur ?
Il y en a beaucoup. Je considère n’être qu’au début de ma démarche. J’aimerais un jour prendre le temps d’écrire un livre.
3. À court terme (2026-2027) et à long terme (5-10 ans), quels sont vos objectifs concrets en tant qu’influenceur maçonnique ?
À court terme (2026-2027) : développer la communauté privée « Le Parvis du Temple », où francs-maçons et profanes échangent sur la franc-maçonnerie dans un esprit de bienveillance. Le groupe a été lancé il y a deux mois. Nous sommes déjà 5 000 membres, dont environ 50% de maçons. Nous avons également créé un espace exclusivement réservé aux maçons, et un autre dédié aux maîtres. Je suis chaque jour surpris par la qualité des échanges et des retours. C’est devenu pour moi un véritable refuge virtuel, qui a remplacé le bruit ambiant de mes réseaux sociaux, et je pense que beaucoup le ressentent ainsi.
Poursuivre activement la création de contenu. Développer davantage mes comptes en anglais (« The Freemason »), qui touchent un public plus international, et m’investir dans des projets vidéo plus ambitieux (certains arrivent prochainement).
Participer à la transmission du patrimoine initiatique entre les institutions françaises et américaines, la première pierre devant être posée en fin de mois.
À long terme (5-10 ans) : contribuer à la continuité de la franc-maçonnerie mondiale, en déclin dans de nombreux pays, par une démarche de communication et par une participation à des initiatives d’échanges entre obédiences et entre pays.
Motivations profondes
1. Qu’est-ce qui vous pousse vraiment à continuer ? L’envie de transmettre, le besoin de reconnaissance ou autre chose ?
Le souhait de contribuer au rayonnement de la franc-maçonnerie et de susciter des vocations auprès des futures générations. Je suis entré en loge très jeune, et cela m’a beaucoup apporté, aussi bien dans ma vingtaine que dans ma trentaine. Je pense que la franc-maçonnerie peut offrir énormément aux jeunes générations actuelles.
Nous traversons une véritable crise spirituelle, avec un besoin criant de repères et de cadre. Avec « Le Franc-Maçon », j’ai voulu créer le contenu d’information que j’aurais aimé recevoir il y a 12 ans de la part d’un grand frère.
2. Si demain tous les réseaux sociaux disparaissaient, continueriez-vous à être maçon de la même façon ?
Si l’on parle de ma pratique maçonnique, elle n’a pas changé entre l’avant et l’après « Le Franc-Maçon » ; elle s’est même enrichie des rencontres occasionnées.
Si l’on parle de ma démarche de communication, sans réseaux sociaux (il y a 20 ans, par exemple), j’aurais probablement écrit un livre. Aujourd’hui, l’attention des gens n’est plus dans les pages d’un bouquin, mais dans le fil d’actualité de leur smartphone. Il en est ainsi, et il me semble plus constructif de s’adapter aux médias actuels que de déplorer leur essor.
3. Vous semblez mettre en place un modèle économique sur les réseaux. Vos activités d’influenceur vous rapportent-elles de l’argent ? Si oui, beaucoup ?
Oui, et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt, car cela m’aurait permis de faire bien plus de choses. Dans la création de contenu, la monétisation est cruciale. Un média qui n’arrive pas à s’autofinancer est voué à disparaître, car ce n’est pas tenable sur le long terme.
Quand on a une communauté sur les réseaux, il n’y a pas trente-six façons de monétiser. Principalement quatre : les redevances des plateformes qui rémunèrent la visibilité (YouTube principalement), mais cela suppose de générer énormément de vues, ce qui n’est pas encore mon cas sur YouTube ; les partenariats avec des marques, mais peu veulent s’associer à un sujet aussi clivant que la franc-maçonnerie, et je n’ai aucune envie de me transformer en panneau publicitaire ; la vente de produits dérivés (vêtements à l’effigie de la chaîne), mais vendre des t-shirts fabriqués à l’autre bout du monde que je ne porterais moi-même jamais ne me parlait pas du tout ; enfin, l’infopreneuriat, c’est-à-dire le développement de produits numériques (livres, vidéos d’approfondissement, etc.). C’est la voie que j’ai choisie, parce que cela me correspond réellement. Écrire, créer du contenu et transmettre, c’est, en définitive, tout ce que j’aime faire.
Mon contenu monétisé a évolué depuis ses débuts. Aujourd’hui, il s’agit d’ateliers collectifs réservés aux membres de la communauté privée, dans lesquels nous invitons chaque mois un expert sur une nouvelle thématique liée au symbolisme, à l’ésotérisme, à la philosophie, à l’histoire ou au travail sur soi (sans divulgation de secrets maçonniques). C’est passionnant, je me régale à le faire, et c’est exactement dans la continuité de mes vidéos initiales : joindre symbolisme et travail sur soi. La boucle est bouclée.
Regard vers l’avenir
1. Que souhaitez-vous pour votre propre parcours maçonnique dans les prochaines années ?
Premièrement, progresser dans ma pratique de l’Écossisme. C’est une véritable passion, et les degrés supérieurs sont pour moi un puits sans fond de découvertes et de réflexions. Cette année sera consacrée aux rites Écossais, Français et d’York. Je consacrerai probablement les années suivantes au Régime Rectifié, dont les hauts grades possèdent une singularité particulièrement intéressante.
Deuxièmement, aller à la rencontre des francs-maçons dans le monde et documenter mes voyages. Troisièmement, contribuer localement par la création d’un atelier et d’une loge de recherche dans ma petite commune provinciale (aucune création d’obédience, je rassure : on en a déjà bien assez en France, non ?).
2. Quel conseil donneriez-vous à un jeune frère ou une jeune sœur qui voudrait se lancer dans la vulgarisation comme vous ?
Ayez une intention forte et désintéressée : il est difficile de durer si l’on cherche la gloire ou la reconnaissance, car il n’y en a pas. Ayez le cuir solide pour encaisser les agressions venant de toutes parts (complotistes, extrémistes, maçons belliqueux). N’espérez pas que vos soutiens l’assument publiquement, contrairement à vos détracteurs. N’attendez pas l’aval de qui que ce soit pour agir. Chaque maçon est libre, et si votre démarche est sincère, vos frères et sœurs de valeur comprendront.
3. Si vous étiez Grand Maître d’une obédience demain, quelle serait la première réforme que vous imposeriez ?
Le renforcement de l’instruction me paraît essentiel. Dans toute organisation, une baisse de l’érudition est la signature d’un déclin programmé.
Vision sur la franc-maçonnerie
1. La franc-maçonnerie française est-elle, selon vous, trop fermée, trop politique ou trop timide ?
Elle est avant tout plurielle, et il faudrait préciser de quel courant nous parlons. Mais, de manière générale, je trouve la franc-maçonnerie française très belle. J’ai retrouvé la magie maçonnique dans la plupart des ateliers que j’ai visités (et je voyage beaucoup). J’y ai rencontré certaines des personnes les plus édifiantes que j’aie côtoyées. J’y ai vu un souci de la transmission initiatique que j’ai rarement observé dans d’autres pays.
En revanche, je trouve qu’elle ne s’adresse pas assez aux futures générations. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes Français ont aujourd’hui besoin de tradition et de spiritualité, pas forcément de modernité.
Dans un monde où tout s’accélère, une tradition immuable constitue un rempart rassurant face à la course effrénée à la performance et aux promesses essoufflées du consumérisme d’après-guerre. La franc-maçonnerie doit être au rendez-vous de ce siècle.
Mais ces jeunes cherchants ont surtout besoin d’être inspirés par des ambassadeurs de leur génération pour pouvoir se projeter.
2. Quel est le plus grand danger qui guette notre institution dans les 10 prochaines années ?
Le nivellement par le bas, la toxicité des ego et la baisse de l’érudition. Je me trompe peut-être, et l’avenir nous le dira. Mais je pense que, dans ce climat de polarisation, notre sort se jouera dans le leadership des futurs Grands Maîtres, Vénérables Maîtres et Suprêmes Grands Commandeurs, et dans leur capacité à trancher au risque de déplaire.
À mon sens, il vaut mieux une franc-maçonnerie peu nombreuse mais qualitative qu’une maçonnerie approximative, fermant les yeux sur la perniciosité d’une minorité bruyante. Le ton donné en haut se répercute toujours sur l’ambiance en loge, pour le meilleur comme pour le pire.
3. La mixité, l’internationalisme, la spiritualité : quels sont les atouts que la maçonnerie n’exploite pas assez ?
Peut-être son histoire. Dans la plupart des pays où elle est implantée, la franc-maçonnerie possède un passé solidement ancré, avec ses héros, ses modèles, ses événements et ses rebondissements. Or l’histoire maçonnique, souvent méconnue, est parfois aussi riche d’enseignements que les messages des rituels. Elle nous ancre dans une tradition et nous rappelle nos origines. C’est, à mon sens, essentiel pour bâtir un avenir.
Meilleures questions pour la fin
1. Combien de francs-maçons avez-vous fait démissionner à cause de vos actions médiatiques, selon vous ?
Aucun, à ma connaissance. Je vois mal pourquoi un maçon démissionnerait à cause de moi.
2. Avez-vous une idée du nombre de profanes que vous avez convaincus de devenir francs-maçons depuis que vous œuvrez sur les réseaux ?
Il se chiffre en milliers. J’ai tenté une estimation sur tableur en comptant les témoignages reçus en messages privés, les retours locaux des vénérables maîtres et de leurs apprentis nouvellement initiés, ainsi que les retours des obédiences. J’arrive à une fourchette très large, entre 5 000 et 15 000 nouveaux maçons (en France et dans le monde).
Cela peut être davantage comme moins. Il y a aussi ceux qui avaient déjà une première intention et qui ont été confortés dans leur choix par mes vidéos. Ceux qui ont été inspirés mais n’ont pas encore fait leur demande, souvent parce qu’ils ignorent le processus (raison pour laquelle j’ai créé la communauté privée). Enfin, il y a tous les maçons démotivés qui y ont trouvé l’inspiration pour persévérer dans leur chemin initiatique, et les ex-maçons qui, par élan nostalgique, ont rejoint un atelier après des années de sommeil.
3. En résumé, vous considérez-vous comme un épouvantail ou comme un aspirateur pour la franc-maçonnerie ?
Un épouvantail effraie les corbeaux, et un aspirateur accumule la poussière. Et comme le symbole a du sens chez nous, je dirais : ni l’un ni l’autre. « Le Franc-Maçon » est une figure publique de la franc-maçonnerie, comme il y en a eu d’autres par le passé. Et derrière ce personnage, il y a un simple maçon de province passionné, qui souhaite contribuer à la pérennité de l’Ordre.
Conclusion
1. Si vous pouviez adresser un message direct à tous les frères et sœurs qui ne vous connaissent pas encore…
2. Et un message aux maçons qui critiquent votre action ou qui restent méfiants ?
Je ne vois aucun mal à ce qu’on désapprouve ma démarche ou qu’on ne soit pas d’accord avec moi. Je ne cherche pas à convaincre. Ce qui me dérange davantage, ce sont les critiques qui ne sont que des préjugés déguisés, venant souvent de personnes qui n’ont pas pris la peine de consulter mes comptes ou qui ignorent mes intentions.
Les jugements reposent souvent sur des étiquettes rapides qui coupent court à la réflexion : influenceur, vulgarisateur, parjure, narcisse en quête de reconnaissance, marchand du temple, vendeur de formations… D’autres fondent leur avis sur ce que disent les autres. D’autres encore se laissent emporter par la jalousie. C’est dommage : je suis toujours preneur de retours constructifs, et certains le sont parfois profondément. Mais ce type d’attitude n’aide vraiment pas.
3. Enfin, après toutes ces années, quel est votre plus grand rêve maçonnique encore inachevé ?
Racheter un château et l’aménager en temple dédié à la pratique des degrés supérieurs. On verra bien ce que le Grand Architecte nous réserve…

Enfin un entretien qui rétablit la vérité sur notre frère !
J’avais lu récemment, sur certains réseaux sociaux, une avalanche de vilenies et de propos vraiment abjects à son encontre, écrits par des frères et des sœurs chez qui la haine était malheureusement bien palpable.
Qu’est-ce qui peut bien motiver de tels débordements ? La jalousie ? Le désir malsain de détruire une réputation ?
Les maçons ne seraient-ils pas, parfois, les premiers antimaçons ?
Heureusement, nous voyons ici un frère dynamique et courageux qui s’efforce sincèrement de faire connaître l’Art Royal au grand public, et tout particulièrement auprès des jeunes.
Son auditoire n’est pas ce petit cénacle méprisant et haineux, mais bien tous ceux du dehors qui cherchent des réponses et de la Lumière.
Bravo et merci à toute l’équipe de 450.fm pour cet échange authentique et lumineux !
Chers amis de 450.fm,
Je tenais à vous écrire du fond du cœur pour vous dire à quel point j’ai apprécié votre interview.
Merci infiniment à toute l’équipe pour votre professionnalisme, votre bienveillance et la belle mise en lumière de ce frère que je ne connaissais que par ouï-dire.
Fraternellement et chaleureusement vôtre.