Vous ne verrez plus jamais la Franc-maçonnerie comme avant. Avec le recul humoristique, il y a une perception qui vient de la conversion du regard.
Dans l’univers trépidant de la création textuelle, une mission audacieuse se profile : réécrire mon Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie avec espièglerie. Comme l’écrit André Saldinari dans sa préface : « l’humour n’est pas un simple ornement, mais un levier subtil qui soulève le lecteur au-dessus des sentiers battus. Ce Guide n’est pas un manuel figé ni un lexique compassé, mais un abécédaire vivant où chaque entrée, de A à Z, devient prétexte à l’exploration, à la pirouette de pensée, à la digression joyeuse. »
Il ne s’agit pas simplement de reformuler, il s’agit de métamorphoser chaque phrase avec humour, tout en respectant des contraintes de sens déjà sédimenté. Les références, elles, restent intactes, car on ne touche pas aux ornements du texte.

L’humour agit comme un levier subtil qui décolle les esprits des sentiers battus, offrant une distance salutaire face à un texte ou une situation. En provoquant un rire ou un sourire, il crée un espace où l’on peut observer sans être englué dans l’émotion brute. Cette distanciation, à la manière d’un zoom arrière théâtral, permet de voir au-delà des détails immédiats, révélant des perspectives inédites. Par exemple, en raillant un dogme ou une convention, l’humour ouvre une brèche pour questionner des vérités établies, comme un oiseau qui s’élève pour survoler un paysage complexe. Des études en psychologie sur le soulagement cognitif montrent que l’humour réduit le stress et favorise une pensée latérale, élargissant ainsi le champ de vision. Appliqué à un texte, cela invite à explorer ses sous-entendus avec légèreté, rendant l’analyse plus fluide et créative.

Imaginez-moi, un oiseau philosophe perché sur la branche tordue de la pensée, essayant de décrypter les symboles avec un bec maladroit mais enthousiaste.
Moi, un oiseau ?
Mais je n’ai pas d’ailes.
Pas de panique, tes ailes, ce sont des mots. Parle, décolle, traverse l’espace et le temps comme un avion de chasse littéraire. Brise les chaînes d’une histoire qui te colle comme une vieille chaussette mouillée, qui n’a aucun droit de te tirer vers le bas. Fais exploser l’horizon comme un feu d’artifice déjanté. Retrouve cet instant magique où, dans un décor inconnu, les choses se déguisent en surprises loufoques[1]
Mon bouquin atterrit chez vous avec un titre qui clame haut et fort son ambition : un Dictionnaire malicieux du vocabulaire maçonnique.
Anatole France, avec son sourire en coin, disait qu’un dictionnaire, c’est l’univers rangé par ordre alphabétique. Moi, je ne vise pas l’ogresse encyclopédique qui se prend pour le miroir du monde – non, merci, je laisse ça aux géants. La quête de tout savoir est une illusion,une sympholepsie, un rêve d’Icare qui finit mal. Mon artisanat, limité par mon petit cerveau (taille XS de chapeau), n’embrasse pas la démesure d’un monde trop grand. Les savoirs butent toujours sur des murs, et ce qui reste dehors danse dans une opacité mystérieuse. Pourtant, je m’amuse à éclaircir un peu ce brouillard, tout en sachant que les vrais trésors – émotions, plaisirs, désirs, affinités secrètes, l’énigme de la vie et de la mort, les zigzags de l’irrationnel – restent hors de portée.
Le chercheur, c’est moi, une aventurière qui fouille l’inconnu pour dénicher des clairières de sens, histoire de vivre en paix avec les autres, y compris avec mon propre miroir.
Un dictionnaire, c’est un répertoire de façons de communiquer. Mais quoi dire ? Pourquoi pas un fictionnaire pour les rêves délirants, un sricptionnaire pour les écritures tordues, un passionnaire pour les mots d’amour, un biblionnaire pour la Bible, ou un Fraternictionnaire pour chanter la fraternité maçonnique ? Alain Rey, le roi des mots, lançait : « Le dictionnaire est un observatoire, pas un conservatoire. Une langue vit si elle pulse avec la société. » Mon ouvrage ? Un observatoire hilare de la pensée maçonnique, un télescope pointé sur les étoiles bizarres des Loges.

On peut appeler ça un dictionnaire grâce à son découpage alphabétique – un saucissonnage qui rend la lecture confortable pour la recherche, sans sacrifier la profondeur ni la vue d’ensemble. Chaque morceau est un texte sous une entrée, un bout d’expérience ou une pirouette de pensée. À la manière de Socrate, amoureux des «divisions et rassemblements» pour parler et penser (legein te kai phronein), je vous sers des fragments qui semblent seuls mais qui s’entrelacent en secret.
Chaque mot vibre d’une vie, d’une plongée dans l’histoire de la Franc-maçonnerie, ses symboles farfelus, ses mythes rocambolesques, et ce besoin urgent de décoder l’initiation à coups de mots et d’écoute mutuelle.

Ce Dictionnaire/Guide veut vous aider à saisir le rituel, ce trésor traditionnel et pourtant ultra-moderne des temples. Pas une littérature de myope, comme disaient les frères Goncourt, mais un spicilège où des livres et expériences dansent ensemble – il suffit de les en extraire.
Le décodage n’est pas un simple lexique : interpréter un mot, c’est glisser une vision du monde, respecter sa polysémique car il y a un sens unique pour chacun [Henri Medioni, Symbolisme et doctrine, La Chaîne d’union, n° 6/7, 1998].
J’ai laissé mon esprit vagabonder, ou plutôt explorer les marges de la pensée maçonnique avec un plaisir évident. Pas de purisme coincé ici : j’ai flirté avec toutes les connaissances connexes, même celles qu’un maçon rigoriste snoberait, pour ouvrir des voies0 inattendues vers la Connaissance. Avec 1000 référents – symboles, rituels, gestes, outils, mythes, philosophies – enrichis par des clins d’œil au christianisme, à l’alchimie, à la gnose, à la kabbale, à l’Égypte ancienne, au compagnonnage et à la chevalerie, j’ai cherché des lueurs de Tradition. Leur complexité m’a poussé à explorer leurs liens matriciels et leur tendance irrésistible à se rapprocher.
Mon vagabondage s’attarde sur des mots clés : temple, initiation, liberté, les outils du franc-maçon, les rituels, les cérémonies, la gestuelle, et même les légendes autour de l’assassinat d’Hiram. Jacques Fontaine résume : «Chez nous, les arcanes se dévoilent en douceur, du premier au dernier degré, avec fanfare à chaque réception : officiers, lieu, temps, mots sacrés, marches, voyages, épreuves, circumambulation, tableau de loge, signes, batteries, prises de parole, nombres, âge, attouchements, couleurs, lumières, colonnes, outils, formes géométriques…»
Entre les symboles qui dansent et les signifiants qui errent, ces aventures de bord sont l’essence du langage maçonnique. Chaque parole échappe au code, revendiquant une liberté totale de jongler avec les symboles.

Mes pensées, je les attrape comme un acrobate un peu fou, les faisait tournoyer, pirouetter, valser en tous sens avec une malice de chat jouant avec une pelote de laine. Je les secoue, les tords, les retourne comme des crêpes dans une poêle trop chaude, avec un sourire en coin de chef cuisinier des concepts.
Je m’amuse à multiplier les expériences, tel un savant fou dans son laboratoire d’idées : un coup d’œil sous un angle, puis un autre, une pirouette, une variation, une métamorphose. Je voudrais que rien n’échappe à mon esprit taquin ! Je traque les correspondances, les analogies, les homologies, comme un détective des similitudes armé d’une loupe ; jouant à l’apprenti sorcier des permutations.
En somme, je soumets ces objets de pensée à un véritable marathon de torture conceptuelle, un rodéo d’idées sans fin, avec l’enthousiasme d’une gamine démontant un jouet pour voir comment ça marche, les poussant dans leurs derniers retranchements, les épuisant jusqu’à ce que le champ des possibles rende l’âme».
Mais, cet ouvrage invite surtout le lecteur à un vagabondage délirant. La forme ? Un dictionnaire, certes, mais avec un style malicieux. Un domaine ? La pensée maçonnique, sans prétention d’exhaustivité – avouons-le, ce serait impossible.
Aucun symbole n’est exclusivement maçonnique : c’est le corpus entier, ce génie du XVIIIe siècle à mélanger traditions – des Anciens Devoirs aux Hauts Grades – qui l’est. Avec Martinès de Pasqually et Louis-Claude de Saint-Martin, la symbolique devient une étude à part entière.
Vos renvois mentaux, vos petits cailloux blancs, mènent à un cheminement exponentiel, où chaque idée se réinvente. Chacun, selon ses racines, sa politique, sa foi ou son absence de foi, peut tisser sa propre interprétation. Ce Dictionnaire malicieux tend une main aux novices comme aux anciens, offrant une nourriture intellectuelle et spirituelle sur mesure. Comme le bas-relief de la Philosophia Perennis à Notre-Dame – un livre ouvert, un fermé – la vraie connaissance naît d’un travail intime.
Instruire les apprenants demande un bagage léger mais profond.
En utilisant un langage moderne et conversationnel et des analogies accessibles (par exemple, comparer le catéchisme à un «QCM » ou à un «oral d’exam »), mon nouveau texte abat les barrières qui pourraient intimider les lecteurs non familiers avec la terminologie maçonnique. Cette inclusivité élargit son attrait, en faisant une excellente introduction pour ceux qui découvrent la Franc-maçonnerie tout en offrant des idées précieuses aux initiés. Le langage contemporain et les références (par exemple, «best-seller maçonnique », « pense-bête initiatique » ou les termes de franglais ) alignent le texte sur les styles de communication modernes, le rendant pertinent pour un public plus jeune ou habitué aux contenus numériques et informels. Cette actualité garantit que le sujet semble frais et actuel, contrairement au ton plus traditionnel.

Mais je n’ai pas épargné le cherchant en lui offrant plus de 1600 références avec lesquelles il pourra prolonger sa quête de sens. L’initiation offre un référentiel symbolique, non figé, une invitation à explorer. L’apprentissage ouvre une perspective infinie, chaque décor ou geste cachant des richesses. Ce langage, ardu à construire, précieux à préserver, mesure son progrès par familiarité avec les mots, les rituels, le temple.
L’usage de l’interpellation et des questions dans cet ouvrage veut créer un sentiment de dialogue, faisant sentir aux lecteurs qu’ils participent au récit ; cette qualité interactive favorise une connexion personnelle avec eux, les incitant à réfléchir au contenu et à son lien avec leur propre curiosité ou expérience.
Les mots atomes de ce vagabondage souriant, tissent un dialogue inachevé par la liberté du lecteur tout comme Le Dictionnaire vagabond en Franc-maçonnerie qui lui a servi de base.

Je mesure que le ton informel et les touches humoristiques pourraient ne pas plaire aux lecteurs recherchant un traitement strictement académique ou traditionnel du sujet. Certains puristes maçonniques pourraient même trouver le langage ludique trop familier ou irrévérencieux pour un sujet ancré dans des usages et des rituels solennels.
Marcel Proust écrivait dans à la Recherche du Temps Perdu : « Le seul véritable voyage, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux. »
Alors, face à l’Orient, regardons, libres, fraternels, curieux, et pourquoi pas malicieux.
Le Dictionnaire malicieux du vocabulaire maçonnique, préface d’André Saldinari, parution le 30 avril en précommande ici
[1] Inspiré de Khalil Gibran : « la pensée est un oiseau de l’espace qui peut sans doute déployer ses ailes dans une cage de mots mais qui ne peut y voler »), Marc-Alain Ouaknin, Mystères de la Kabbale, éd. Assouline, 2003
