mer 25 février 2026 - 15:02

Mars des lettres : quand les festivals dessinent la cartographie sensible du monde

Du Printemps des Poètes à la Foire du Livre de Bruxelles, en passant par le Salon du Livre de Genève, Atlantide ou le Salon du livre africain de Paris, le mois de mars 2026 offre un véritable « tour du monde » littéraire en francophonie. Un foisonnement de manifestations où se croisent liberté d’expression, diversité culturelle, mémoire et engagement – ​​autant de thèmes familiers aux francs-maçons.

​La liberté de dire : poésie, censure et expression

Le Printemps des Poètes place cette 28ᵉ édition sous le signe de la « Liberté. Force vive, déployée », avec Isabelle Adjani comme marraine et une collaboration structurante avec Reporters sans frontières. Dans les médiathèques, gares, bibliothèques, établissements scolaires, pénitentiaires ou hospitaliers, la poésie s’adosse précise à la défense de la liberté d’expression, au croisement de la sensibilité et du droit.

Dans le même esprit, le festival Atlantide, à Nantes, fait de la « liberté d’écrire » un axe fort, notamment à travers une soirée contre la censure qui remet en lumière des textes interdits ou oubliés. La littérature et les auteurs deviennent un laboratoire de résistance, rejoint par le Salon du Livre de Genève, qui accueille près de 800 de tous horizons et fait dialoguer polaire, philosophie, voyage, poésie ou BD dans un même espace de circulation des idées.

​Pour un lectorat maçonnique, ces rendez-vous résonnent avec le combat historique pour la liberté de conscience, le refus des dogmes imposés et la défense opiniâtre de la parole minoritaire.

Diversités, identités et cosmopolitisme

Halle des Blancs Manteaux

Mars 2026 est aussi le mois des ailleurs, géographiques et symboliques. À Nancy, le festival Livres d’ailleurs consacre son édition aux littératures africaines, sous la présidence d’Ananda Devi, en rencontres multipliantes, interventions en milieu scolaire, universitaire, social et pénitentiaire. À Paris, le Salon du livre africain, installé à la Halle des Blancs Manteaux, avec la jeunesse africaine au centre, avec le Bénin et l’Angola à l’honneur et une qarantaine de conférences articulant histoire, économie, politique, écologie et philosophie.​

La Foire du Livre de Bruxelles choisit pour mot d’ordre « Défier le futur », fédérant littérature générale, BD, essais, prix littéraires et débats citoyens dans un grand forum francophone. Plus au sud, les Escales du livre, à Bordeaux, rassemblent plus de 200 auteurs internationaux et multiplient les formats croisés entre littérature et arts vivants, comme pour signifier que l’écriture ne se conçoit plus sans dialogue avec la scène, l’image ou le son.

Ce cosmopolitisme assumé, ces circulations de textes et d’auteurs entre continents et disciplines constituent une illustration concrète de l’universalisme à laquelle la tradition maçonnique se réfère depuis le XVIIIᵉ siècle.

Féminismes, genres populaires et nouveaux publics

Le Pop Women Festival, à Reims, assume une programmation largement féminine (80% d’invitées) et fait dialoguer littérature, musique, BD, cinéma, photographie ou théâtre autour de la créativité des femmes. De Titiou Lecoq à Alison Bechdel, la manifestation s’attaque de front aux déséquilibres persistants dans le monde culturel.​

À Lyon, le nouveau Salon des Romances assume quant à lui un genre longtemps dénigré, en rassemblant éditeurs, autrices, romans graphiques ou mangas de romance dans un dispositif immersif qui cherche à élargir le public et à prendre au sérieux les émotions populaires. En Bretagne, le festival Rue des livres (Rennes) et le festival BD Aurillac Agglo illustrent la même volonté de décloisonnement : tous les genres y sont convoqués, de la jeunesse au thriller en passant par la bande dessinée la plus exigeante.​

Nancy

Cette valorisation des voix féminines, des genres jugés « mineurs » et des lectorats souvent invisibilisés rejoint l’attention maçonnique portée aux marges, à l’émancipation progressive de tous et à la reconnaissance de chaque conscience.

Territoires, médiation et « petites patries » du livre

De Thé, café et poésie, qui investit les cafés‑librairies de Bretagne, au festival Hors limites qui irrigue plus de trente villes de Seine‑Saint‑Denis, beaucoup de manifestations offrant une échelle locale et une forte dimension de médiation. Les rencontres se déroulent dans des lieux du quotidien – cafés, médiathèques, écoles, centres sociaux – où la littérature vient travailler la convivialité et l’échange.​

À Poitiers, les Éditeuriales mettent à l’honneur la maison Buchet‑Chastel et donnent à voir, de l’intérieur, le travail éditorial, de la sélection des manuscrits à la médiation auprès du public. À Strasbourg, les Rencontres de l’illustration explorent le thème des animaux pour interroger la condition humaine et nos relations aux environnements naturels, sociaux ou politiques.

Édition-2026-Atlantide

​Pour qui pense la cité comme un chantier permanent – ​​et la loge comme un laboratoire de fraternité –, ces « petites patries » du livre apparaissent comme autant de micro‑ateliers où se réinvente le lien social.

Pris ensemble, ces festivals dessinent bien plus qu’un calendrier mondain : une véritable cartographie des questions qui traversent nos sociétés – liberté, censure, diversité, jeunesse africaine, féminisme, écologie, territoires.

Pour des francs-maçons attentifs aux mouvements de la cité, mars 2026 peut être lu comme un mois d’initiation laïque, où chaque salon, chaque foire, chaque soirée poétique devient une loge éphémère ouverte à tous les profanes.

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Aratz Irigoyen
Aratz Irigoyen
Né en 1962, Aratz Irigoyen, pseudonyme de Julen Ereño, a traversé les décennies un livre à la main et le souci des autres en bandoulière. Cadre administratif pendant plus de trente ans, il a appris à organiser les hommes et les dossiers avec la même exigence de clarté et de justice. Initié au Rite Écossais Ancien et Accepté à l’Orient de Paris, ancien Vénérable Maître, il conçoit la Loge comme un atelier de conscience où l’on polit sa pierre en apprenant à écouter. Officier instructeur, il accompagne les plus jeunes avec patience, préférant les questions qui éveillent aux réponses qui enferment. Lecteur insatiable, il passe de la littérature aux essais philosophiques et maçonniques, puisant dans chaque ouvrage de quoi nourrir ses planches et ses engagements. Silhouette discrète mais présence sûre, il donne au mot fraternité une consistance réelle.

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