Le Rappel de l’Aventure : La Chute dans le Septenaire du Corps
Arcane XV le Diable. Vous planiez avec l’Ange de Tempérance (XIV). Votre âme, purifiée et guérie, avait atteint son zénith à la fin du Septenaire de l’Âme. Mais l’esprit ne peut rester indéfiniment dans les limbes. Il doit redescendre et s’incarner. Avec fracas, la porte du troisième et dernier cycle s’ouvre : Le Septenaire du Corps. Fini le monde fluide et angélique. L’initié s’écrase sur la terre ferme. Il est confronté à la densité de la matière, à la lourdeur de la chair, aux instincts primaires. Il va devoir prouver que la spiritualité qu’il a acquise en haut peut résister aux tentations d’en bas. Bienvenue face au Diable.

Le Billet d’Humeur : L’honnêteté face à nos propres chaînes
Il est très difficile de voir dans le Diable du positif. Et avec toute l’introspection que je puisse m’appliquer, j’espère ne jamais avoir sombré dans la perversité pure. Mais soyons honnêtes : la perfection n’est pas humaine. Chacun de nous a connu des travers. Nous avons tous, un jour ou l’autre, usé de malice pour obtenir quelque chose, menti pour éviter une sanction, désiré plus de richesse, envié la possession ou frôlé la luxure. C’est le propre de notre condition terrestre que de succomber aux vices de l’existence.
L’idée centrale de cette carte androgyne n’est pas de nous culpabiliser, mais de nous délivrer un message clair et cinglant :
« Ne sois pas dupe. La matière te possède et la fortune te tente. »
L’enjeu n’est pas de nier ces travers en jouant aux saints, mais de savoir qu’ils existent. Il faut les regarder en face et apprendre à les contenir pour ne jamais se trouver dans l’excès, juste avant que ne tombe la sentence divine de la carte suivante.

La Problématique : L’Illusion de la Liberté
Regardez cette créature hybride trônant sur son piédestal, auquel sont enchaînés deux diablotins. Observez bien ces chaînes : elles sont lâches. Les prisonniers pourraient s’en défaire, mais ils ne le font pas. Pourquoi ? Parce que la prison du Diable est confortable. C’est la prison des habitudes matérielles, du confort aveuglant et des passions qui nous rassurent. Le Diable est le grand illusionniste. Il nous fait croire que nous sommes libres alors que nous sommes esclaves de nos propres désirs compulsifs. Il fige l’énergie vitale dans la matière.
Focus Maçonnique : Le piège de l’Ego et la « Cordonite aiguë »
Si la Franc-Maçonnerie est un chemin d’élévation, elle n’échappe pas à l’épreuve du Diable. Quel est l’un des plus grands travers inhérents à ce groupe sociétal ? Sans conteste, l’ego. Cela se manifeste souvent par ce que l’on appelle avec ironie la « cordonite aiguë ». C’est cette envie irrépressible de multiplier les loges, d’accumuler les rites, de toujours intervenir en matraquant que l’on sait mieux que les autres. C’est le Diable en loge : sous couvert de recherche spirituelle, c’est l’ego qui reprend les rênes. On oublie la fraternité pour flatter sa propre vanité. L’initié oublie que les métaux qu’il a laissés à la porte du Temple ont sournoisement repris forme, non plus dans ses poches, mais autour de son cou. Le Diable nous rappelle ici qu’un grade ne protège jamais de la bassesse humaine.
L’Analyse Mystérieuse : Samech et le chemin de l’Incarnation
Pour comprendre la mécanique de cette carte, plongeons dans les correspondances de la Kabbale explorées dans Le Tarot miroir des symboles.
La Lettre Samech (ס)

L’Arcane XV est associé à la lettre hébraïque Samech, qui représente un appui, mais aussi un cercle fermé, un serpent qui se mord la queue (l’Ouroboros). C’est le symbole de la fatalité matérielle et de la boucle des instincts. Si l’on ne brise pas ce cercle, on tourne en rond dans ses propres passions sans jamais s’élever.
Le Sentier de Tiphéret à Yesod
Sur l’Arbre de Vie, ce Diable incarne le chemin qui relie Tiphéret (La Beauté / L’Idéal Solaire) à Yesod (Le Fondement / L’Astral et la sexualité). C’est la voie de la descente. L’idéal lumineux et spirituel de Tiphéret doit plonger dans les eaux troubles et subconscientes de Yesod. C’est le moment où la lumière prend un corps. Le danger de ce chemin est de se laisser happer par les illusions de Yesod (les désirs, les mirages de la matière) et d’oublier la lumière de Tiphéret d’où l’on vient.
L’Archétype de Propp : L’Adversaire et la Tromperie
Dans la morphologie du conte, le Diable n’est pas un simple monstre ; il incarne la fonction de la Tromperie et l’archétype de l’Adversaire (ou du Faux Héros). Il ne combat pas le héros à l’épée, il lui propose un pacte faussement avantageux. Il tente de le détourner de sa quête en lui offrant un confort immédiat ou du pouvoir. L’épreuve du héros consiste ici à identifier la complicité involontaire (lorsque l’on se laisse duper par complaisance) et à refuser ce faux contrat pour poursuivre sa véritable destinée.
En Aparté : Le Feu Central de la Matière (Le Secret Alchimique)

Comme je l’explique à la fin de mon livre, l’alchimie ne se fait pas qu’avec l’eau de la Tempérance. Il faut un feu.
Le Diable n’est pas le mal absolu, il est le dépositaire du Feu central de la matière. L’alchimiste sait qu’il ne peut accomplir le Grand Œuvre sans la chaleur vitale, cet instinct brut enfoui dans les entrailles de la terre (le fameux V.I.T.R.I.O.L.). Le Diable est ce feu souterrain.
- Si vous le laissez-vous dominer, il vous calcine par l’excès (luxure, avarice, colère).
- Si vous le rejetez par puritanisme, votre œuvre reste froide et sans vie.
- Si vous apprenez à le contenir et à le diriger, il devient l’athanor, le fourneau indispensable qui donne la puissance nécessaire pour transmuter le plomb en or.

Conclusion
Le Diable est un test de résistance. Il vient vérifier si l’édifice spirituel que vous avez construit depuis le Bateleur est solide ou s’il n’est qu’une façade orgueilleuse. Avez-vous appris à maîtriser le feu central, ou êtes-vous encore esclave de vos cordons, de vos peurs et de vos appétits ? L’heure de vérité approche. Car si vous vous complaisez trop longtemps dans cette fausse sécurité matérielle, le ciel se chargera de briser vos chaînes de la manière la plus brutale qui soit. Le tonnerre gronde déjà au-dessus de la Maison Dieu (XVI).
Le Diable dit : « Je suis le feu de la terre ; maître de ceux qui s’y enchaînent, mais serviteur de celui qui me contient. »
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